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5000 BELGES FONDENT POUR LE CHANTEUR QUÉBÉCOIS
Garou réussit sa rentrée européenne
Laura Martin
La Tribune
Bruxelles
Garou brûlait deux fois l'humide Bruxelles ce week-end, dans les
troisième et quatrième concerts de sa nouvelle tournée européenne. Il fallait le
savoir parce que, nulle part dans la capitale 90 % cacao, on ne voyait ses
sourcils séducteurs plaqués sur les murs des gares ou dans les ruelles des
estaminets. Évidemment, une journaliste atterrie dans la patrie du confrère
Tintin pour tâter l'engouement se met à douter. Et si le truc était monté de
toutes pièces? Et si Garou n'était pas plus populaire ici que Corneliu à
Tombouctou?
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Le chauffeur qui fait la navette jusqu'à l'hôtel, voyant la mine
tourmentée de la Québécoise dupée, rassure: «Ah non, mais il a la cote ici,
Garou. Il y a Céline, mais après c'est lui, hein», dit ce bonhomme bourru qui
ressemble à l'acteur Olivier Gourmet avec moins de calvitie.
Effectivement, il fallait être au Forest national hier soir pour croire
que Garou a vraiment la cote, et la cote A+, dans la ville du Manneken Pis.
Le voir pour le croire...
Hier soir, dans cette salle mythique à 15 minutes de la Grande Place, là
où des bootlegs mémorables des Stones et de Genesis ont été enregistrés, 5000
personnes ont fondu devant lui comme des macarons de Godiva en plein soleil. Et
fondre au sens propre, au sens de se liquéfier. Au parterre, une demi-douzaine
de femmes se sont évanouies. Les Thomas qui croyaient que les chutes de pression
en pleine ovation ont disparu quand ést apparue la climatisation étaient dans le
tort.
Il fallait le voir pour le croire. Et il fallait y être et garder sa
connaissance - pour sentir cette chaleur suffocante même pendant la première
partie de Gene Thomas, un flamand émergent à la pop collante comme le nougat. Il
fallait y être pour sentir le grand pouls collectif s'accélérer juste avant que
le Quasimodo à la colonne vertébrale redressée arrive par l'arrière de la salle,
traversant une foule qui ne cherchait qu'à lui arracher les deux bras.
L'énergie du public
Garou avait visiblement la frite - deux morceaux de robot pour la
métaphore gastronomique -, était assurément content de reprendre le collier de
la tournée et surtout de le faire dans cette salle en demi-cercle qui est sa
préférée dans le monde et où il a déjà chanté 10 fois. Il l'a dit sur la scène,
mais il le répète aussi en privé: «Il n'y a pas un endroit où l'on sent le
public aussi près, où il nous donne autant d'énergie.»
Son quatrième album tournait autour du concept du temps. La tournée
idoine a donc été réfléchie avec la tête d'un horloger, ici nommé Denis
Bouchard, le comédien signant sa deuxième mise en scène pour le Sherbrookois.
Une mise en scène allégée des choristes et de la section de cuivres, mais
rehaussée par une technique obèse.
Les six musiciens sont grimpés sur des engrenages de cadrans. Trois
grosses lunettes de montres font office d'écrans géants. Garou se déhanche au
milieu tout ça, de ces 250 000 watts de lumière, comme une trotteuse sans
attache.
«Commencer une tournée, c'est comme entamer une nouvelle relation. En
tout cas, nous sommes très excités ce soir», a-t-il dit, sensuel, sans trafiquer
son accent, devant des drapeaux canadiens et québécois qui servaient d'éventails
dans la moiteur.
Seulement sept titres du récent éponyme étaient au programme, le reste
étant pigé dans les principaux tubes radios de l'interprète (L'aveu, Reviens,
Sous le vent, Seul...).
Fidèle à son passé de chanteur de bars, Garou a surtout fouillé à pleines
mains dans le répertoire anglophone et francophone au cours de trois medleys;
l'un jazz, l'un rock n'roll (qu'il avait rodé cet été dans sa tournée des
festivals québécois), l'autre de chansons de feu de camp. Quand il raconte qu'il
entonnait dans les partys de bûches de sa jeunesse du Michel Sardou et du Michel
Fugain, la Québécoise ne gobe pas. Mais les Belges, eux, avalent goulûment,
particulièrement cette Amsterdam de Brel qui leur appartient.
Le capitaine Haddock aurait dit que c'était mille millions de mille
sabords de bon augure pour la série de spectacles que Garou donnera, dès jeudi,
à l'Olympia de Paris.
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