Le mercredi 14 juin 2006

Garou : « Le temps retrouvé »

La vie, ses injustices, ses coups de foudre, le temps , servent de fil conducteur à un 3e album militant.

- Pourquoi avoir choisi d'intituler ce disque simplement « Garou » ?

Il n'a pas de nom. A l'instant de le faire, j'ai décidé de prendre mon temps. Parmi les 12 chansons qu'il contient, certaines auraient pu faire un excellent titre. Pour la 1e fois en plus, on y trouve un thème récurent : le temps. Finalement tout s'est fait facilement même s'il a fallu choisir entre 158 propositions. A l'origine il devait sortir en septembre, on a avancé la date tellement tout est allé vite.

- Il fallait accorder les rythmes, les ambiances ?.

C'est certainement le plus homogène de tous mais je veux de l'éclectisme dans les choix et les dynamiques. Quand je pense album, le concert est dans ma tête. Il faut des compositions qui déchirent, parfois j'ai envie de pleurer. Mon adrénaline est faite d'une dose émotionnelle changeante. Je n'ai jamais eu pour ambition de passer à la radio, me produire à la télé. Je me suis retrouvé un jour sur une scène et j'ai compris que c'était là que j'allais vivre.

« Reconstruire Patrick Dills »

- 158 chansons donc au départ mais tout de même des gens comme Obispo !

Nous avons développé une vraie relation avant de collaborer et donc, paradoxalement, j'ai l'impression que ce n'est pas la première fois. Je choisis et je n'ai jamais promis à quelqu'un de prendre une chanson qu'il avait faite spécialement pour moi. Il m'en a envoyé une trentaine depuis le premier enregistrement sans que je fasse appel à lui. Là, j'étais demandeur. On trouve aussi sur l'album des compositions de Diane Cadieu que je n'ai jamais rencontrée.

- Le premier single, « L'injustice », est un texte fort !

Une telle chanson a une vraie mission. Au-delà de mes espérances, elle véhicule quelque chose de fort et la radio la diffuse. Quand je suis arrivé à la « Nouvelle Star » pour l'interpréter, j'ai plombé l'ambiance. En spectacle, ce sera magistral.

- Patrick Dills apparaît dans le clip de cette chanson.

Il y a eu une véritable rencontre. Je ne pensais pas qu'il était aussi connu. Je ne voulais pas en parler durant les interviews. Je voulais qu'il soit simplement un symbole dans ces images. Je voulais surtout qu'il vienne à Montréal s'éclater. Cet homme là m'a énormément touché. Il s'agit d'une véritable rencontre humaine.

- Comment vous êtes vous connus ?

Sur les Restos du Coeur en 2005. Il m'avait parlé un peu de lui. On ne s'est pas revu et cette année, il m'a donné son livre, sauté dans les bras, un échange intense. Il a compris la chanson « Seul » mieux que personne d'autres. Elle lui a, je crois, permis de continuer. Lors de ces retrouvailles, « L'injustice » était déjà enregistrée. Un vrai contact avait eu lieu entre nous et 4 jours avant le tournage du clip je lui ai proposé de me rejoindre. J'ai envoyé un billet d'avion. Je lui ai fait visiter Montréal. Je lui ai dit « on va essayer de te reconstruire autant de bons souvenirs que tu en as de mauvais ». Il m'a répondu : « tu sais la route va être longue ! »

Homme d'affaire

- « Je suis le même », autre single potentiel, est une phrase que vous pouvez toujours dire ?

Complètement ! J'ai des balises, de bons amis qui me disent quand un truc ne va pas. J'ai d'autres activités qui me mobilisent à fond comme mes restaurants. Nous multiplions les séances de travail avec mes partenaires et on ne parle pas de moi artiste. Il y a aussi des salles de spectacle, des projets hôteliers.

- Garou est devenu un homme d'affaire !

Pas pour l'argent, je n'ai jamais eu ce culte mais je suis un homme de passion. J'aime le succès et je suis très fier. L'un des restaurants a le plus vieux permis d'auberge en Amérique du Nord, 1754, et l'autre a été consacré chef et établissement de l'année. Pour moi, ce sont des fiertés alors qu'aller chercher un trophée aux Victoires de la Musique ne me fait rien.

Propos recueillis par Jean-Paul GERMONVILLE « Garou », Columbia