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Au Québec |
Juillet-Août 2005 |
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Le cinquième péché de Garou
Textes :
Jean-François Gayrard – Photos : Patrice Bériault/Alpha Presse
Un après-midi de mai plus que
clément dans un recoin épicurien du Vieux-Montréal. Garou déboule dans le hall
trois fois centenaire de l'Auberge Saint-Gabriel. Vêtu simplement d'un jean,
d'une chemise et d'une veste noire., il s'approche, grand sourire aux lèvres :
"Salut ! Je vais juste manger une bouchée et je suis à toi." C'est bon Garou,
prends ton temps, il n'y a rien qui presse…
La terrasse de l'Auberge est
caressée par un beau soleil de mai. Les haut-parleurs soufflent du Piaf. Le
photographe et son assistante ont préparé leur matériel. Après quelques
repérages dans les cuisines et les grandes salles de banquet, l'équipe du
magazine jette son dévolu sur un espace plus intime avec pour seuls accessoires
un sofa et quelques coussins. Le chef Emmanuel Goubard concocte une assiette de
dessert. Elle jouera un rôle déterminant dans quelques minutes…
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Apéritif
Jetons un œil du côté de la
star. Garou s'est installé à une table et déguste des pâtes aux tomates fraîches
concassées. Simple et bon. L'artiste me lance un clin d'œil. J'en profite pour
peaufiner mes questions. J'ai appris au hasard d'une discussion avec son ami
Marc Bolay, propriétaire de l'auberge Saint-Gabriel, que le chanteur avait un
penchant notoire pour la bonne chère. Garou est un épicurien, un "trippeux" de
bonnes bouffes. Qu'à cela ne tienne ! La gourmandise –le cinquième péché- n'est
certainement pas le plus honteux. Piaf continue de chanter. Nous décidons, Garou
et moi, de nous installer en terrasse pour profiter de la température
exceptionnelle. Il coupe son cellulaire, commande un expresso. L'entretien peut
commencer. "Ma passion pour la gastronomie, me confie-t-il d'emblée,
m'est venue très tard. Elle m'a été inspirée par mes nombreux voyages à
l'étranger et particulièrement en France où j'ai eu la chance de fréquenter les
meilleurs restaurants et de me familiariser avec le raffinement de la cuisine
française." C'est cet avouable penchant qui l'a poussé à investir temps et
argent dans deux établissements montréalais : l'auberge Saint-Gabriel avec sa
carte traditionnelle actualisée et le restaurant Cube de l'hôtel Saint-Paul,
avec sa cuisine fusion servie dans un décor aux lignes très contemporaines. "Je
n'aime pas parler de business quand je parle de mes restaurants, ce n'est pas
cela qui me motive."
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Hors d'œuvre
Adepte du confort food, Garou ne
cherche pas à se donner des airs de critique gastronomique. Qu'elle soit
française, indienne, italienne, grecque et même québécoise –il avoue son
addiction pour la tourtière et le pâté chinois et désespère un jour de
convaincre le chef de l'auberge de les remettre au goût du jour-, la gastronomie
est synonyme de partage. "Lorsque je vais dans un restaurant, j'aime me
sentir comme à la maison. A chaque fois que je reviens au Québec, j'aime inviter
mes amis autour d'une bonne table. C'est un moment de partage extraordinaire. Je
découvre des nouveaux plats, on partage du temps et des saveurs. J'adore quand
le chef vient nous voir en disant "de quoi avez-vous envie ce soir ?"
Plat de résistance
Ses yeux, plus bleus que jamais dans la lumière printanière pétillent chaque
fois qu'il prononce le mot "partage". L'homme est généreux, intense, passionné
lorsqu'il parle de ses amis, de cuisine, de chanson et du Québec. Malgré ses
nombreux voyages en France et à l'étranger, son emploi du temps de star, Garou
ne s'est pas déconnecté de "son" Québec. Bien au contraire. C'est là et nulle
part ailleurs qu'il vient chercher le
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calme, la sérénité, le repos dès
qu'il le peut, à grand renfort d'aller-retour entre Magog dans les Cantons-de-l'Est et Montréal. Depuis le
succès de Notre-Dame-de-Paris, Garou n'a pas arrêté. Il est sorti de l'anonymat
en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. De la chance, certes, mais elle ne
permet pas d'atteindre les plus hauts sommets si elle n'est pas inspirée par un
vrai talent. Le chant, la musique, la scène. Garou aime. "Oui, je suis un
chanteur populaire et accessible et j'en suis fier", revendique-t-il. Son
deuxième album "Reviens" vient de dépasser le million d'exemplaires.
Une question me brûle les lèvres
au fur et à mesure de la discussion. Elle n'a rien à voir avec la gourmandise.
Tant pis, je négocierai âprement plus tard avec le rédacteur en chef de ce
changement de cap : Garou, le fait d'avoir vécu en France a-t-il modifié ta
perception du Québec ?
Douceurs du terroir
"C'est vrai que ces dernières
années, je me suis ennuyé de mon pays. Je me suis ennuyé de mon Québec. Mais
plus je voyageais mieux je comprenais pourquoi le Québec avait une identité
aussi forte à l'extérieur. Par exemple, j'ai enfin compris cette connexion, ce
fort lien qui existe entre la France et le Québec. Et je me suis surtout rendu
compte que si les Français ont une très bonne perception des Québécois, ils ont
en revanche non pas une mauvaise mais une fausse perception du Québec." Le
Québec de Garou et de bien des Québécois est un Québec vivant et actuel : "En
Europe, l'Histoire est dans les monuments ; notre histoire est dans les arbres,
c'est plus poétique !".
Il est temps de sortir de table.
Le photographe attend dans la pièce adjacente. Garou n'a toujours pas rallumé
son cellulaire. Il regarde sa montre. "J'ai encore du temps pour vous."
Aznavour a pris de relais dans les hauts-parleurs. Le soleil brille toujours sur
Montréal, "une ville qui se réinvente tous les jours, qui se permet tout, qui
sait prendre le meilleur de toutes les cultures", s'émerveille l'artiste,
l'œil brillant. Rassasié. |
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