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Le mercredi 15 novembre 2006 |
Passer ma route? Non merci!
Journée de voyage avec Garou
derrière les vitres teintées
Rouen - Pouvez-vous croire qu'on puisse commencer sa journée avec un
Perrier dans un hôtel-boutique accoudé sur les Champs-Élysées et la finir à bord
d'un autobus dans lequel les empreintes de Sir Paul McCartney et Seal sont
encore fraîches sur les dossiers? Oui. Et j'ai le regret de vous dire que c'est
le sort grave et désolant qui accable la nouvelle jet-setteuse que je suis
depuis quatre jours. Et ce champagne, il arrive, à la fin?
Ce mardi, qui tapait plein soleil sur la Eiffel, était tout dédié, dans
l'horaire de Garou, à l'enregistrement d'un concert privé pour les auditeurs de
la chaîne radio Chérie FM, la troisième plus minouchée par les oreilles
hexagonales. Sept cents auditeurs gagnants l'attendaient au Zénith de Rouen, à
une heure et des vapeurs au nord-ouest de l'arc de Triomphe.
En milieu d'après-midi donc tôt le matin à l'heure normale Garou , la garde
rapprochée du chanteur (chauffeur, garde du corps, assistant personnel, gérant
et journaliste trouvez l'intruse prend donc place dans la fourgonnette. Alors
que les quidams s'essoufflent autour, derrière les vitres teintées, l'ambiance
est franchement détente. L'un sort d'un sac le DVD de Lost, les autres
commentent. Garou n'a pas regardé, mais adore 24. "Je me les tape dans le temps
des Fêtes en trois ou quatre jours. J'envoie ma fille se coucher à 19 h pour les
regarder", dit le loup dont la voix devient minou quand il parle d'Émilie, cinq
ans.
Depuis longtemps, Garou n'a plus de pied-à-terre dans la capitale parisienne.
Son pied préfère piétiner le tapis de différentes chambres d'hôtel. "Je passe
des mois sans venir ici. La dernière fois que j'ai possédé un chez-moi, à mon
retour, les souris l'avaient adopté. De toute manière, c'est placé dans ma tête,
je ne veux pas habiter ici. J'aime Paris pour travailler, mais je suis incapable
de la suivre. J'aime ça plus convivial."
Et plus tranquille, osé-je avancer. Contrairement à nous tous, touristes, qui
venons chez les cousins pour se farcir une baguette dans quelque jardin et voir
si le Louvre est comme sur les cartes postales, Garou est condamné à se
cloîtrer. Pas dans des trous à rats, mais quand même... "Et moi qui suis sorteux!
Je ne me permets pas de débarquer sur un coup de tête dans un café. Ma plus
grande honte est d'ailleurs que je n'ai jamais visité le château de Versailles.
Qu'ils m'aiment ou pas, les gens viennent automatiquement vers moi pour avoir un
autographe. Et ça, c'est le minimum. Donc, la balade de santé sur les quais de
la Seine, j'oublie ça!"
Le portable du gérant Mario Lefebvre attend qu'il termine sa phrase pour vibrer.
Une journaliste du quotidien Métro au bout des ondes.
À la demie de l'entrevue, le monospace prend la sortie d'un truck-stop. Garou
sort dehors pour boucler l'entrevue et griller une clope. Les automobilistes
venus s'acheter des croustilles pour la route ont les mâchoires qui déboîte en
le voyant. Un jeune homme, qui se demande s'il a bel et bien l'ancien Quasimodo
devant lui, est convaincu qu'on lui ment et s'en retourne à son volant.
L'objet de cette commotion en plein relais routier regagne son siège comme si de
rien n'était, le sandwich aux oeufs et le cylindre de Pringles dans les mains.
"Vite comme ça, ça ne paraît pas, mais j'adore la bonne bouffe, les bons
restaurants. C'est un plaisir qui s'est développé au fil du temps."
Les autres kilomètres se boufferont dans le temps de placoter de piratage et de
potinage, de s'extasier pour un trou dans les nuages et une autoroute en
construction. "Tiens, ils refont la 55!"
Au Zénith, l'accueil que ses fans réservent à ses sept chansons est encore une
fois fort chaleureux. Tout de suite après le concert, qui sera radiodiffusé
dimanche, il doit repartir presto pour Paris.
L'intruse le sera donc, pour le retour, dans le bus de tournée des six
musiciens. Si vous pensiez pouvoir mourir après avoir embarqué dans un Orléans
Express avec toilettes, vous n'avez pas monté dans celui-ci. Deux étages. En
haut: couchettes pour tous, salle de cinéma et salon panoramique. En bas: salle
de bain avec céramique, cuisinette remplie de grands crus Saint-Émilion,
banquettes en velours et, le top du glamour, éclairage lounge qui passe du
violet au vert au bleu. Deux copines de musiciens sont à bord. Tout le monde
potine. Ça revient sur le spectacle. Ça rit beaucoup.
Après avoir posé ses fesses là où s'était récemment assis un ancien Beatles,
l'intruse retourne dans son hôtel du 18e arrondissement avec vue sur un autre
hôtel du 18e. Et elle attend le champagne... Qui n'arrive pas.
Laura Martin |
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