Le jeudi 16 novembre 2006

" Garou est-il québécois? "

Des Parisiens finissent par oublier l'origine de toute une vague de chanteurs

Laura Martin

Paris - En raison de quelques différends, j'ai dû divorcer de mon hôtel hier. Je me suis engagée avec le premier venu, celui de l'autre côté de la rue. Je suis restée dans ce même quartier qui déboule en bas de la butte Montmartre. Il est chaud, oui, mais on s'attache à ces petites bêtes qui cognent des clous à 7 h du mat ou à ces autres qui nous apostrophent pour nous attirer dans leur cinéma cochon avec cabines automatiques "uniques au monde".

La réceptionniste de mon nouveau chez-moi a seulement voulu me louer pour deux soirs. Quand elle m'a tordu un bras pour connaître les raisons professionnelles de mon séjour, cette descendante espagnole m'a dévisagée comme si j'étais la Vierge de Fatima puis a tenté de monnayer mon sursis sur son 6e étage en échange d'un autographe.

On prononce le nom de Garou ici et trois personnes se retrouvent à genoux en train de vous bénir les souliers. On dit son nom et tout le monde sort un sourire satisfait. Je ne sais trop si c'est l'accent qui les fait ainsi se marrer, mais les Parisiens m'apparaissent plus sympathiques que dans mes souvenirs. J'ai vu des dents dans le métro, pour dire...

Encouragée par cette bonne humeur¸ et cette journée de congé au cours de laquelle je n'avais aucune mondanité à aller renifler, j'ai laissé ma gêne dans le frigo et je suis allée apostropher quelques gens de la place - on les reconnaît à leur façon de fixer leur cellulaire au lieu du trottoir en marchant - au sujet de notre musique québécoise avec succès automatique "unique au monde". Je me disais que tous les Parisiens ne pouvaient pas hyperventiler comme les spectateurs de Rouen et de Bruxelles en entendant l'interprète de Belle.

Au Québec, on a même perçu un faible écho que les Français étaient vachement ennuyés qu'on leur envoie notre camelote. Le protectionnisme baveux aurait-il fait son temps sur les pavés?

"Des Québécois? Garou n'est pas québécois? Ah si, c'est vrai, a réalisé Émilie, qui a déjà travaillé aux Francofolies de La Rochelle. On finit par oublier qu'ils sont tous Québécois, ces chanteurs. Ils sont parfaitement intégrés. J'ai même toujours été fascinée par leur façon de perdre leur accent quand ils chantent. Non, vraiment, je n'ai rien contre eux. Je trouve même ça très bien qu'ils voyagent jusqu'ici."

La cinquantaine joyeuse, Nadia et Christian Séguy, fouinant dans le coin de L'Olympia, sont aussi d'accord pour que le passeport de nos chanteurs ne leur soit pas retiré d'office. "On aime bien, mais depuis Félix Leclerc et Gilles Vigneault, on n'a pas acheté beaucoup d'albums québécois. À part Lynda Lemay. Mais Garou, on le voit partout. C'est une mégastar ici. Il est au top du top."

"Il est au top, mais ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. Il ne chante pas des textes très percutants. En général, les Québécois font de belles carrières, mais ils ont des goûts plutôt conformistes et ennuyants", balance Mathieu Callebouil, que j'ai du mal à écouter parce que derrière, un stand à journaux tapisse ses vitrines avec un magazine vantant les charmes de l'Abitibi, nouvelle destination touristique. S'il connaissait Amos, Mathieu voudrait sans doute y renvoyer quelques-uns de nos chanteurs.

Pendant que Garou chantera à L'Olympia samedi, Corneille sera au Zénith et Natasha St-Pier sur la scène de La Défense. Demain, Roch Voisine sera en concert en Provence et Dobacaracol, à Rennes. Et Arianne Moffat quelque part à Paris en fin de semaine...

Garou n'est vraiment pas seul dans ce pays.

La réceptionniste se porte quand même volontaire pour le consoler, si jamais le besoin se fait sentir. Maintenant, est-ce que vous me le louez, c't'hôtel?