Le samedi 3 mai 2008


Garou
IMACOM : FREDERIC COTE
 

Garou: l'équilibre des forces

Laura Martin
La Tribune
SHERBROOKE

Garou a des envies de Beauce. Pas de Los Angeles. Pas de New York. Pas de Chicago. Pourtant, quand un artiste entreprend de chanter dans la langue des affaires, c'est rarement pour satisfaire la moyenne des ours de la Chaudière. Lui, oui. "Il y a plein de petites villes du Québec que je n'ai jamais visitées. J'en ai envie. Il y a tellement d'échelons que j'ai brûlés dans ma carrière..."

Garou n'ambitionne plus de goûter à une nouvelle gloire. Française, québécoise ou américaine, la saveur est la même. Sur son site internet, l'ex-poulain d'Angelil* avoue d'ailleurs ne pas pécher par gourmandise. L'appétit, d'autres s'occupent de l'avoir pour lui... Cela n'empêche pas qu'il travaille sa carrière comme un forcené: "Je suis un workaholic qui ne se sépare pas de son Blackberry!"

Mais à 35 ans, c'est l'équilibre, plus que la grosseur du fan-club, qu'il convoite. Et il s'en approche plus que jamais. Même tout écartillé entre Paris et Montréal, il a trouvé la stabilité amoureuse auprès de la chanteuse Lorie. Il a aussi trouvé enfin sa place sur la balance entre le français et l'anglais.

Il y a un bail que le chanteur aux yeux clairs voulait revenir à sa langue maternelle; pas celle de sa mère mais celle qui l'a fait naître professionnellement dans les débits de boisson de Magog. "Je ne choisis pas l'anglais par désir de conquérir les États-Unis. Je déteste d'ailleurs ce verbe. C'est la dernière de mes intentions. Je suis simplement plus à l'aise dans cette langue. C'est facile pour moi."

Chanter en anglais, c'est aussi son occasion de remettre les compteurs à zéro. Pour atteindre son équilibre, il insiste pour revivre à la vitesse normale ce qu'il a vécu en avance rapide depuis qu'il a porté une bosse entre les deux omoplates à la demande d'un nommé Plamondon.

"C'est comme si je faisais un control-alternate-delete. Le système est installé, mais je le redémarre. C'est un défi de recommencer en bas, de redevenir anonyme, parce que, oui, l'anglais m'ouvrira la porte de nouveaux pays. Mais le jour où j'arriverai aux États-Unis, c'est parce que j'aurai pris le temps de tout établir ailleurs. Je veux y entrer solide. Je ne veux pas partir en fou!"

Le goût de la Suède

En pleine fusion et restructuration, Sony-BMG a longtemps branlé dans le manche pour financer cet album, dont l'enregistrement a commencé il y a six ans. Alors que d'aucuns pensaient dur comme fer que le projet avait tout simplement avorté, voilà que Piece of My Soul surgit inopinément, quand on ne l'attendait plus, avec une réalisation impeccable de Peer Alstrom, un Suédois qui a déjà collaboré avec Madonna, treize titres soft-rock radiophoniques, parents avec ses succès francophones, et une pelletée de refrains assassins. Quand même loin de son blues des débuts...

"Nous avons longtemps cherché notre son. Au départ, nous essayions d'être trop pop. Je n'aimais pas ça. D'un autre côté, je me rappelais que Céline n'avait pas voulu faire Titanic, et on voit où ça l'a menée..., explique-t-il. Mais un moment donné l'an passé, j'ai mis tout le monde dehors du studio. J'ai eu un dîner avec Alstrom, et on a trouvé. Un rock actuel, sans être trop hard. Je n'ai quand même plus vingt ans!"

Enregistré dans son studio domestique à Saint-Denis-de-Brompton et aussi à Stockholm, Piece of My Soul démarre sur les chapeaux de roues avec une chanson de Rob Thomas, reçue in extremis. "Il me manquait une pièce up-tempo. J'avais demandé à mes compositeurs de m'écrire quelque chose à la Matchbox 20, mais ça ne collait pas. Finalement, nous avons écrit directement au chanteur du groupe en pensant qu'il n'allait pas répondre. Il nous a envoyé Stand Up. Dans le mille!"

Les abonnés de la voix rauque de Garou remarqueront qu'il s'use moins le diaphragme qu'auparavant. C'est intentionnel. "En français, pour que ça sonne, il faut mordre dans chaque mot. En anglais, ce n'est pas nécessaire."

Dès la mi-mai, Garou s'aventurera dans une tournée des salles de moyen format en Belgique, en Russie et en France, "même si les Français se sentent trahis". Alors qu'il étudie encore le scénario d'un téléfilm qu'il pourrait accepter de tourner pour TF1 cet été, une tournée au Québec est en train de se placer pour l'automne. Une date est déjà annoncée à Drummondville.

"Si le buzz prend, tant mieux. Peu importe, je resterai heureux. Ce disque restera, pour moi, une Piece of My Happy Soul."

La Beauce s'en trouvera ravie.

* L'entrevue a été réalisée le 8 avril, avant sa séparation professionnelle avec le mari de Céline.

Discographie2000 Seul

2003 Reviens

2006 Garou

2008 Piece of My Soul

Six parties de son âme...Accidental: "Une des dernières chansons que j'ai enregistrées. Elle représente une plaque tournante. C'est à partir d'elle que nous avons décidé de faire un vrai album, très groundé. Elle parle des coïncidences de la vie, et en a justement été une."

Burning: "C'est ma chanson cochonne. Ma In The Air Tonight, de Phil Collins. Je ne veux surtout pas savoir ce que les gens vont faire en l'écoutant."

Heaven's Table: "Celle-là, qui parle d'entraide, a été enregistrée il y a six ans, mais nous l'avons refaite. Ma préférée."

All the Way: "Cet album est construit comme une journée: au début, on se lève (Stand Up), et à la fin, on rentre à la maison (Coming Home). Celle-là représente un de ces soirs où l'on ne rentre pas. Soit à cause du sexe ou du poker. C'est une analogie entre les deux. En amour, on peut bluffer, non?"

What's the Time in NYC: "Elle me fait penser à ma blonde de l'autre bord de l'océan. Je me demande souvent quelle heure il est là-bas, ce qu'elle fait, si elle pense à moi. C'est la même chose pour ma fille Émelie."

Coming Home: "Ma chanson-confort. Elle me ramène à ma ville, à ma famille. J'aurais tout aussi bien pu l'appeler Autoroute 10."