LE LUNDI

Vol.28 no 17, 3 juillet 2004


Les triomphes, l’argent et la gloire, oui, mais…
Garou : « Je m’ennuie de ma fille, Émelie! »
 

Garou reviens 

 

 

Confidences exclusives de la star internationale, qui s’ennuie de sa petite Émelie 

Après une petite tournée au Québec, Garou vient d’entreprendre une grande tournée international, qui devrait le conduire en Russie, en Pologne, au Liban, à Monaco, en France, en Suisse,  en Belgique… Avant de partir, il nous a parlé de son amour pour son métier et de sa tendresse pour sa fille, Émelie, qui fêtera ses trois ans cet été. Nous avons rencontré une père préoccupé, un chanteur adulé et, surtout, un homme heureux de son destin. 

« Ma fille, Émelie, et moi, on a une grande complicité; même au téléphone, on rigole comme des fous. Elle parle déjà bien le français et le suédois, qui est la langue de sa maman. » 

« Mes décisions importantes, je les prends en tenant compte d’Émelie. Quand je fais quelque chose, je pense toujours aux répercussions que cela peut avoir sur elle. » 

« Certains médias sont obligés de m’inventer des histoires et des aventures. Les deux dernières indiquaient que j’étais amoureux de Natasha St-Pier et que j’avais une maison en Suisse. C’est, bien entendu, complètement faux. » 

 

Garou, vous êtes actuellement en tournée mondiale. Qu’est-ce qui vous plaît dans cette vie de bohème?
La découverte de nouveaux lieux et de nouvelles cultures m’intéresse beaucoup. J’ai la chance d’aller chanter en Russie et en Pologne… Ce sont des endroits que je ne connais pas et où je ne suis jamais allé. J’aime beaucoup découvrir de nouvelles villes, même si c’est toujours un peu rapide. En tournée, on ne voit bien souvent qu’une salle de spectacle et une chambre d’hôtel mais, cette fois-ci, on ca se garder des moments libres pour visiter un peu. 

Quelle est la chose la plus pesante durant une tournée?
Personnellement, je suis plutôt à l’aise dans cette vie. J’aime voyager, me promener, rencontrer des gens nouveaux… Je dirais que la seule chose difficile en tournée, c’est l’absence de ma fille, Émelie. C’est évident que je ne peux pas l’emmener avec moi; ce N,est pas une vie pour un enfant. Lorsque je pars longtemps, je ne vois pas ma fille, et elle me manque terriblement. Je m’ennuie d’elle. Trois semaines sans la voir, c‘est long. On a une grande complicité; même au téléphone, on rigole comme des fous. Elle parle déjà bien le français et le suédois, qui est la langue de sa maman.  

Comment allez-vous faire durant l’été, lorsque vous serez en Europe?
Ça risque d’être plus facile. Pendant que je serai en Europe, Émelie sera en Suède. Elle a quand même la moitié de ses racines dans ce pays. On va peut-être s’arranger pour qu’elle m’accompagne durant des parties de tournée, lorsqu’il y aura des journées
off. 

Vous a-t-elle déjà vu en concert?
Jamais. Lors de la dernière tournée au Québec, lorsqu’on a joué au Centre Bell, j’ai envisagé de la faire venir. On l’aurait installée dans une loge, assez loin de la scène. Finalement, je me suis dit que ça ne pressait pas. Elle m’a déjà vu chanter en répétition. Je trouve le fun qu’elle ne me voie pas encore dans le contexte particulier où du monde applaudit papa… (rires) Elle a seulement deux ans et demi; elle a le temps de découvrir tout ça. 

Votre enfant a-t-elle changé votre existence?
Depuis sa naissance, toute ma vie est « connectée » à ma fille. Quand je fais un geste, j’ai l’impression qu’elle me regarde, même si je suis loin d’elle. Mes décisions importantes, je les prends en tenant compte d’Émelie. Quand je fais quelque chose, je pense toujours aux répercussions que cela peut avoir sur elle. C’est vraiment une autre façon de voir la vie. 

Quand vous pensez à l’avenir, avez-vous peur pour votre fille?
Évidemment. Par exemple, je crois que l’on ne se sert pas forcément bien de tout ce que le monde virtuel peut nous apporter. Émelie n’a pas trois ans, elle ne se sert donc pas encore d’un ordinateur, mais elle est déjà accro à la télé. En même temps, quand je vois toutes les émissions de téléréalité, je trouve qu’il y a dans notre société un côté voyeur et malsain qui me fait peur. Si ce qui divertit les gens aujourd’hui, c’est de regarder d’autres personnes vivre une existence ordinaire, plutôt que de vivre intensément la leur, c’est effrayant. 

Les publics que vous rencontrez, que ce soit en Europe de l’est, au Québec ou en France, sont-ils différents les uns des autres?
La communication n’est pas forcément facile entre des gens de cultures différentes. Quand tu arrives dans un pays que tu ne connais pas, tu analyses ce qui se passe. Sur scène, c’est pareil. La première fois que je fais un concert dans un nouveau pays, je ne « performe » même pas pendant les premières chansons. Je regarde comment les gens réagissent. Chaque peuple a ses particularités et réagit à sa façon. 

Durant vos concerts, beaucoup de jeunes enfants vont vous embrasser ou vous offrir des cadeaux. Comment expliquez-vous cet engouement?
En effet, c’est spécial… Je me souviens même d’un show où une petite fille est venue me donner des fleurs alors que j’interprétais You can leave your hat on, une pièce plutôt sensuelle et sexy… C’était très drôle. Je pense que les enfants peuvent se reconnaître dans quelques chansons, justement parce que mon dernier album n’est pas « linéaire ». En concert, ils découvrent aussi autre chose. Moi, quand j’étais petit et que j’écoutais Like a Virgin, de Madonna, je ne savais pas ce que voulait dire virgin… C’est pareil pour eux. En même temps, tu ne peux pas rêver mieux que d’avoir un public de tous les âges. C’est une chance inouïe que l’avoir, en même temps,  de petits enfants et de vieilles madames qui applaudissent et dans leurs yeux desquels on voit l’émerveillement. 

Dans quel style de musique vous sentez-vous le plus à l’aise?
Je ne suis pas un gars qui essaie de créer une mode ou qui adopte nue style musical particulier. Je construis un album en pensant d’abord au spectacle qui va suivre. J’essaie de trouver les chansons qui vont coller le mieux au show. Le plus important est d’avoir des moments où l’émotion se transforme et se transmet au public. Je me plais autant à chanter des ballades que des chansons rock. Ironiquement, la musique que je préfère, c’est le swing. Je m’en ennuie. Lorsque je travaillais dans les bars, j’avais un petit
band swing avec lequel je jouais durant les happy hours. J’aimais beaucoup faire des reprises de Sinatra, par exemple; c’était vraiment plaisant! Il n’est pas dit que je ne ferai pas un album de swing un jour, ça reste dans mes projets. 

« Après l’accident, lorsque je me suis réveillé ;a l’intérieur de la voiture, je me suis tout de suite senti en paix. J'ai pensé que j'allais mourir. Je me sentais en paix avant de partir. » 

Pourquoi n’avez-vous signé aucune chanson de votre dernier album?
Quand j’étais plus jeune, j’écrivais plus que je ne chantais. Puis j’ai arrêté d’un seul coup, et ce n’est jamais revenu. L’explication, c’est que je suis très excité de travailler avec d’autres personnes. Être le premier à entendre une chanson que je vais interpréter me permet finalement de mieux comprendre le public. Et cela me met dans un état d’émerveillement. Je trouve que c’est beaucoup plus excitant que de m’asseoir devant ma petite feuille et de me mettre à écrire… De toute façon, j’apporte toujours mes idées et je discute souvent des textes avec les auteurs. Par exemple, je voulais faire un trio amoureux sur l’album. J’en ai parlé à Érick Benzi, et il est arrivé avec la chanson Le sucre et le sel, que j’ai enregistrée avec Annie et Suzie (Villeneuve). Il y a des choses à l’intérieur que je n’aurais pas pu écrire ou auxquelles je n’aurais pas pensé.
 

Vous avez sorti, en France, un duo inédit avec Michel Sardou, La rivière de notre enfance, qui parle de la mort d’un être cher. Est-ce que cette pièce vous touche personnellement?
Elle est très symbolique. Il m’est souvent arrivé de penser à mes grands-parents en interprétant cette chanson, mais c’est surtout une espèce d’image du temps qui passe et de nos origines. Au départ, cette chanson a été écrite pour moi par Didier Barbelivien. Mais, depuis quelques temps, je pensais faire un duo avec Michel Sardou. Pour moi, il représente la voix francophone la plus importante. J’ai toujours adoré Michel Sardou. Je lui ai donc proposé de le faire et, même s’il n’avait jamais réellement enregistré de duo, il a accepté. 

Est-ce le fait d’avoir eu un grave accident, il y a quelques années, vous a permis d’extérioriser votre peur de la mort?
Après l’accident, lorsque je me suis réveillé ;a l’intérieur de la voiture, je me suis tout de suite senti en paix. J'ai pensé que j'allais mourir. Je me sentais en paix avant de partir. Aujourd’hui, je n’ai pas besoin d’exorciser la peur de la mort, car je n’ai pas eu si peur que ça. Dernièrement, je revenais de l’aéroport avec ma fille, et il y a eu un accident assez sérieux sur l’autoroute, juste devant nous. Ça fait réfléchir. Mais c’est surtout pour mon enfant que j’ai peur.  En fait, j’ai beaucoup plus peur de la mort d’un être cher que de la mienne. 

Vous êtes devenu un star international en moins de trois ans. Est-ce que le succès est difficile à gérer?
Je n’en attendais pas autant. D’ailleurs, je crois que, si demain, tout s’arrête, je ne serai pas malheureux. J’essaie d’avoir al vie la plus belle, mais aussi la plus simple possible. Le plus important est de garder les pieds sur terre. J’ai beaucoup d’amis qui travaillent autour de moi. Par exemple, mon bodyguard est un ami d’enfance. En revanche, j’ai du mal à comprendre que certaines personnes et certains médias se mêlent de ma vie privée.

Justement, parvenez-vous à vous protéger des paparazzis?
J’y arrive plutôt bien. Je fais très attention à ma vie privée. En même temps, il y a un bon respect mutuel qui s’est installé entre les photographes et moi. On dirait que je me protège tellement que certains médias sont obligés de m’inventer des histoires et des aventures. Les deux dernières indiquaient que j’étais amoureux de Natasha St-Pier et que j’avais une maison en Suisse. C’est, bien entendu, complètement faux. Peut-être que je me protège trop, finalement! 

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui à faire ce métier?
Le public. C’est lui qui m’a donné envie d’être chanteur. Je n’ai pas un besoin vital d’exercer ce métier; je le fais pour faire plaisir au public. Quand je donne un spectacle ou que je rencontre des enfants malades, j’ai l’impression de faire du bien aux gens. 

On a beaucoup entendu parler de votre projet d’album en anglais. L’avez-vous définitivement enterré ou est-il encore bien vivant?
Il est encore bien d’actualité. Il y a différentes façons de faire : soit on termine l’album et on le lance comme ça, soit on continue à prendre notre temps et on construit patiemment une équipe autour du disque. On a choisi la seconde option. Dernièrement, j’étais avec René Angélil à Las Vegas pour parler de la stratégie que nous allons adopter autour de ce projet. Pour l’instant, on est pris par la tournée jusqu’à la fin de décembre 2004. On fait donc des plans pour sortir l’album en anglais en 2005. 

PAR SAMUEL PRADIER