Vendredi 17 novembre 2006

Occupation simple à l'Olympia

Laura Martin
La Tribune

Paris - Oui, je sais, hier soir, la seule chose qui vous faisait vibrer le gros nerf, c'était de savoir enfin qui de Robin des Bois ou de Grégoire 1er allait vivre en Occupation double. Juste de même, en passant, comme ça, au cas où ça vous ferait un pli maintenant que la cabane est gagnée et que le tripotage est fini, de l'autre côté d'un trou d'eau appelé Atlantique, il y avait un certain Garou qui triomphait, en occupation simple, dans une espèce d'Olympia de Paris.

Le Sherbrookois n'a peut-être pas goûté sa victoire avec deux millions de téléspectateurs gourmands à sa table, comme cet olibrius de la maison des gars de TVA, mais il n'a pas eu à bourrer le crâne de personne ni à monter de magouille pour l'avoir, son amour.

Ceci dit et le méchant sorti, le petit gars de la rue Dunant effectuait sa rentrée parisienne avec le premier de sa série de quatre concerts dans cette grande maison hantée du boulevard des Capucines. Les 2200 sièges étaient occupés. Le reste de l'espace, les airs, le dessous des tapis rubis, l'étaient par les fantômes de cette salle mythique.

Le succès de la multinationale de Garou semblait plus concret que jamais. Il se lisait d'abord en néons rouges sur la marquise de la salle. S'entendait ensuite dans ces hurlements de femmes au bord de la crise de nerfs ou d'hormones. Se voyait enfin dans les regards rassasiés à la sortie, après une ovation debout sismique. En tant que Québécois, on avait presque envie de le prendre personnel.

Voir ce gaillard tout d'une pièce, avec sa voix de gorge et ses yeux aqua, mettre le Tout-Paris dans sa petite poche et arrêter les minutes dans une des plus grandes capitales de la planète, c'était plus émouvant que de voir Isabelle en choisir un et zigouiller l'autre. Juré.

Pourtant, cette salle n'est pas la plus grande que le chaud Garou a visitée depuis le début de sa tournée. La disposition scénique obèse a même dû être comprimée dans un corset serré. Pas la plus belle salle de l'intérieur non plus, quoique L'Olympia soit loin d'être une abomination. Le chanteur s'est d'ailleurs agenouillé souvent sur sa scène, comme par respect pour elle, pour celle qui l'a vu naître en Europe. "C'est ici que j'ai chanté pour la première fois à Paris. J'avais chanté Belle dans un gala avant qu'il rénove tout. Et j'avais hâte de revenir."

Il faisait chaud à en transpirer des derrières de coudes. Garou, parfois un peu racoleur - mais les groupies adorent -, a détrempé deux chemises, surtout en interprétant ses trois medleys enflammés. Son plaisir est nettement plus communicatif quand il entonne les standards jazz français (La mer qu'on voit danser, Que reste-t-il de nos amours, Comme d'habitude), ses chansons de feu de camp (Un beau roman, Here Comes The Sun) et sa chanson sexy (You Can Leave Your Hat On) - avec gestes suggestifs s'il vous plaît merci - qu'avec les propres pièces de ses trois albums.

À la sortie, les mesdames étaient excitées. Surtout Jojo, la soixantaine bien entamée : "Vu mon âge, je ne dirai pas tout haut les raisons pourquoi j'aime Garou, mais disons que je rêverais de lui faire la bise en privé !"

Nathalie et Michel l'avaient déjà vu quatre ou cinq fois : "Il a une bonne présence sur scène. Il est tout à fait à l'aise et très souple pour interpréter aussi bien les chansons des autres. Et cette façon qu'il a de laisser l'avant-plan à des artistes moins connus. On aime le garçon, le personnage."

Hier soir, Garou a partagé ses spots avec l'interprète Miss Dominique, une Française avec une voix soul convaincante venue chanter Sous le vent avec lui. Et à Marie-Mai, qui a assuré une première partie en parfait contrôle (voir autre texte).

Quand même, Occupation Double, quelqu'un peut me garder la cassette ?