BALTHAZAR

Mars-Avril 2005

Numéro 2

GAROU

Un authentique passionné 

Hôtel Hyatt Vendôme, Paris, 15 heures 

Nous l'avions déjà croisé quelquefois, Garou, ce chanteur à voix… comment dire… à la voix tellement rauque qu'il vous impressionne un peu. Cette fois-ci, nous l'avons coincé ! Pour une heure d'interview, dans l'hôtel où il a décidément établi ses quartiers à Paris, l'hôtel Hyatt Vendôme. Non loin de la grande cheminée, c'est presque chez lui qu'il nous a reçus. Deux coca light, quelques cigarettes… Garou se confie en toute simplicité, à cœur ouvert et toujours le sourire en coin. 

Propos recueillis par Pascale Rotondo 

Votre équipe m'a accordé une heure pour l'interview, j'espère que je vais respecter le timing. 

(Rires.) C'est vrai que j'ai un planning assez serré ! 

A l'heure près ? 

Je travaille beaucoup entre le Canada et la France, alors il faut également tenir compte des décalages horaires, ce n'est pas évident. 

Vous êtes immense ! Et charismatique ! On vous le dit souvent ? 

On me dit cela assez souvent, c'est drôle. On ne sait pas vraiment ce que cela veut dire d'ailleurs, mais je crois que cela ne s'explique pas. Ça me plaît assez qu'on me fasse ce genre de compliments parce que j'ai toujours été complexé physiquement. 

Garou, complexé ? 

Oui, pas sur des choses précises mais je ne suis pas sûr de moi. Je n'aime pas me regarder.

Avec votre métier, difficile d'y échapper… 

J'ai toujours constaté que les Français accordent beaucoup d'importance à l'esthétique. Alors ce qui m'a plu quand je suis arrivé en France, ça a été de commencer ma carrière en interprétant Quasimodo dans Notre-Dame de Paris. J'ai préféré me démarquer par ma voix et la profondeur de mon personnage. Et finalement, tout s'est retourné. J'ai enchaîné les télés et les gens m'ont trouvé pas mal pour un Quasimodo

Dynamique, toujours élégant, qui a beaucoup d'argent et qui sait aussi profiter de la vie… Ca vous ressemble un peu ? 

Je n'aime pas l'argent, je n'ai aucune notion de l'argent. J'en ai, je m'en sers, j'en dépense… J'aime la vie et je mords dans la vie ! A trente-deux ans, je me pose encore beaucoup de questions, vous savez ! Par exemple, je n'ai toujours pas compris ce qu'était la notion de couple… Il y a plein de choses que je me permets d'essayer, de réinventer grâce à l'argent. 

"Avec dix euros ? Je peux m'amuser comme un fou. Et m'emmerder avec dix mille !" 

Vous "mordez dans la vie", de quelle façon ?  

Quand je suis chez moi au Québec, je me contente de choses simples. Je fais des petites bouffes, je me contente d'un rien, je profite du temps que je passe avec ma fille. Par contre, quand je suis amené à me déplacer à Paris, par exemple, là je suis épicurien à fond ! J'aime les grands restaurants, les soirées qui n'en finissent plus, le shopping, etc. Pourtant je ne suis pas du tout comme ça à la base. Au Québec, j'habite dans un petit village, un village minuscule. Je me fais saluer au même titre que le boucher. Ca vous gêne si je fume ?… 

Non, pas du tout. D'ailleurs, si je vous propose un chewing-gum ou une cigarette, votre choix est fait ? 

Je vais prendre une cigarette, parce que j'avale tout le temps les chewing-gums ! 

Un coca ou un whisky ? 

Je vais prendre un coca. Du moins je vais essayer.

Une soirée plateau-télé ou une bringue en discothèque ?

Je suis assez facile à convaincre pour une bringue en discothèque ! 

Vous vivez sans cesse entre deux avions… et très souvent à l'hôtel. Il ne vous arrive jamais d'avoir envie de vous poser ? 

Si je n'avais pas ma fille, ça ne me dérangerait pas. Parce qu'au fond, ma nature ressemble assez à la vie que je mène. J'ai toujours besoin de bouger. Ce qui me rend cette vie difficile, c'est d'avoir un enfant. 

Si vous n'aviez pas fait ce métier, qu'auriez-vous aimé faire ? 

Gamin, je voulais être archéologue. Mais en fait j'étais assez paumé, alors j'ai fait plein de petits boulots. Je gagnais ma vie comme je le pouvais, en vendant des fringues, en étant peintre en bâtiment, éboueur, vendangeur… J'ai travaillé dans l'armée aussi. J'ai fait toutes sortes de boulots. 

Qui est vraiment Garou ? 

Garou, c'est avant tout les balades dans la nature, les soirées pop-corn, les dîners en famille. Mais à vrai dire je crois que j'ai besoin des deux vies que je mène. J'ai une maison au bord d'un lac et j'ai besoin d'y retourner régulièrement pour me ressourcer et me retrouver seul. D'un autre côté, j'ai vraiment besoin d'une vie urbaine, qui bouge. 

Y a-t-il des valeurs morales qui ne vous quitteront jamais ? 

La loyauté, l'honnêteté (je suis peut-être trop honnête, d'ailleurs). L'authenticité qui me suit partout, c'est ce que je recherche le plus chez les gens et dans la vie. J'y accorde tellement d'importance, que je vais jusqu'à m'en éloigner pour en savoir plus sur moi et sur les gens qui m'entourent. 

Y en a-t-il d'autres faciles à oublier quand on est une figure du show-biz ? 

La simplicité, parce que tout devient compliqué. Tout est complexe quand tu fais ce métier. C'est compliqué de rendre les choses simples ! Si j'ai envie d'aller boire un café, il faut que je me pose un tas de questions avant de le faire. Et ça, c'est le plus gros sacrifice.

L'argent est-il tabou pour vous ? 

Non, je n'ai pas du tout la notion de l'argent. Je peux très bien m'amuser avec comme un fou avec 10 euros en poche et m'emmerder en claquant 10 000 euros ! 

Qu'est-ce que vous feriez avec dix euros, par exemple ? 

J'irais voir un film dans un pays où personne ne me connaît. 

Encore faut-il pouvoir payer le voyage… 

Ah oui, c'est vrai ! Alors je passerais juste une soirée DVD avec du pop-corn qui coûte pas cher. 

Et avec dix mille euros, comment pouvez-vous passer une soirée minable ? 

En allant au casino, par exemple. Ou alors en passant une soirée à me défoncer la gueule et en me rendant compte le lendemain matin que ça n'a servi à rien. 

Que faites-vous de votre argent ? 

Je viens d'ouvrir un restaurant de gastronomie au Québec, j'aime bien encourager ce genre de projets. 

Les belles fringues, les marques de renom, les villas, les voyages de rêve… Vous y accordez de l'importance ? 

J'aime bien être tendance. Les marques, oui c'est vrai, je suis tombé là-dedans ! Ce sont des folies que je me permets. Mais après tout, l'argent sert à ça : à s'offrir des trucs inutiles. 

Et les voitures ?

J'adore les voitures. J'ai une X5 BMW pour l'hiver et une petite voiture de sport pour l'été. C'est une Ferrari version japonaise dans laquelle j'ai mis plein de fric pour qu'elle soit encore plus puissante. Je suis assez testostérone à ce sujet !

A quoi ressemble votre maison au Québec ? 

Au départ, je voulais une maison-chalet comme à la montagne. En fin de compte, c'est une maison très moderne, un délire architectural. Je viens de faire reconstruire toute une partie de la maison pour faire un studio professionnel. C'est une grande maison high-tech. Il y a des fils partout. Il y a des systèmes de sons spéciaux et plein de gadgets. C'est comme une espèce de gros roc perdu au milieu de la nature. 

A part votre folie dépensière, êtes-vous capables d'autres folies ? 

J'adore les sensations fortes, alors ça oui ! J'aime les choses extrêmes. 

Pourriez-vous aujourd'hui vous réhabituer à une vie plus modeste ? 

Oui, mais il faudrait qu'on me retire également la notoriété. Si personne ne me connaît, je pourrais facilement retourner dans une petite maison de quartier. Ce qui doit être dur par contre, c'est de continuer à être connu, d'être désigné du doigt et ne plus rien avoir, ni carrière, ni argent. 

"Au Québec, je vis dans un délire architectural" 

Vous arrive-t-il de dépenser pour les autres ? 

Quand je vais chez mes parents, ils ne veulent même pas que je leur apporte une bouteille de champagne. Ils n'ont pas besoin de moi. Alors je les force. Mais quand je leur propose un voyage, ils ne partent pas, et quand je mets de leur argent sur leur compte en banque, ils ne s'en servent pas ! C'est comme ça chez nous, on a de belles valeurs humaines. 

Quelle est votre conception du luxe ? 

Pour moi, c'est un mot qui résonne avec glamour, abondance, égocentrisme. C'est ça, le luxe. 

Ca n'appartient qu'aux gens aisés, alors ? 

A chaque luxe, son contexte. Ce qui est fou, c'est que tu peux avoir tout l'argent du monde et avoir du mal à te payer un luxe. Par contre, pour d'autres, ouvrir une bonne bouteille de vin peut être un luxe.

Votre conception de la démesure ? 

La démesure intervient toujours après une hésitation. Cela rejoint assez la notion de luxure, d'ailleurs. La démesure, c'est toujours superflu, c'est la tentation aussi. 

A-t-on beaucoup d'amis quand on connaît un tel succès ? 

On en a beaucoup trop, surtout ! Beaucoup de mes meilleurs amis sont des gens que je vois très rarement. Je suis conscient des gens qui m'entourent. 

Des amies femmes également ? 

J'en ai aussi, mais c'est toujours ambigu… Le rapport de séduction est toujours là. 

Que représentent-elles dans votre vie ? 

Le moteur de tout. 

Quelles sont les femmes les plus proches de vous ? 

La famille évidemment. Ma meilleure amie est la mère de ma fille. Et puis ces filles aussi avec qui j'ai des relations ambiguës depuis des années et que j'aime beaucoup. 

Quel est votre type de femme ? 

Si je regarde mes ex, j'ai tout de même un stéréotype, à savoir de belles femmes. J'aime la folie et le mystère chez une femme. Je dois avouer que, même si la beauté est subtile, j'accorde beaucoup d'importance au physique. 

La presse à scandale vous prête souvent des relations amoureuses… 

Je suis paranoïaque par rapport à ça. Cela complique vraiment une vie. J'ai toujours peur de me faire choper ! Parfois c'est drôle, par contre. Faire la couverture d'un magazine avec Isabelle Adjani, alors que je ne l'ai jamais vue de ma vie…

Votre rythme de vie vous laisse t-il de la place pour votre vie d'homme ? 

Je n'ai personne dans ma vie pour l'instant. Aujourd'hui j'essaie de comprendre ce qu'est la monogamie. Comment dire… on s'est un peu engueulés la monogamie et moi ! Pour moi, la plus belle vision du couple, c'est ce que Nougaro disait : "Trouver la femme de sa vie, c'est trouver la femme de sa mort." 

Vous cherchez, donc… 

Bien sûr, mais je suis un cœur d'artichaut. Je suis très romantique et j'y crois à chaque fois !  

Vous manque-t-il quelque chose de précis aujourd'hui ? 

La présence de ma fille, c'est ce qui me manque le plus. 

Y a-t-il un homme que vous admirez particulièrement ? 

Sting. J'aime tout ce qu'il fait ! A une époque, il faisait tout pour se détruire et il a réussi à se relever et à construire sa vie.


Que pensez-vous de ces femmes ?

Céline Dion
Elle ne cesse de m'impressionner ! C'est une femme forte, qui a de belles valeurs.

Vanessa Paradis
C'est une belle femme, mystérieuse que je rêverais de connaître.

Catherine Deneuve
Tout le mot "femme" est dans Catherine Deneuve

Claire Chazal
C'est qui ?


Adriana Karembeu
Un mannequin

Natasha St-Pier
C'est une fille très forte, très rock'n'roll et très drôle

Jeanne Moreau
Je ne me suis jamais posé de questions sur Jeanne Moreau

Carole Bouquet

Charismatique, mystérieuse