Le mardi 13 avril 2004

Garou survolte "sa foule"

Steve Bergeron
steve.bergeron@latribune.qc.ca

Le lion rugit toujours. Il ne mord pas. Mais hier soir, tel un fauve libéré après plusieurs mois de réclusion en cage, privé trop longtemps de sa liberté, il a pris toute la salle Maurice-O'Bready dans sa gueule.

Garou est en forme, c'est indescriptible. Ce gars-là est heureux sur scène, ça vous soulève. Ce spectacle est une véritable tornade, on en perd le nord.

Bref, c'est le Garou qu'on connaît, qu'on a toujours connu et qu'on aime comme ça. Son regard envoûtant, ses visages grimaçants, sa tête qui penche à droite, un peu vers l'arrière, comme si quelqu'un l'agrippait par le cou, sa simplicité contagieuse, son talent incontestable, son plaisir manifeste. Les petits détails comme les petits bouts faussés ou inaudibles n'ont plus alors aucune importance.

Machine impressionnante

Mais Garou était aussi entouré d'une impressionnante machine de lumières, d'images et de sons. Sept musiciens (dont le Sherbrookois Jean-François Gagnon, trompettiste et, on l'a découvert, violoniste aussi), deux choristes, des caméras, des projecteurs qui éclairent dans tous les sens, un grand écran suspendu, un autre tout en long sur la contremarche de la scène des musiciens. Monsieur Centrale Thermique s'est adjoint quelques mégawatts de plus et ça ne fait pas de tort du tout.

Il y avait par surcroît ce courant supplémentaire passant entre un artiste et sa ville d'origine, qu'il n'a 'jamais cessé d'aimer'. Cette proximité qui fait qu'on s'amuse des petits pépins, tels les micros à retardement, comme si on faisait tous partie de la même bande. Parents, famille et amis étaient dans la salle. 'Merci du soutien donné depuis le début!' a lancé l'ex-Quasimodo.

Le chanteur a d'ailleurs évoqué cette période pré-Notre-Dame-de-Paris.

Garou survolte 'sa' foule

De sa voix rugissante, doublée d'une énergie électrisante, Garou a enflammé le Centre culturel de l'Université de Sherbrooke hier soir, alors qu'il présentait son tout nouveau spectacle, celui de la tournée Reviens. Inutile de préciser que la salle était comble et le délire, à son comble.

'Certains d'entre vous savent que je ne suis pas né bossu! J'ai eu une vie musicale avant', a-t-il précisé après que deux petites filles lui eurent apporté leurs dessins. La salle a alors eu droit à des photos du secondaire, savamment retouchées pour illustrer les pseudo-périodes punk, hippie et heavy metal de Pierre Garand.

La fantaisie s'est poursuivie avec un rigodon du Jour de l'An (une reprise en fait de ce qu'il avait fait lors du spectacle de Céline Dion à Montréal le 31 décembre 1999).

Plus tard, les spectateurs eux-mêmes se sont vus sur l'écran, quand le chanteur a fait un extrait de Je n'attendais que vous. Mais Garou reste moteur et cœur de toutes ces charpentes électriques et lumineuses.

Nouveau disque

Évidemment, les chansons du nouveau disque étaient à l'honneur. Dès les deux premières, Prière indienne et Passe ta route (avec sur l'écran des panneaux de circulation indiquant la direction d'I Love You), la salle, comble, chantait déjà les succès tout neufs.

'Il vous a fallu du temps pour vous lever', dira quand même Garou à la fin, imitant la démarche d'un vieillard.

Un des moments forts fut l'interprétation de Tout cet amour-là, quand Garou s'est saisi d'une caméra, feignant de chercher l'amoureuse disparue entre les bancs, disparaissant dans le noir, puis réapparaissant au balcon, sans jamais cesser de chanter. Petit tour de magie qui a séduit tout le monde. La table était mise pour Sous le vent. Céline est apparue en vidéoclip sur l'écran, permettant au chanteur de redescendre.

Première grosse ovation debout.

Garou ne serait pas Garou sans quelques interprétations de classiques du jazz et du blues, tels Mustang Sally et Shout. Un peu d'AC/DC ici, un peu de James Brown là, même Elvis y a passé. L'artiste a donné deux rappels , avec l'incontournable Reviens et Hemingway, au cours de laquelle il a perdu un talon de sa chaussure, à force de piaffer. Deuxième rappel avec Pendant que mes cheveux poussent (il a joué de la trompette) et L'adieu, qui a consacré le délire.

La première partie avait été confiée à la chanteuse bromptonvilloise Martine Bolduc, qui a eu l'occasion de montrer à une autre tranche du public qu'elle sait occuper une scène, que sa voix est sûre et bien assise, qu'elle peut enfiler comme un gant des chansons de différentes tailles.

En commençant avec sa pièce la plus connue, Rentrer chez moi, elle mettait déjà les spectateurs de son côté. Elle aurait même pu s'en permettre davantage et tisser un lien encore plus serré avec la salle, car de belles occasions se sont présentées. La petite flamme vive deviendra sûrement un beau grand feu qui prend toute sa place.

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