|
« Pour ce nouvel album, je
voulais prendre le temps. Mais ça s'est fait tellement facilement qu'on a
devancé la sortie de trois mois. D'habitude, le choix des chansons est l'étape
la plus difficile. Mais malgré les 158 chansons que l'on m'a proposées, ça s'est
avéré cette fois évident. C'est sans doute mon album le plus homogène. Je le dis
souvent, mais je fais toujours un album pour les concerts, c'est une invitation
pour le spectacle, il faut donc du mouvement, de l'émotion, des changements… Ça
n'a jamais été mon but de passer à la radio, c'est sur scène que j'ai ma place,
c'est là que se produit l'échange véritable. Quand on est face au public, on ne
ment pas. » |

Garou : « Ça n'a jamais été mon but de passer à la
radio ».DR |
|
Patrick Dils apparaît dans le clip de « L'injustice », le premier single :
pourquoi ?
C'est un homme qui m'a beaucoup touché (NDLR : condamné à perpétuité en 1989
pour le meurtre de deux garçons en Moselle, Patrick Dils a passé quinze années
en prison, avant d'être reconnu victime d'une erreur judiciaire). Je l'ai
rencontré sur la tournée des Restos du coeur l'an dernier, il m'a donné son
livre, m'a avoué que la chanson « Seul » l'avait aidé à continuer. On s'est
parlé beaucoup. Je l'ai invité à Montréal pour le tournage du clip. C'est une
chanson qui a une mission, pas formatée pour la radio, pas facile à faire en
télé (ça plombe l'ambiance).
J'ai touché à l'alcool, à la
drogue…
Dans « Plus fort que moi », tu fais
l'éloge des « paradis artificiels » : y as-tu souvent goûté ?
J'ai touché à l'alcool, à la drogue, mais je n'ai pas de problème de drogue.
J'aurais pu en avoir, mais je suis passé au travers. J'en suis revenu, je peux
en parler. Des conneries, j'en ai fait, mais je ne fournirais pas d'exemples,
ils sont tous mauvais (rires). Dans ma philosophie personnelle, je suis pour
tenter toutes les expériences. Mais quand ma fille me dira la même chose… La
vérité est toujours dans le gris : moi, il faut que j'aille d'abord complètement
dans le noir, puis complètement dans le blanc, avant de trouver le juste milieu.
Dans le travail aussi, je suis excessif : je suis « workaholic ».
Tu chantes « Je suis le même » : le
succès ne t'a-t-il pas changé ?
J'ai des bonnes balises, des amis qui peuvent me dire si quelque chose ne va
pas. J'ai d'autres trucs pour rester « grounded » (NDLR : les pieds sur terre),
comme mes deux restaurants de Montréal, mes salles de spectacle, mes projets
hôteliers. Je fais plein de réunions avec mes partenaires, je ne suis pas le
centre d'intérêt. Je suis devenu un homme d'affaires par passion, par goût du
succès, plus que pour l'argent. L'un de mes restaurants est la plus vieille
auberge d'Amérique du Nord (L'Auberge du Vieux Saint Gabriel, qui date de 1754),
l'autre (Le Cube, dans l'hôtel Saint-Paul) a été élu restau de l'année. Aller
chercher une Victoire de la musique, ça ne me fait rien. Mais restau de l'année,
j'en suis très fier.
Dans trois albums, je
retournerai chanter dans les bars…
Arrivé à ce niveau de succès, le
métier, les attentes autour de toi, ne sont-ils pas différents ?
Si, bien sûr. J'ai bien aimé la descente du
deuxième album, qui a vendu beaucoup moins que le premier (1 million contre 2,2
millions, des deux côtés de l'Atlantique). C'était parfait. J'espère atteindre
les 500 000 avec celui-ci, et dans trois albums, je retournerai chanter dans les
bars (rires)…
Justement, après ta dernière
tournée, tu es retourné chanter dans les bars où tu avais débuté : quelle
impression cela t'a-t-il fait ?
C'est là qu'on s'aperçoit de ce qui a changé,
le regard des autres est différent. Avant les gens mangeaient (rires) ! Je ne
sais pas à quel point c'est positif, j'aimais bien le challenge. C'était chaque
soir des gens différents, il fallait les conquérir. C'est ce qui m'excite le
plus aujourd'hui dans une éventuelle carrière en anglais. Arriver sur une scène
où personne ne me connaît, balancer « one two three four, my name is Garou »,
j'aime ça. L'album en anglais est très avancé, un peu plus rock, dans la veine
de Bryan Adams, mais on travaille encore dessus. C'est tellement le souk dans
les compagnies de disques… Il y a trop de concessions à faire, et j'ai trop de
privilège à pouvoir faire l'album que je veux en français pour m'embarquer
là-dedans aujourd'hui.
Propos recueillis par Olivier Brégeard |