LE FIGARO. – Vous devez crouler sous les propositions...
GAROU. – A ma grande surprise, on m'a proposé des premiers rôles dans des films. Mais je refuse. J'aimerais faire un petit rôle, voir si j'arrive à apporter à un film autre chose que de la publicité et une subvention gouvernementale du Québec. Je veux que le projet ne soit pas de mettre un chanteur populaire dans le casting. Mais pas un rôle principal : je pourrais le bousiller et il y a tellement peu de bons scénarios... Avec Quasimodo, j'ai l'impression d'avoir réussi mon boulot à Londres, mais pas ici à Paris. En France, l'album et Belle avaient fait un énorme carton, les gens nous connaissaient avant de nous voir en costume. Alors, ils ne croyaient plus au personnage, ils voyaient l'interprète. A Londres, personne ne nous connaissait : les gens voyaient Quasimodo, point. Garou n'existait pas.
La France vous intimide-t-elle ?
Non, plus maintenant que je suis adopté. Mais, au départ, je me sentais tellement américain, ne serait-ce que dans mon bagage musical. J'avais déjà fait des rencontres dans le business aux Etats-Unis, je me dirigeais vers une carrière là-bas. Mais j'arrive en France, et là... waow ! (Air béat d'admiration.) Je me suis dit que, passé les premiers six mois d'adaptation, ça serait plus calme. Eh non ! Je crois que vais toujours garder un port d'attache à Paris.
Vivre entre le Québec et la France ?
Oui, et aussi bientôt à New York. Ma copine est suédoise et on se parle en anglais – notre seconde langue à tous les deux. Elle a un peu fait le tour du monde et New York sera la prochaine étape. Et, dans mon métier, c'est ce qui va arriver de toute façon.
Votre conquête de la France s'est faite d'une manière que vous n'imaginiez pas. Conquérir l'Amérique risque d'être une entreprise plus difficile...
Ah, c'est différent ! C'est plutôt l'équipe de Céline Dion qui a le vrai challenge ; moi, artistiquement, je vais retourner à mes racines musicales en chantant en anglais. J'ai trouvé difficile de faire un album en français. Pour un Québécois, chercher le français qui exprime les mêmes choses dans les deux pays, ce n'est pas simple. Tandis qu'en anglais, c'est plus facile, c'est les deux doigts dans le nez ! L'équipe est ambitieuse ; moi, si ça ne marche pas, ça ne me gênera pas du tout. Mais je sais que je vais bosser quoi qu'il arrive. Et comme un fou. Je dînais récemment chez Céline et elle m'a dit : « Si tu crois que tu as travaillé, là tu n'as pas commencé encore. » Elle sait où elle m'envoie : la promo mondiale, elle l'a déjà faite.
Votre culture musicale originelle est essentiellement américaine. Quels sont vos premiers souvenirs de chanson française ?
Des disques de mes parents, je pense. Peut-être Joe Dassin, Nana Mouskouri... En chanson française, je n'ai pas du tout la culture de mon âge. Ce qui fait des gags chaque année pour le concert des Enfoirés. On doit reprendre des chansons très connues et je ne connais rien. Cette année, Jean-Jacques Goldman me dit : « Tu veux chanter La Fille de l'été dernier ? » Je ne connais pas. Il me chante le refrain. Ah, c'est Summertime Blues ! (Il chante en riant, avec un fort accent français) « Pour rencontrer la filleuh/De l'été dernier ».
Ça vous fait rire, le rock en français ?
L'ancien rock en français, oui. Je ne dénigre pas du tout mais j'ai été bercé par Elvis. Ici, on se demande s'il a existé. Vous avez Johnny.
Et, justement, chez les Enfoirés, au milieu du show-biz français, vous sentez-vous comme un lointain cousin d'Amérique ?
Au quotidien, on voit bien que je suis québécois. Mais quand j'arrive pour chanter, pour le public comme pour les artistes, je suis français. Je trouve même que je prends trop de place.
Ce soir, Paris (Bercy), du 23 au 25 mars à Bruxelles, le 29 au Mans, le 30 à Rouen, le 31 à Metz, le 2 avril à Mulhouse, le 3 à Chalons-sur-Saône, les 5 et 6 à Clermont-Ferrand, le 7 à Bourges, le 9 à Brest, le 10 à La Roche-sur-Yon, le 12 à Paris (Bercy).