"
Garou
est-il québécois? "
Des Parisiens finissent par oublier l'origine de toute une vague
de chanteurs
Laura Martin
Paris - En
raison de quelques différends, j'ai dû divorcer de mon hôtel hier. Je me suis
engagée avec le premier venu, celui de l'autre côté de la rue. Je suis restée
dans ce même quartier qui déboule en bas de la butte Montmartre. Il est chaud,
oui, mais on s'attache à ces petites bêtes qui cognent des clous à 7 h du mat ou
à ces autres qui nous apostrophent pour nous attirer dans leur cinéma cochon
avec cabines automatiques "uniques au monde".
La
réceptionniste de mon nouveau chez-moi a seulement voulu me louer pour deux
soirs. Quand elle m'a tordu un bras pour connaître les raisons professionnelles
de mon séjour, cette descendante espagnole m'a dévisagée comme si j'étais la
Vierge de Fatima puis a tenté de monnayer mon sursis sur son 6e étage en échange
d'un autographe.
On prononce le
nom de Garou
ici et trois personnes se retrouvent à genoux en train de vous bénir les
souliers. On dit son nom et tout le monde sort un sourire satisfait. Je ne sais
trop si c'est l'accent qui les fait ainsi se marrer, mais les Parisiens
m'apparaissent plus sympathiques que dans mes souvenirs. J'ai vu des dents dans
le métro, pour dire...
Encouragée par
cette bonne humeur¸ et cette journée de congé au cours de laquelle je n'avais
aucune mondanité à aller renifler, j'ai laissé ma gêne dans le frigo et je suis
allée apostropher quelques gens de la place - on les reconnaît à leur façon de
fixer leur cellulaire au lieu du trottoir en marchant - au sujet de notre
musique québécoise avec succès automatique "unique au monde". Je me disais que
tous les Parisiens ne pouvaient pas hyperventiler comme les spectateurs de Rouen
et de Bruxelles en entendant l'interprète de Belle.
Au Québec, on a
même perçu un faible écho que les Français étaient vachement ennuyés qu'on leur
envoie notre camelote. Le protectionnisme baveux aurait-il fait son temps sur
les pavés?
"Des Québécois?
Garou
n'est pas québécois? Ah si, c'est vrai, a réalisé Émilie, qui a déjà travaillé
aux Francofolies de La Rochelle. On finit par oublier qu'ils sont tous
Québécois, ces chanteurs. Ils sont parfaitement intégrés. J'ai même toujours été
fascinée par leur façon de perdre leur accent quand ils chantent. Non, vraiment,
je n'ai rien contre eux. Je trouve même ça très bien qu'ils voyagent jusqu'ici."
La cinquantaine
joyeuse, Nadia et Christian Séguy, fouinant dans le coin de L'Olympia, sont
aussi d'accord pour que le passeport de nos chanteurs ne leur soit pas retiré
d'office. "On aime bien, mais depuis Félix Leclerc et Gilles Vigneault, on n'a
pas acheté beaucoup d'albums québécois. À part Lynda Lemay. Mais
Garou,
on le voit partout. C'est une mégastar ici. Il est au top du top."
"Il est au top,
mais ce n'est vraiment pas ma tasse de thé. Il ne chante pas des textes très
percutants. En général, les Québécois font de belles carrières, mais ils ont des
goûts plutôt conformistes et ennuyants", balance Mathieu Callebouil, que j'ai du
mal à écouter parce que derrière, un stand à journaux tapisse ses vitrines avec
un magazine vantant les charmes de l'Abitibi, nouvelle destination touristique.
S'il connaissait Amos, Mathieu voudrait sans doute y renvoyer quelques-uns de
nos chanteurs.
Pendant que
Garou
chantera à L'Olympia samedi, Corneille sera au Zénith et Natasha St-Pier sur la
scène de La Défense. Demain, Roch Voisine sera en concert en Provence et
Dobacaracol, à Rennes. Et Arianne Moffat quelque part à Paris en fin de
semaine...
Garou
n'est vraiment pas seul dans ce pays.
La
réceptionniste se porte quand même volontaire pour le consoler, si jamais le
besoin se fait sentir. Maintenant, est-ce que vous me le louez, c't'hôtel? |