Dimanche 16 juillet 2006

Chanson Garou, excès et succès

Devenu un poids lourd de la variété francophone, le chanteur québécois vient de publier « Garou », son troisième album, qu'il nous présente.
 

« Pour ce nouvel album, je voulais prendre le temps. Mais ça s'est fait tellement facilement qu'on a devancé la sortie de trois mois. D'habitude, le choix des chansons est l'étape la plus difficile. Mais malgré les 158 chansons que l'on m'a proposées, ça s'est avéré cette fois évident. C'est sans doute mon album le plus homogène. Je le dis souvent, mais je fais toujours un album pour les concerts, c'est une invitation pour le spectacle, il faut donc du mouvement, de l'émotion, des changements… Ça n'a jamais été mon but de passer à la radio, c'est sur scène que j'ai ma place, c'est là que se produit l'échange véritable. Quand on est face au public, on ne ment pas. »


Garou : « Ça n'a jamais été mon but de passer à la radio ».DR


Patrick Dils apparaît dans le clip de « L'injustice », le premier single : pourquoi ?

C'est un homme qui m'a beaucoup touché (NDLR : condamné à perpétuité en 1989 pour le meurtre de deux garçons en Moselle, Patrick Dils a passé quinze années en prison, avant d'être reconnu victime d'une erreur judiciaire). Je l'ai rencontré sur la tournée des Restos du coeur l'an dernier, il m'a donné son livre, m'a avoué que la chanson « Seul » l'avait aidé à continuer. On s'est parlé beaucoup. Je l'ai invité à Montréal pour le tournage du clip. C'est une chanson qui a une mission, pas formatée pour la radio, pas facile à faire en télé (ça plombe l'ambiance).

J'ai touché à l'alcool, à la drogue…

Dans « Plus fort que moi », tu fais l'éloge des « paradis artificiels » : y as-tu souvent goûté ?
J'ai touché à l'alcool, à la drogue, mais je n'ai pas de problème de drogue. J'aurais pu en avoir, mais je suis passé au travers. J'en suis revenu, je peux en parler. Des conneries, j'en ai fait, mais je ne fournirais pas d'exemples, ils sont tous mauvais (rires). Dans ma philosophie personnelle, je suis pour tenter toutes les expériences. Mais quand ma fille me dira la même chose… La vérité est toujours dans le gris : moi, il faut que j'aille d'abord complètement dans le noir, puis complètement dans le blanc, avant de trouver le juste milieu. Dans le travail aussi, je suis excessif : je suis « workaholic ».

Tu chantes « Je suis le même » : le succès ne t'a-t-il pas changé ?
J'ai des bonnes balises, des amis qui peuvent me dire si quelque chose ne va pas. J'ai d'autres trucs pour rester « grounded » (NDLR : les pieds sur terre), comme mes deux restaurants de Montréal, mes salles de spectacle, mes projets hôteliers. Je fais plein de réunions avec mes partenaires, je ne suis pas le centre d'intérêt. Je suis devenu un homme d'affaires par passion, par goût du succès, plus que pour l'argent. L'un de mes restaurants est la plus vieille auberge d'Amérique du Nord (L'Auberge du Vieux Saint Gabriel, qui date de 1754), l'autre (Le Cube, dans l'hôtel Saint-Paul) a été élu restau de l'année. Aller chercher une Victoire de la musique, ça ne me fait rien. Mais restau de l'année, j'en suis très fier.

Dans trois albums, je retournerai chanter dans les bars…

Arrivé à ce niveau de succès, le métier, les attentes autour de toi, ne sont-ils pas différents ?
Si, bien sûr. J'ai bien aimé la descente du deuxième album, qui a vendu beaucoup moins que le premier (1 million contre 2,2 millions, des deux côtés de l'Atlantique). C'était parfait. J'espère atteindre les 500 000 avec celui-ci, et dans trois albums, je retournerai chanter dans les bars (rires)…

Justement, après ta dernière tournée, tu es retourné chanter dans les bars où tu avais débuté : quelle impression cela t'a-t-il fait ?
C'est là qu'on s'aperçoit de ce qui a changé, le regard des autres est différent. Avant les gens mangeaient (rires) ! Je ne sais pas à quel point c'est positif, j'aimais bien le challenge. C'était chaque soir des gens différents, il fallait les conquérir. C'est ce qui m'excite le plus aujourd'hui dans une éventuelle carrière en anglais. Arriver sur une scène où personne ne me connaît, balancer « one two three four, my name is Garou », j'aime ça. L'album en anglais est très avancé, un peu plus rock, dans la veine de Bryan Adams, mais on travaille encore dessus. C'est tellement le souk dans les compagnies de disques… Il y a trop de concessions à faire, et j'ai trop de privilège à pouvoir faire l'album que je veux en français pour m'embarquer là-dedans aujourd'hui.

Propos recueillis par Olivier Brégeard