LE LUNDI

Vol. 30 N° 29, 7 octobre 2006


J’appelle ma fille tous les jours

Pour une des rares fois, le chanteur parle de sa fille, Emelie, avec qui il entretient une belle complicité malgré la distance qui les sépare...


Par Daniel Daignault
Photo : Carl Lessard
 

Garou, il me semble que vous n’avez jamais été aussi présent au Québec qu’au cours de l’été qui vient de se terminer.

C’est clair que, depuis la sortie de l’album de mes débuts, c’est la première fois que je passe vraiment tout un été à faire des spectacles au Québec. Quand je reviens ici, j’ai le réflexe de vouloir passer plus de temps en famille, alors je donne moins de représentations. Mais j’en ai vraiment profité cet été. 

Les gens étaient contents de vous revoir. Est-ce que vous avez senti qu’ils s’étaient ennuyés de vous?

Oui, j’ai vraiment été surpris de l’accueil qu’on m’a fait, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas d’une tournée de promotion pour le nouvel album., parce que ce disque devait sortir à l’automne au départ. La tournée estivale était déjà prévue, et ç’a été l’fun parce que, en plus de chanter des chansons connues, j’ai pu en faire découvrir des nouvelles au public. 

D’ailleurs, vous préparez votre prochain spectacle, dont la première aura lieu le 27 octobre en Guadeloupe.

Exactement. En fait, dès que j’ai commencé à choisir les chansons pour l’album, je me suis mis à travailler au concept du show et à la mise en scène. J’ai collaboré avec plusieurs video scratchers pour obtenir ce que je voulais. On sera vraiment à la fine pointe de la technologie; on a essayé de savoir tout ce qui s’était fait sur scène depuis mon dernier spectacle. Je suis très fier de ce qui est en train de se dessiner. Ça va être spectaculaire sur le plan visuel, mais aussi plus poétique et chaleureux. 

Qu’en est-il du CD en anglais que vous nous promettez depuis quelques années?

On a enregistré plusieurs chansons, mais l’album est en suspend pour le moment. Je pense m’y remettre lorsque je serai en tournée cet automne. On va le finir et sûrement le sortir l’an prochain. 

Cet été, avant de partir en tournée, en avez-vous profité pour passer pas mal de temps avec votre fille?

Absolument. Emelie -qui a cinq ans- habite au Québec, mais aussi en Suède, où elle va passer un moi et demi avec sa mère chaque été. On arrive toujours à s’arranger. Cela dit, je suis très fier qu’Emelie ait les deux nationalités, parce que la Suède est un très beau pays, un pays pacifique. Je n’y ai jamais fait de spectacles, mais il est possible que mon nouvel album soit vendu là-bas parce qu’il commence à y avoir une demande. 

Quel genre de relation avez-vous avec votre fille?

Je vais vous dire une chose : la plus grande réussite de ma vie, c’est mon équilibre. Je ne suis pas le genre de papa qui part en tournée et qui, lorsqu’il revient, voit un petit peu sa fille parce qu’il se sent coupable. Non, je l’appelle tous les jours, je veux savoir tout ce qu’elle fait et je m’ennuie beaucoup d’elle. Emelie le comprend très bien et, dès le début, j’ai bâti ce genre de relation avec elle. Il m’arrive souvent de partir, mais quand je reviens, je rattrape vraiment le temps perdu parce que je suis avec ma fille au maximum. Les valeurs familiales sont primordiales pour moi, et on est très complices.
 


Et si un jour votre fille vous annonce qu’elle désire participer à un concours du genre Star Académie, quelle sera votre réaction?

Je vais vous dire franchement, ça pourrait la tenter parce que je vois déjà qu’elle a énormément de talent pour le théâtre et les arts, entre autres. Je sens qu’elle a vraiment quelque chose. Il est fort possible que ce soit une artiste; je commence à me faire à cette idée, mais je ne la pousse pas dans cette voie. Souvent, quand on se lève le matin, on va s’amuser au piano. Mais je pense qu’elle est plus portée sur la danse parce qu’il lui arrive de me demander de continuer à jouer pendant qu’elle danse. Emelie est très expressive et elle est capable d’exprimer une gamme impressionnante de sentiments. 

Quelle est sa chanson préférée?

Tu es comme ça, et ce n’est même pas moi qui lui ai fait écouter! Elle veut tout le temps qu’on la chante ensemble. Ma fille est aussi une fan de Shania Twain et de Marilou. 

Quand vous voyez les conflits mondiaux et les problèmes environnementaux, est-ce que l’avenir vous fait peur pour votre fille?

Je pense que plus on a peur de l’avenir, moins on a de chance d’en construire un solide.  C’est sûr que j’ai été particulièrement touché par ce qui s’est passé récemment au Liban parce que j’ai beaucoup d’amis là-bas. Mais il faut bien se dire que tous les parents ont peur de ce que l’avenir réserve à leurs enfants, ç’a toujours été comme ça. C’est normal, et il faut faire tout ce qu’on peut pour leur offrir le meilleur et surtout leur donner les moyens adéquats pour surmonter les preuves que la vie peut mettre sur leur route. 

Et vous, est-ce que vos parents vous ont fourni les outils nécessaires pour réussir dans la vie, même si vous avez quitté tôt l’école?

C’est vrai que j’ai quitté l’école en me disant que j’allais y retourner parce que je trouvais que ça n’allait pas assez vite. J’étais déçu du rythme. Au cégep, on répétait ce qu’on avait fait au secondaire, et j’avais l’impression de perdre mon temps. J’étais prêt à aller travailler, à voir autre chose. J’ai commencé à faire plein de jobs de toutes sortes, je me plaisais dans tout ce que j’entreprenais; j’apprenais, j’étais une véritable éponge. Je retrouvais le jeune que j’avais été jusqu’en 3e secondaire; j’étais alors un gars qui « mangeait » de l’information, qui était le chouchou des profs, et qui levait tout le temps la main pour poser des questions ou y répondre. J’avais de nouveau ce feeling quand je faisais plein de petits boulots. Ensuite j’ai commencé à chanter dans les bars et je n’ai jamais arrêté. Au début, je me disais que je faisais ça pour le fun, puis Luc Plamondon est venu me chercher. Ç’a été encore plus l’fun, mais c’est aussi devenu plus sérieux...