27 février 1999

« Portrait d'un jeune rebelle »

Son passé de décrocheur et de frondeur a valu à Pierre Garand le surnom de Garou, évoquant l'être mythique, mi-homme, mi-loup, qui erre les nuits de pleine lune. Assagi par le succès, le célibataire de 26 ans rêve maintenant d'une vie pleine d'amour.

Quasimodo est malheureux, dit la chanson. Par contre, il n'en est pas de même pour son interprète, Garou, qui connaît un succès fulgurant avec Notre-Dame de Paris. Il n'y a pas si longtemps pourtant, le chanteur hurlait à la lune dans les bars de Sherbrooke, sa ville natale. Surnommé Garou en raison de sa prédilection pour la vie nocturne,
il a déjà conquis bien des coeurs avec sa voix rauque et sensuelle. Mais attendez que ses yeux pétillants et son sourire ravageur vous accrochent... Portrait d'un jeune loup !

Pierre, vous avez la réputation d'être plutôt rebelle, n'est-ce pas ?

En effet, dans ma famille, j'étais déjà le mouton noir, alors que ma soeur aînée était la bonne fée. Pourtant, pendant mon enfance, j'étais un élève modèle, un premier de classe, et mes parents me voyaient déjà avocat ou quelque chose de ce genre. Et puis tout a basculé. En secondaire III, je suis devenu très rebelle. C'est d'ailleurs à ce moment-là qu'on m'a surnommé Garou. J'ai réussi de justesse ma dernière année de secondaire; j'ai failli décrocher. Je détestais, je déteste toujours, qu'on essaie de m'inculquer une façon de procéder. Mon changement d'attitude radical a bien découragé mes parents. J'ai été très dur avec eux à cette époque. (silence)
Aujourd'hui, ils sont fiers de moi, mais ils se sont longtemps demandé ce que j'allais devenir. Je n'étais pas un bum, mais j'en avais l'état d'esprit. À titre d'exemple, j'ai été dans la milice deux ans, et on n'a jamais réussi à me discipliner ! (rires)

Pourtant, jouer dans Notre-Dame de Paris doit demander énormément de discipline, non ?

C'est vrai. Quand je suis arrivé, tous ceux qui me connaissaient avaient
quelques doutes au sujet de ma conduite... (rires) Mais, ici, à Paris, j'ai une discipline de fer parce que je sais ce que je dois faire et pourquoi. Je pense que, pour que l'harmonie règne entre les membres d'une troupe, il est nécessaire que tous fassent preuve de rigueur personnelle. (sourire)

Comment avez-vous fait votre entrée dans le monde de la chanson ?

Tout à fait par hasard. J'étais au Liquor Store, un bar de Sherbrooke, quand un chansonnier m'a invité à monter sur la scène. Il m'a tendu sa guitare en me disant: «Vas-y, chante». J'étais très gêné. J'ai commencé par jouer quatre ou cinq pièces,
puis je me suis rendu compte que le public en voulait encore. Je n'en avais plus qu'une à lui offrir, car j'avais épuisé tout mon répertoire. (rires) À la suite de cette prestation, le patron du bar m'a engagé et, la semaine d'après, je répétais l'expérience avec 30 nouvelles pièces, apprises très rapidement. Je chantais alors pour le plaisir, pour rencontrer des gens, et parce que l'échange avec le public me fascinait. Puis, je me suis dit que je pourrais peut-être faire de la chanson mon métier. Bref, j'ai fait mes classes dans les bars et, dans Notre-Dame de Paris, c'est comme si j'étais diplômé.

Comment se fait-il qu'on vous ait offert le rôle de Quasimodo ?

Un soir, au Liquor Store - on dirait bien que tout a commencé là ! (rires) -, Luc Plamondon m'a entendu chanter. Après le spectacle, il est venu me voir pour me dire qu'il aurait un rôle pour moi dans sa prochaine comédie musicale. Un peu plus tard, on m'a convoqué à une audition. J'ai joué le premier couplet d'une chanson et, immédiatement, Richard Cocciante et Luc Plamondon se sont regardés et ont tout arrêté. Je pensais que j'étais bon pour prendre la porte. (rires) Mais non ! Ils m'ont plutôt demandé de chanter «Dieu que le monde est injuste». Et là, il y a eu comme un coup de baguette magique. On peut dire que tout a alors débloqué très rapidement. (rires)

Avez-vous l'impression de réaliser un rêve ?

Pas vraiment. Quand j'étais tout petit, j'espérais être archéologue un jour, et non pas chanteur. Ensuite, j'ai voulu étudier la para-psychologie à l'université. Ce qui me passionnait, c'était de découvrir des choses. Finalement, la chanson est la plus belle découverte que j'ai faite ! (rires)

Le rôle de Quasimodo est-il exigeant physiquement ?

Oui. J'ai dû en quelque sorte réapprendre le chant, parce que, durant le spectacle, je chante plié en deux. C'est tout un défi à relever ! Ça bloque le mouvement du diaphragme, ce qui réduit de moitié la force de l'expiration. Par ailleurs, il m'a fallu assimiler la gestuelle du personnage et sa façon de se déplacer. Et je fais tout ça vêtu d'un costume très lourd et très chaud.

Lorsque vous saluez le public à la fin de la représentation, les gens semblent très étonnés de voir que votre physique ne colle pas du tout à celui de votre personnage...

C'est vrai, et j'aime bien que ça les surprenne autant ! J'aurais pu interpréter un Quasimodo fruste et animal, mais je trouvais ses chansons tellement belles, son émotion tellement grande, que j'ai préféré le montrer comme quelqu'un de très fragile, de très sensible et de très naïf. En fait, quand je suis sur scène, j'essaie de n'être qu'une tache de rouille. (rires) Mais une tache de rouille qui fait pitié ! Mon physique étant plutôt imposant, il est important de me faire le plus petit possible si je veux que Quasimodo inspire de la compassion.

Vous avez maintenant un statut de vedette. Comment vivez-vous cette nouvelle situation ?

C'est sûr que le fait d'être célèbre change une vie, mais je m'attarde encore au caractère authentique des choses.

Comment vos parents réagissent-ils à votre succès ?

Ils en sont vraiment contents. Ils étaient présents à la première, et je crois qu'ils ne s'en sont pas encore remis ! (rires) En fait, je pense qu'ils sont soulagés d'avoir «réchappé» leur grand garçon. (rires)

Et l'amour dans tout ça ?

J'ai longtemps été épris d'une femme qui avait une petite fille; je les adorais toutes les deux. C'est sans doute l'expérience qui m'a le plus touché sur le plan des émotions.
Nous nous sommes séparés il y a un an et demi.

Quel genre de femme cherchez-vous ?

Une grande blonde aux yeux verts ! (sourire) Blague à part, j'aime bien les femmes au style européen mais, en fait, je voudrais en rencontrer une que je puisse sécuriser
et qui puisse me rendre la pareille. Si je persévère dans ce métier, je devrai beaucoup voyager, et j'aurai besoin de savoir que celle que j'aime est à l'abri bien au chaud dans notre maison. Je suis un peu comme un loup, finalement ! (rires) Celle que je cherche,
c'est une louve qui gardera notre tanière et qui prendra soin de nos louveteaux. J'ai très hâte de la rencontrer, car j'adore les enfants.

En conclusion, Garou, on m'a dit que nous aviez eu des propositions de rôles au cinéma...

Oui; on m'a déjà approché en ce sens. Ça me fait drôle d'en parler, moi qui, il n'y a pas si longtemps, ne prenais même pas le métier de chanteur au sérieux.

Il paraît qu'on vous voit comme le prochain Depardieu...

Il chante, lui ? (rires) Je fais des blagues... En ce moment, Depardieu tient lui aussi le rôle de Quasimodo dans un film parodie. Il doit venir voir Notre-Dame très bientôt.
J'ai hâte de le rencontrer. Je crois que nous allons nous découvrir beaucoup d'affinités.

Par Lise Giguère