Le mercredi 24 novembre 2004

« Je suis un cœur d’artichaut… » 

Tous les soirs, sur scène, il se donne à son public. Sans s’économiser. Mais dans la vie, c’est un peu plus compliqué. A 32 ans, celui auquel on prête mille et une amoureuses avoue avoir du mal à s’engager. Et n’accepte de dire oui qu’à une seule personne : sa fille !

Tout le monde s’accorde à le dire : Garou est « hy-per-sym-pa » ! Le superlatif est justifié. Avec un sourire grand comme ça, voilà un type qui n’élude aucune question. Et vous dégaine des éclats de rire dont seuls les mômes ont le secret. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Garou… nous avons osé lui demander ! 

Gala : Être sur les routes, comme en ce moment, ça vous convient ? 

Garou : Un peu moins depuis que j’ai Emelie (sa fille, âgée de trois ans, ndlr), mais je pense que j’étais vraiment né pour ça : me balader un peu partout. J’ai mis du temps à le comprendre, sans doute parce que je viens d’une famille sédentaire, qui vit toujours dans la même ville (Sherbrooke, au Québec, ndlr). Qui ne bouge même pas tellement de la maison ! 

Gala : Côté scène, vous dites avoir un ange gardien ? 

Garou : (Il prend un temps) J’avais une amie très proche qui s’appelait Isabelle et qui malheureusement a été assassinée. Je l’ai connu quand j’avais dix-sept ans. C’est elle qui m’a poussé à faire de la musique. Un samedi soir, dans un bar, elle m’a encouragé à rejoindre, sur scène, un chanteur qu’elle connaissait. J’étais tétanisé, mais très vite, le temps de quelques chansons, je me suis senti comme chez moi. Le public a suivi et le mardi suivant, le patron me proposait un contrat. A partir de là, tout s’est enclenché. Je crois aux protections. Et même si ce n’est qu’une question de foi, même si ça n’existe que dans ma tête, dans mon cœur, ça m’aide. 

Gala : Côté cour, toujours fêtard ? 

Garou : J’essaie de me calmer – maintenant je cherche davantage les restos où on peut traîner et discuter tard – mais j’aime la nuit. Je ne sais pas très bien ce que je vais y chercher… Je crois que j’aime voir les tabous tomber, voir ce que cache un maquillage, un déguisement… 

Gala : Garou, lui, se déguise en quoi la nuit ? 

Garou : En prédateur (il se marre) ! En fait, j’aime terminer une soirée en ayant l’impression que tout le monde va se lever avec un gros mal de tête, mais avec le cœur plus léger. Plus fantasque. 

Gala : Votre talon d’Achille, ça reste les jolies filles ? 

Garou : Oui. Même à la soirée Pink (la fête de lancement de la chaîne de télé homosexuelle, ndlr), je me suis remis en question, mais pas très longtemps (il explose de rire) ! 

Gala : La presse vous a fiancé à Natasha St Pier, et plus récemment à Isabelle Adjani. Un commentaire ? 

Garou : Natasha, je peux comprendre parce qu’on est souvent ensemble. On est amis – et seulement amis, contrairement à ce qu’on dit – depuis Notre Dame de Paris. Mais Isabelle Adjani, c’est fascinant parce que je ne l’ai jamais rencontré ! Je ne suis même pas passé près d’elle ! Je ne sais même pas de quoi elle a l’air ! 

Gala : Seriez vous tendance cœur d’artichaut ? 

Garou : Dans le mille ! Mais attention, je ne suis pas un mec qui cherche à se faire des trophées. Chaque fois, je suis sincère. Je cherche mon idéal… 

Gala : Normalement, ce sont plutôt les filles qui sont en quête du prince charmant ! 

Garou : Il faut croire qu'il y a une femme en moi, que je respecte ! C'est vrai : j'ai une part de féminité. Bien cachée. Comment vous dire ? Plus que la femme de ma vie – j'aurais trouvé triste de n'en connaître qu'une seule –, celle que je cherche, c'est, comme le disait Nougaro, celle de ma mort. Celle avec qui je vais tout partager. J'ai l'exemple de mes parents qui sont ensemble depuis une quarantaine d'années. Ils ont traversé des crises, des moments où ils auraient pu lâcher, mais ils se sont battus et aujourd'hui ils sont superamoureux ! Tout le chemin, ils l'ont fait côte à côte, et au soir de leur vie ils pourront se dire :"Tu te souviens quand on avait vingt ou vingt-cinq ans ?" Je trouve ça beau. 

Gala : N'êtes-vous pas un peu victime du syndrome Romain Gary : trop aimé par maman ? 

Garou : Peut-être. Ça expliquerait pourquoi j'ai besoin de rester aussi gamin. Ma mère était très protectrice, c'est vrai. En même temps, j'ai traversé une très violente crise d'adolescence. Sans doute pour casser ce cordon. Maintenant je suis proche de ma famille, je reviens vers elle dès que j'ai un moment, mais il y a eu une époque où j'ai eu besoin de me libérer drastiquement de cet attachement maternel. Et peut-être qu'aujourd'hui, quand je sens vraiment l'amour, je pars parce que j'ai peur. Peur de perdre ma liberté… Pour être sincère, pour l'instant je ne suis vraiment pas prêt à me poser. J'ai envie de voyager? J'aurais plutôt besoin d'une aventurière, qui aime parcourir le monde ! 

Gala : En fait, la seule capable de vous faire rester à la maison, c'est Emelie, non ? 

Garou : Exact. Elle vit avec sa maman à Montréal. En ce moment, c'est un peu difficile parce que la tournée me tient éloigné d'elle. Tous les jours, au téléphone quand j'entends sa voix, j'ai le cœur à l'envers. J'étais là à sa  naissance. J'étais même tellement présent que le médecin à dû me pousser ! Et quand elle est arrivée, j'ai halluciné : je n'avais jamais autant aimé de ma vie. Comment est-il possible qu'instantanément on se sente prêt à donner sa vie pour quelqu'un qu'on n’a jamais vu ? Avec qui on a zéro relation si ce n'est la main sur le ventre pendant neuf mois ? On a beau te le raconter, quand ça t'arrive, c'est…. Et c'est de plus en plus fort !  

Propos recueillis par Jeanne Bordes