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Garou: l'équilibre des forces
Laura Martin
La Tribune
SHERBROOKE
Garou a des envies de Beauce. Pas de Los Angeles. Pas de New York. Pas de
Chicago. Pourtant, quand un artiste entreprend de chanter dans la langue des
affaires, c'est rarement pour satisfaire la moyenne des ours de la Chaudière.
Lui, oui. "Il y a plein de petites villes du Québec que je n'ai jamais visitées.
J'en ai envie. Il y a tellement d'échelons que j'ai brûlés dans ma carrière..."
Garou n'ambitionne plus de goûter à une nouvelle gloire. Française, québécoise
ou américaine, la saveur est la même. Sur son site internet, l'ex-poulain d'Angelil*
avoue d'ailleurs ne pas pécher par gourmandise. L'appétit, d'autres s'occupent
de l'avoir pour lui... Cela n'empêche pas qu'il travaille sa carrière comme un
forcené: "Je suis un workaholic qui ne se sépare pas de son Blackberry!"
Mais à 35 ans, c'est l'équilibre, plus que la grosseur du fan-club, qu'il
convoite. Et il s'en approche plus que jamais. Même tout écartillé entre Paris
et Montréal, il a trouvé la stabilité amoureuse auprès de la chanteuse Lorie. Il
a aussi trouvé enfin sa place sur la balance entre le français et l'anglais.
Il y a un bail que le chanteur aux yeux clairs voulait revenir à sa langue
maternelle; pas celle de sa mère mais celle qui l'a fait naître
professionnellement dans les débits de boisson de Magog. "Je ne choisis pas
l'anglais par désir de conquérir les États-Unis. Je déteste d'ailleurs ce verbe.
C'est la dernière de mes intentions. Je suis simplement plus à l'aise dans cette
langue. C'est facile pour moi."
Chanter en anglais, c'est aussi son occasion de remettre les compteurs à zéro.
Pour atteindre son équilibre, il insiste pour revivre à la vitesse normale ce
qu'il a vécu en avance rapide depuis qu'il a porté une bosse entre les deux
omoplates à la demande d'un nommé Plamondon.
"C'est comme si je faisais un control-alternate-delete. Le système est installé,
mais je le redémarre. C'est un défi de recommencer en bas, de redevenir anonyme,
parce que, oui, l'anglais m'ouvrira la porte de nouveaux pays. Mais le jour où
j'arriverai aux États-Unis, c'est parce que j'aurai pris le temps de tout
établir ailleurs. Je veux y entrer solide. Je ne veux pas partir en fou!"
Le goût de la Suède
En pleine fusion et restructuration, Sony-BMG a longtemps branlé dans le manche
pour financer cet album, dont l'enregistrement a commencé il y a six ans. Alors
que d'aucuns pensaient dur comme fer que le projet avait tout simplement avorté,
voilà que Piece of My Soul surgit inopinément, quand on ne l'attendait plus,
avec une réalisation impeccable de Peer Alstrom, un Suédois qui a déjà collaboré
avec Madonna, treize titres soft-rock radiophoniques, parents avec ses succès
francophones, et une pelletée de refrains assassins. Quand même loin de son
blues des débuts...
"Nous avons longtemps cherché notre son. Au départ, nous essayions d'être trop
pop. Je n'aimais pas ça. D'un autre côté, je me rappelais que Céline n'avait pas
voulu faire Titanic, et on voit où ça l'a menée..., explique-t-il. Mais un
moment donné l'an passé, j'ai mis tout le monde dehors du studio. J'ai eu un
dîner avec Alstrom, et on a trouvé. Un rock actuel, sans être trop hard. Je n'ai
quand même plus vingt ans!"
Enregistré dans son studio domestique à Saint-Denis-de-Brompton et aussi à
Stockholm, Piece of My Soul démarre sur les chapeaux de roues avec une chanson
de Rob Thomas, reçue in extremis. "Il me manquait une pièce up-tempo. J'avais
demandé à mes compositeurs de m'écrire quelque chose à la Matchbox 20, mais ça
ne collait pas. Finalement, nous avons écrit directement au chanteur du groupe
en pensant qu'il n'allait pas répondre. Il nous a envoyé Stand Up. Dans le
mille!"
Les abonnés de la voix rauque de Garou remarqueront qu'il s'use moins le
diaphragme qu'auparavant. C'est intentionnel. "En français, pour que ça sonne,
il faut mordre dans chaque mot. En anglais, ce n'est pas nécessaire."
Dès la mi-mai, Garou s'aventurera dans une tournée des salles de moyen format en
Belgique, en Russie et en France, "même si les Français se sentent trahis".
Alors qu'il étudie encore le scénario d'un téléfilm qu'il pourrait accepter de
tourner pour TF1 cet été, une tournée au Québec est en train de se placer pour
l'automne. Une date est déjà annoncée à Drummondville.
"Si le buzz prend, tant mieux. Peu importe, je resterai heureux. Ce disque
restera, pour moi, une Piece of My Happy Soul."
La Beauce s'en trouvera ravie.
* L'entrevue a été réalisée le 8 avril, avant sa séparation professionnelle avec
le mari de Céline.
Discographie2000 Seul
2003 Reviens
2006 Garou
2008 Piece of My Soul
Six parties de son âme...Accidental: "Une des dernières chansons que j'ai
enregistrées. Elle représente une plaque tournante. C'est à partir d'elle que
nous avons décidé de faire un vrai album, très groundé. Elle parle des
coïncidences de la vie, et en a justement été une."
Burning: "C'est ma chanson cochonne. Ma In The Air Tonight, de Phil Collins. Je
ne veux surtout pas savoir ce que les gens vont faire en l'écoutant."
Heaven's Table: "Celle-là, qui parle d'entraide, a été enregistrée il y a six
ans, mais nous l'avons refaite. Ma préférée."
All the Way: "Cet album est construit comme une journée: au début, on se lève
(Stand Up), et à la fin, on rentre à la maison (Coming Home). Celle-là
représente un de ces soirs où l'on ne rentre pas. Soit à cause du sexe ou du
poker. C'est une analogie entre les deux. En amour, on peut bluffer, non?"
What's the Time in NYC: "Elle me fait penser à ma blonde de l'autre bord de
l'océan. Je me demande souvent quelle heure il est là-bas, ce qu'elle fait, si
elle pense à moi. C'est la même chose pour ma fille Émelie."
Coming Home: "Ma chanson-confort. Elle me ramène à ma ville, à ma famille.
J'aurais tout aussi bien pu l'appeler Autoroute 10." |