Le vendredi 30 mai 2008


 

« Je deviens adulte et cela me fait peur »

Il rêvait de cet album en anglais depuis six ans ! « Pieces of my soul » s’est adjoint les ex-équipiers de Madonna pour cartonner à l’international.
Le beau Québécois aux yeux d’enfant sera le 31 mai au Cirque Royal et le 1er juin au Coliseum de Charleroi. Interview d’un tendre briseur de cœurs.


Quand Garou est dans la place, les filles vacillent et les mecs se tiennent à carreau. Toujours sexy et sympa, un peu plus mince, le chanteur semble épanoui. L’amour, certes, y est pour quelque chose et aussi l’impression d’avoir réalisé un vieux rêve. L’album en anglais de Garou a été évoqué et repoussé à de nombreuses reprises. Les remaniements au sein de sa maison de disques, Sony/BMG, n’y étaient pas étrangers. Aujourd’hui, la feuille de route de l’artiste comprend les pays de l’Est mais aussi l’Italie. C’est d’ailleurs dans une salle appelée « Rome », chez RTL-TVI, que nous avons pu deviser avec lui. Juste avant nous, il avait visiblement parlé d’Indiana Jones, dont il est un grand fan. Et le nouvel aventurier l’excite autant que le nouveau Garou…

- Quelle est la plus grande aventure qu’il vous reste à vivre ?
- Gamin, mon rêve était de devenir archéologue. Mon idole, c’est Indiana Jones. Et si lui revient, moi aussi ! Je m’amuse à dire que ma quête archéologique s’est transformée en aventure anthropologique. Je suis un Québécois qui a démarré une carrière en France. Je suis parvenu à repousser les barrières de la francophonie. J’ai tourné dans une quinzaine de pays, dont la Pologne et la Russie. Et là, je sors un album en anglais qui me mènera encore ailleurs.

- Comment expliquez-vous que les Russes et les Polonaises sont dingues de vous ?
- Peut-être parce que j’ai toujours été dingue des filles de ces pays. Les karmas se rejoignent. Sur cinq de mes premières amours, trois étaient polonaises. Un jour, on m’a appris que j’étais n° 1 en Pologne avec un album en français ! Autre coïncidence : je n’étais jamais allé en Suède de ma vie, je suis tombé amoureux d’une Suédoise, lui ai fait un enfant et maintenant, avec qui je travaille sur mon album ? Des Suédois !

- Et des Suédois qui ont collaboré avec Madonna ! Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
- On les a choisis parce qu’ils avaient travaillé aussi avec Céline Dion et Jennifer Lopez. Les millions d’albums que j’ai vendus leur ont donné l’envie de s’atteler à la production de ce disque en projet depuis six ans déjà. Peer Astrom est venu me voir à Bercy. Je reprenais « Salut les amoureux », de Joe Dassin, seul à la guitare. A partir de là, Peer a imaginé la chanson « Coming home », qui clôture ce nouvel album. Elle fait très Springsteen. Il y a deux ans, je me suis retrouvé en studio avec Peer, à Stockholm, et on s’est concentrés sur ce disque.

- Il s’agit de l’album que vous avez mis le plus de temps à réaliser…
- Oui, il a sans cesse été repoussé.

Comment l’avez-vous trouvé ? L’anglais, vous trouvez cela choquant ?
Votre voix n’a jamais été aussi bien mise en valeur. L’anglais est votre deuxième langue. Vous la chantez très naturellement.
On m’a tellement dit que le public francophone se sentirait boudé. Je ne sais pas trop pourquoi.

- Craignez-vous de perdre des fans francophones ?
J’ai plutôt peur qu’ils ne se sentent pas invités.

- Mais si vous espérez conquérir d’autres marchés, sans doute faut-il accepter de perdre quelques francophones ?
- Je m’aperçois que mes nouveaux fans sont mes potes, au Québec, qui n’adoraient pas ce que je chantais jusqu’ici. Ils ne cessent de m’appeler pour me dire : « C’est ce qu’on attendait de toi ! On écoute ce disque en boucle ! » Mon autre peur, c’est que certaines personnes n’écoutent pas ce CD parce qu’il y a mon nom dessus. Parce que je suis catalogué « variété française ». La perception des gens change d’un pays à l’autre. Une Russe m’a dit, récemment, que mon public là-bas était plus jeune et plus branché qu’en France. Cela fait partie de ma quête anthropologique ! (Rires.) Cependant, je crois qu’on ne pourra jamais renier mon histoire d’amour avec le public francophone.

- Vous serez prochainement en concert chez nous. Chanterez-vous 50 % en français et 50 % en anglais ?
- Je ferai plutôt 30-30-30. De nouvelles chansons, d’anciennes remaniées et quelques reprises. Je vais chanter les Beatles, les Doors et même du rock québécois du groupe Offenbach, qui est mythique chez nous. Ainsi qu’un titre en joual (type de français parlé au Québec teinté d’anglicismes).

- Lors de notre dernière rencontre, vous m’avez avoué qu’aucune femme ne voulait rester avec vous. Depuis, vous êtes tombé amoureux de Lorie. Et là, pensez-vous qu’elle voudra rester avec vous ?
- Je l’espère !

- Considérez-vous le fait qu’elle soit chanteuse comme un clin d'œil de la vie ?
- C’est sûr que j’ai plus de chance de tomber amoureux d’une chanteuse que d’une avocate. (Rires.)

- Oui, mais vous auriez aussi pu tomber amoureux de moi !
- C’est vrai, depuis le temps qu’on se connaît ! (Rires.) Avec Laure (Lorie), cela a pris six, sept ans. On se croisait souvent, on s’appelait quelquefois, on avait une relation amicale. Ce n’est pas un coup de foudre.

- Qu’est-ce qui vous plaît chez elle que vous n’avez pas trouvé chez les autres ?
- C’est un soleil. Et elle est d’une intelligence et d’une pureté !

- Tous deux, vous avez des visages enfantins.
- Ah oui ! Souvent, on dit que les artistes veulent rester enfants. C’est important de pouvoir encore s’émerveiller. J’aime conserver une part de naïveté. Et elle a l’air d’être pareille. Beaucoup de gens sont bluffés par Laure. Elle est très futée.

- Si chacun part en tournée, comment ferez-vous pour vous voir ?
- « What’s the time in NYC » parle de cela. Quand j’enregistrais cette chanson, je pensais autant à ma chérie qu’à ma fille. Cela évoque l’éloignement. Je réfléchis toujours à l’heure qu’il est quand je veux appeler l’une ou l’autre. J’ai intégré le décalage horaire dans ma vie.

- Imaginez-vous devenir, un jour, un patriarche ?
- Je me suis toujours nourri des changements. Celui que je vis en ce moment est important. Je commence à être plus adulte et cela me fait un peu peur. Et j’ai l’impression que l’équilibre de ma vie se reflète dans l’album.

- Dans « All the way », dont vous avez écrit une partie du texte, vous faites un parallèle entre l’amour et le poker. Dans votre vie, avez-vous déjà tout perdu et tout gagné ?
- Je suis joueur, donc toujours prêt à tout miser. Depuis la naissance de ma fille, les choses sont un peu différentes. Avant, je pouvais risquer ma vie. J’ai eu un accident de voiture avant sa naissance et je me suis demandé ce qu’elle ferait sans moi.

- Et vous ne dépassez plus les limites de vitesse ?
- Si, je suis encore excessif mais avec une autre conscience !

- Vous chantez « Maybe I’m a heartbreaker ». Avez-vous brisé plus de cœurs que vous n’en avez recollé ?
- Je pense avoir recollé les cœurs de quelques copines. Dans la chanson « Stand up », je dis être comme un grand frère pour elles. Mais c’est vrai que dans « Burning », je me vois comme un briseur de cœurs. Je l’ai souvent fait sans le vouloir.

- Et votre cœur, l’a-t-on brisé parfois ?
- Pas souvent.

- Avez-vous projeté de vous marier avec Lorie ?
- On n’a pas de projet dans ce sens, les magazines en font pour nous. Parfois, ça nous fait rire. Mais certains magazines m’ont souvent blessé. Aujourd’hui, je suis avec quelqu’un qui comprend très bien ce phénomène et sait que tout ce qui s’écrit n’est pas nécessairement vrai.

- Parler de votre idylle, ça aide vos carrières respectives ?
- On ne se prête pas à ce jeu-là parce que cela ne profite qu’aux magazines. Certains pensent que si le cœur de Lorie est pris, elle perdra des fans. On peut échafauder toutes sortes de théories à ce sujet.

- Vous vous sentez bien dans toutes les situations ?
- Je suis un caméléon. Je dirais que c’est plus par anti-éducation. Mes parents ont toujours eu de grands principes et une vie sédentaire. A l’adolescence, j’ai voulu remuer tout ça, essayer des styles différents. J’ai encore le heavy metal, le punk et le peace en moi. Je ne suis pas impressionné par les stars. Je n’ai pas peur d’aider quelqu’un. En tant qu’artiste, on est un témoin.

- Alors, vous ne portez pas de jugement. Vous vous contentez de relater les faits ?
- Ça dépend. Je crois beaucoup au commandement « Tu ne jugeras point ». Je repense souvent à mon amie Isabelle, grâce à qui j’ai commencé à faire de la scène. Elle a été violée et assassinée. J’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre. J’ai eu envie de régler son compte à son meurtrier. Des années plus tard, j’ai rencontré Patrick Dils, qui fut acquitté et relâché après des années de prison. Cette rencontre m’a marqué.

Joëlle Lehrer