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A ceux qui s'étaient rués tout contre la scène dès la première note,
le chanteur québécois a fait un joli pied de nez : une entrée par le
haut des gradins, au milieu de spectateurs médusés mais restés à leur
place, et de fans devenus abeilles ne sachant plus où butiner. Porté
par la foule mais aussi par une nuée de gardes du corps, Garou rejoint
la scène dans un élan de générosité : s'il suffit de taper la main des
inconditionnels du premier rang pour voir des sourires, alors soit,
Garou topera là.
Entamé haut en couleurs et en décibels, le show à l'américaine prend
doucement des airs de jazz, avant que n'arrivent les scouts autour du
feu de camp, puis la douceâtre invitation à l'intimité, sur des airs
de piano. Où te caches-tu, Gitan, Seul, les tubes radio alternent avec
les confidences sur l'inéluctable choucroute, « un petit plaisir.
Quand on vient à Strasbourg, on y revient », ou, un peu plus profond,
sur l'injustice : « Le temps, c'est relatif. Il y a des moments longs
et inutiles, et d'autres, courts, qui changent une vie ».
A la trompette, à l'harmonica, à la guitare, Garou montre ce qu'il
sait faire de son air enjôleur. Il passe du vieux continent au
nouveau, de « La mer » à « You can leave your hat on », et de «
Amsterdam » à « Belle ». Une part de lui-même en Europe, lucrative,
une autre à Montréal, où l'attend sa fillette de 5 ans. Dualité et
richesse d'une voix cassée.
Solann Battin |