Volume 13 n°5

1er décembre 2001

« Mon ami GAROU »

Malgré un succès qui en semble pas connaître de limites, Garou n’a pas changé. Toujours simple, loyal et doté d’un charme à faire rougir d’envie Casanova lui-même, le chanteur reste le même, qu’il soit à Sherbrooke ou à Paris, que ce soit devant 10 ou 10 000 personnes. Notre collaborateur DOMINIQUE NADEAU, un ami de longue date de la star, est bien placé pour le savoir…

« Le but, c’est d’avoir du plaisir avec les musiciens et de transmettre ce plaisir à L’auditoire. » Ainsi s’exprimait Garou dans un article que l’auteur de ces lignes écrivait dans le journal étudiant de l’Université de Sherbrooke, il y a sept ans. Le populaire chanteur animait alors les folles soirées des Dimanches à Garou, au bar Liquor Store de Sherbrooke, soirées au cours desquelles il invitait les musiciens de la région à se produire sur scène en sa compagnie. Aujourd’hui, malgré son succès, Garou conserve ce besoin de provoquer des sourires, en confiant sa voix au service de la musique. « Je tripe sur les regards qui s’illuminent quand je chante, j’aime voir les gens s’épanouir même si ce n’est que l’espace d’une chanson », me confiait-il récemment. Pour l’avoir vu s’exécuter dans le métro, par pur plaisir, devant deux clients éméchés dans un bar ou pour des copains autour du feu, je sais qu’il en a toujours été ainsi pour lui.

La magie Garou

J’avais 16 ans la toute première fois que j’ai entendu chanter Garou, dans le fumoir du Séminaire de Sherbrooke, l’école secondaire que nous fréquentions. Je le revois assis par terre, guitare au cou et cigarette au bec, entonner Salut les amoureux, de Joe Dassin… tout aussi souriant et heureux à L’époque que lorsqu’il l’interprète aujourd’hui devant des milliers de personnes ! Cette générosité qui émane naturellement de lui lorsqu’il ne fait qu’un avec la musique et le public est imprégnée de la même intensité, qu’elle soit exprimée devant 10 ou 10 000 spectateurs.

Si sa voix lui a tracé la voie, on peut affirmer, sans risque de se tromper, que son charisme compte aussi pour beaucoup dans le roman d’amour qu’il écrit avec ses fans jour après jour. Un charme, par ailleurs, qui opérait bien avant qu’il ne parvienne au statut de vedette de la chanson. Un jour, une jeune cycliste qui dévalait une pente a légèrement heurté sa voiture, une vieille Chevette. Il s’agissait bien sûr d'un accident, dont Garou était en partie responsable. La jeune fille était de fort mauvaise humeur à la suite de l'incident, mais Garou s'est vite empressé de s'agenouiller devant elle pour l'aider à se relever. Complètement hébétée, au lieu de continuer à maugréer, elle lui a remis son numéro de téléphone! C'est un peu ça, la magie Garou. Un sourire ravageur, une voix de minuit renversante, un regard qui berce...

Garou, lui, puise depuis toujours une partie de son bonheur dans le partage de la musique, bien davantage que dans la gloire susceptible d’y être rattachée. Sans foi ni loi pour credo. « Connaître un succès international ? Honnêtement, je m’en fous. Si tout devait s’arrêter demain, je retournerais chanter dans les bars et j’aurais autant de fun que j’en ai aujourd’hui. »

L’école de la vie nocturne

Talentueux. Généreux. Authentique. À eux seuls, ces mots traduisent à merveille la recette de l’immense cote d’amour dont Garou jouit auprès des publics français, belge, suisse et québécois. Un succès nullement souhaité cependant, une heureuse « fatalité » en quelque sorte. « Je n’ai jamais eu l’ambition de faire carrière en musique. Ce n’était d’ailleurs pas un désir, encore moins un objectif. Cette ambition, c’est mon entourage et les gens qui ont croisé ma route qui l’ont eue à ma place. Mon ambition à moi, ce serait peut-être de les rendre heureux. »

Sur sa route, depuis des lunes, de multiples coups de dés ont roulé en sa faveur. Comme cette fois où un chansonnier du nom de Louis Alary l’avait invité à le remplacer pour une ou deux chansons. La serveuse du bar, emballée par la voix de Garou, avait téléphoné à son patron en catastrophe afin qu’il écoute le chanteur. Au bout du fil, celui-ci, enchanté par ce qu’il entendait, avait demandé à son employée d’embaucher Garou pour les semaines à venir. À la suite de ces premières soirées, d’autres propriétaires de bars de la région sherbrookoise se sont montrés intéressés. C’est de cette façon que l’artiste a commencé son apprentissage du métier, à la dure école de la vie nocturne, au gré des propositions, et surtout, sans jamais rien demander. « Moi, je n’ai jamais eu d’attentes, pas plus à cette époque qu’aujourd’hui. Mais beaucoup de gens autour de moi s’en font. Ce sont eux qui risquent d’être déçus si ma carrière plafonne. »

On connaît la suite. De fil en aiguille, Garou a fondé The Untouchables, le groupe de percussions dont il rêvait depuis longtemps. Ce sont eux qui ont fait craquer Luc Plamondon au cours d’une soirée passée au Liquor Store de Magog. Le destin, une fois de plus… « Avec The Untouchables, j’avais enfin trouvé le son qui me faisait triper. C’est avec eux que j’ai réellement pris goût à la scène. D’ailleurs, la première fois que René Angélil les a entendus, le soir du lancement de l’album Seul, il n’en est tout simplement pas revenu. »

Ce sont ces mêmes Untouchables qui le suivent en tournée aujourd’hui, de même que plusieurs de ses amis, à qui il a confié divers postes au sein de son équipe. Garou ne les a pas oubliés, ce qu’il aurait aisément pu faire s’il s’était enflé la tête. « J’adore tout ce qui est paradoxal. Une partie de mon équipe est composée de gens qui travaillent avec la chanteuse numéro un au monde, tandis que l’autre comprend mes vieux chums de Sherbrooke et mes musiciens. Ça crée un équilibre fabuleux. J’ai d’ailleurs toujours su que ma gang serait là. René Angélil est comme moi, il a toujours été très loyal. On se ressemble beaucoup là-dessus. »

À la conquête du monde

Aujourd’hui, avec des ventes de près de 1,8 million d’exemplaires de Seul et de quelque 300 000 de Seul… avec vous un peu plus d’une semaine seulement après sa sortie, Garou a le vent dans les voiles. Plus de 125 000 personnes, en Europe et au Canada, ont assisté à son spectacle. À travers tout ça, il a eu une petite fille… « Que ma petite Émilie soit arrivée en même temps que le succès de l’album Seul, ça fait bien des choses à assimiler. »

Ses propos me rappellent ces fort belles paroles extraites d’une chanson qu’il avait composée (paroles et musique) alors qu’il était âgé d’à peine 18 ans : « Mais moi, j’suis rien qu’un loup qui court toujours, qui ne voit pas qu’les pas qu’il pose s’imposent à la beauté d’aimer… »

Rien, aujourd’hui, n’est plus vrai…