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Dimanche 24 mars 2002 |
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Le conte de fée de Garou |
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AU PETIT MATIN du 19 mai 2001, la Ferrari 348 Spider file sur
l'autoroute d'Eastman, près de Montréal, au Québec. Le conducteur
est pressé de rentrer à la maison. Sa compagne, Ulrika, un
mannequin suédois qui lui donnera |
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bientôt une petite
fille, l'attend. Une fois de plus, il s'est laissé aller à
faire la fête.C'est plus fort que lui, quand il est en bringue, Pierre Garand, 29 ans, plus connu sous le nom de Garou, n'arrive plus à décoller. Encore un dernier verre, whisky-canada dry ; encore une cigarette - que des canadiennes, jamais d'américaines ; et s'il y a un piano, encore un dernier boeuf. |
BERCY, PARIS (XII e ), LE 19 MARS. Pour assurer un concert
de deux heures, Garou a interprété son premier album intitulé
« Seul » et a invité d'autres chanteurs à se joindre à lui, parmi lesquels Céline Dion, Patrick Bruel et Gérald De Palmas.
(LP/OLIVIER LEJEUNE.) |
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« Je remontais le moral des troupes » La Ferrari trace. Garou vient de passer Magog. Sherbrooke se rapproche. Dans un quart d'heure, il sera rentré dans la ville qui l'a vu naître et où il a fait construire une maison au bord d'un lac. Cet été, promis, il finira d'y bricoler. La terrasse thaïlandaise devrait avoir du chien. Il y voit déjà sa petite fille y faire ses premiers pas ; elle s'appellera Emely, elle... Mais un choc. La Ferrari vient de heurter une glissière de sécurité. Garou ne peut rien faire, part en tête-à-queue, cogne ici, cogne là, s'écrase contre le garde-fou. Il n'a que le temps de sortir. La voiture prend déjà feu. Toutes les fêtes ont une fin. Celle-là est plutôt rude. Ce matin-là, au bout de la nuit, devant son bolide en flammes, six ans d'arriérés de fiestas et de vie dissipée, versés cash dans la peur de mourir. Garou a bien failli être éjecté de son conte de fées. Tout a commencé sous le toit des Garand. Le père est mécano, la mère femme au foyer. Le petit Pierre, un enfant rond et timide, écoute d'une oreille distraite les chansons de Joe Dassin et de Nana Mouskouri que se passent en boucle ses parents. Dans la famille, on aime la musique. Le père pousse la chansonnette. Quand son fils a 3 ans, il lui met dans les mains une guitare. A cinq, il l'assoit au piano. « Vas-y, fils, essaie. » Le gamin ne se fait pas prier. Petit à petit, il touche à tout : au violon, à l'harmonica et même à la trompette, qui lui sera plus tard d'une grande utilité. Grâce à elle, ce rebelle, ce « gitan dans l'âme », rétif à tout encadrement (« un loup, répète-t-il, c'est fait pour courir »), échappera aux ingratitudes de la vie militaire en intégrant la fanfare des forces armées canadiennes. « Je remontais le moral des troupes », dit-il avec ce sourire dont il a le secret et pour lequel des bataillons féminins entiers tombent aujourd'hui en pâmoison. Car il fallait les voir, les donzelles, cette semaine à Bercy, balancer au-dessus de leur tête dans une même ferveur les flammes des briquets ou des petites étoiles lumineuses et bleues comme les yeux du héros. Il fallait les entendre hurler le nom de Garou dont le récital fait de bric et de broc a un petit côté bal populaire. « Seul », en effet, son... seul album (Sony), ne suffit pas pour tenir la scène deux heures et Garou n'en finit pas de refaire ce qu'il a toujours fait, à savoir chanter, formidablement bien, les chansons des autres : les Sex Pistols, Charles Aznavour, Joe Cocker, Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, James Brown... Ils lui ont forgé la voix lorsqu'il se produisait « trois fois quarante-cinq minutes » au Liquor Store de Sherbrooke. Au début, elle était haute. A force de tabac, de rocaille de blues hurlé par-dessus le brouhaha, les cordes vocales ont épaissi. « Surtout n'arrête pas de fumer, lui a dit son médecin, elles sont très solides ! » Ils sont fous ces Québécois.
« Je m'appelle Luc Plamondon. Ça te dirait d'être Quasimodo dans "Notre-Dame de Paris" » ? C'est au Liquor Store, un soir, que Garou a fait la rencontre de sa vie. Un grand type, lunettes noires, cheveux frisés et argentés, attendait à la sortie du bar. « Je m'appelle Luc Plamondon. Ça te dirait d'être Quasimodo dans "Notre-Dame de Paris" » ? Quasimodo ? Lui, le beau gosse de 1,92 m et quasiment 100 kg ? Garou a tout revu défiler en un éclair : le groupe créé avec les copains à 15 ans, le séminaire vite envoyé par-dessus les moulins, les petits boulots - déménageur, vendangeur... - sa copine Isabelle, qui lui a mis le pied à l'étrier et qu'on a retrouvée violée et assassinée (c'est pour elle qu'il chante « la Moitié du ciel ») et cette promesse qu'il s'était faite : « Si je ne réussis pas à 25 ans, j'arrête. » Ce soir-là, lorsque Plamondon l'aborde, il a pile 25 ans. Alors, pour ce Quasimodo qui lui tombe des nues, Garou n'hésite pas. Touchez ma bosse, monseigneur, et topez là. On connaît la suite. Désormais managé par René Angeli, le mari de Céline Dion, Garou, en route pour un disque en anglais qui sortira à la fin de l'année, n'en finit pas de traverser la gloire. « P'tit cul », comme il s'est lui-même surnommé, ne sait plus très bien où donner de la tête mais il a tout de même trouvé le temps de finir sa terrasse thaïlandaise. Entre deux whiskies, il se met parfois au jus de carotte, entre deux cigarettes, au jogging, et il se répète tous les jours que, oui, il va arrêter de faire le dingue. Au moins pour Emely.
Pierre Vavasseur
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CONTRE
« Chanteur, lui ? »
ILS SE SONT FAIT une place au sein de la nouvelle génération Canal + et ils interviennent chaque week-end dans « + clair », l'émission de Daphnée Roulier le samedi à 19 h 30. Impertinents, dégoupillés, Omar et Fred reprennent, en la brocardant, l'idée de Marc-Olivier Fogiel qui consistait à demander par visiophone à des téléspectateurs de s'exprimer sur les programmes télévisés. Sur Garou, on leur doit cette vacherie très remarquée par leurs fans : « On vient d'apprendre que Garou allait être papa. Faudrait déjà qu'il soit chanteur ! » Le Québécois ne leur en voudra pas. Il est partisan de toutes les initiatives qui l'empêchent de se laisser griser par la gloire.
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POUR
« Une voix bouleversante »
L'ACTEUR anglais Jeremy Irons était de passage à Paris mercredi soir et il a assisté avec bonheur au deuxième des trois concerts qu'a donnés Garou à Bercy. « Pour moi, Garou est un phénomène, dit le comédien d' Une journée en enfer et de Lolita . Il a un talent énorme et je dois reconnaître que sa voix me bouleverse. Quand on l'écoute, on comprend à quel point elle est un instrument incroyable. De savoir qu'il n'en est qu'au début de sa carrière m'impressionne. J'attends la suite. Je suis très curieux de savoir comment cela se passera pour lui dans deux ou trois ans. Comment il va évoluer. A ce moment-là, je serai au rendez-vous des concerts qu'il donnera. »
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BIO EXPRESS
1972. Pierre Garand naît le 26 juin à Sherbrooke (Québec). On ne l'appelle pas encore Garou.
1987. Première apparition sur scène.
1990. Service militaire dans la fanfare de l'armée canadienne.
1992. Il commence à chanter dans les bars et les rues de Montréal et de Sherbrooke.
1997. Luc Plamondon repère Garou et lui propose le rôle de Quasimodo. Triomphe mondial.
1999. Céline Dion lui propose de chanter avec elle pour son concert d'adieu à Montréal. Son mari, René Angeli, décide de le produire.
2000. En novembre, sortie de « Seul », premier album solo chez Sony. Trois récompenses aux NRJ Awards. « Seul » est couronnée chanson de l'année aux Victoires de la musique.
2002. En mars, il fête ses deux millions d'albums vendus. Tournée en France. Trois concerts à Bercy (concert supplémentaire le 12 avril). Pendant l'été, il enregistrera à Los Angeles un album en anglais.
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