Mercredi 24 mars 2004

De Quasimodo à Socrate

Kathleen Lavoie

Le Soleil
Québec

De Garou, on connaît déjà la voix à la Cocker, le sourire de tombeur et la simplicité désarmante. Mais il y a plus ! S'il faut en croire le chanteur, nous sommes sur le point de découvrir le Socrate en lui !

Sous ses airs de gars terre à terre, on ne croirait jamais que Garou cache un fanatique de parapsychologie et de philosophie. C'est pourtant le cas.

« Quand on me connaît bien, on sait que je parle beaucoup de ces choses-là. Je vais le transcender beaucoup dans le nouveau spectacle », a annoncé hier le chanteur en entrevue au SOLEIL.

Marqué par le grandiose des concerts de Pink Floyd

LE SOLEIL, Patrice Laroche

Garou se produira au Colisée le 9 avril. « Mon étude de parapsychologie à moi, ce sera ce show-là ! ».

et les grands questionnements existentiels qu'il savait déclencher, Garou a tenté d'en recréer l'essence dans le spectacle qu'il proposera au Colisée le 9 avril.

« C'est un show qui sera plus mystérieux, a-t-il fait savoir. Il y a plusieurs parties dans le spectacle qui sont un peu plus mystiques. C'est connu de pas mal de gens que je voulais être archéologue quand j'étais petit, mais ce que je dis moins, c'est que je voulais aussi faire de la parapsychologie. Mon étude de parapsychologie à moi, ce sera ce show-là ! Ce qui fait que j'aime être sur scène, c'est l'osmose avec le public et l'énergie qui s'en dégage. Dès le début du show, je vais ouvrir de façon très mystique. On se pose des belles questions dans les chansons. On s'en posera aussi par rapport aux mouvements d'énergie qui existeront dans le spectacle », a-t-il expliqué, tout en conservant le voile sur la manière dont cela se traduira sur scène.

Démarche amorcée avec Reviens, un deuxième album qui s'est rendu à 800 000 exemplaires en quatre mois, Garou cherche à resserrer sa prise sur son univers. Cette volonté s'exprimera haut et fort dans la tournée de neuf mois qu'il amorce actuellement au Québec, et qui l'amènera dans plusieurs pays dont la Pologne, la France, la Suisse, la Belgique, le Liban et la Russie. C'est d'autant plus vrai qu'il en a supervisé tous les aspects, de l'éclairage à la conception vidéo en passant par la structure scénique et le choix des chansons.

Jusqu'à maintenant, cette aventure lui a réservé de belles surprises, comme de constater que le matériel de Reviens tient la route sur scène.

« Les chansons vont exploser ! Tellement que j'ai de la misère à en couper. Il y a 16 chansons sur l'album. C'est déjà beaucoup. Dans un show, quand on fait 10 nouvelles chansons, c'est beaucoup. (...) Ce qui est certain, c'est que je vais faire des chansons de l'album Seul, des chansons de Notre-Dame, et quelques covers. J'essaie de me séparer de mon éternel medley R & B, mais je n'en suis pas capable. J'ai envie de le garder. Ça fait partie de moi », a affirmé celui qui partagera la scène avec sa bande habituelle de musiciens.

En raison de son engagement tous azimuts dans la création de ce projet, Garou, qui est appuyé du metteur en scène Denis Bouchard, ne peut s'empêcher d'être excité par son aspect technique.

« J'ai hâte de voir mes bébelles ! Ça fait longtemps que je travaille là-dessus. À partir du moment où on est entrés en studio pour l'album, j'ai commencé à pitcher des affaires de mise en scène, de conception d'éclairage, de conception vidéo. Je vais enfin voir le résultat ce soir (hier) ! » s'est enthousiasmé le chanteur, dont la bonne humeur ne semblait pas entachée par les rumeurs de liaison à la chanteuse Natasha St-Pier — depuis démenties — colportées par le tabloïd français Voici.

C'est l'expérience prise au cours de ces dernières années, en Europe et au Québec, qui rend Garou aussi confiant.

« Maintenant, je veux m'impliquer dans tous les détails, a-t-il confirmé. Pas parce que je ne fais pas confiance au monde. Au contraire. (…) Ça me stimule. J'apprends. Et c'est justement parce que je ne me complais pas dans la facilité que j'ai voulu collaborer avec plein de monde. Ça m'a permis de grandir. Cette fois, on va probablement voir le spectacle d'un grand garçon. »

Le moment est particulièrement bien choisi pour Garou de déployer ses ailes. Même si le projet d'un album en anglais a été mis temporairement sur la glace — il devrait être complété d'ici l'hiver —, ce deuxième disque en français, porté par les simples Reviens et L'Adieu, fait bien. Plus proche de sa véritable personnalité musicale, il a donné raison à l'instinct d'un Garou, naturellement porté vers le blues et le rock.

« Je suis content de tout par rapport à l'album en français. Je ne regrette rien, mais à un moment donné pendant le processus, je me disais : “Est-ce que je suis trop proche de l'arbre et que je me rends pas compte de ce qui se passe ? Je jubile, mais quand je vais reculer, est-ce que je vais me rendre compte que ce n'est pas ça ?” Je suis super content aujourd'hui. Les pièces de l'album sont faites pour la scène. »

C'est pourquoi Garou tenait à leur réserver un traitement royal. La structure scénique imaginée pour ce spectacle rencontre les normes établies par les grands artistes internationaux. Il ne pourra par conséquent être présenté que dans quelques villes pourvues d'infrastructures suffisamment grandes pour l'accueillir, soit La Baie (7 avril), Québec (9 avril), Rimouski (10 avril), Sherbrooke (12 avril), Victoriaville (13 avril), Gatineau (15 avril), ainsi que Montréal (les 16 et 17 avril).

« Je trouverais ça plate de faire une petite version du spectacle au Québec et une grosse version en Europe. Comme je ne voulais pas juste faire Québec et Montréal non plus, je me suis débrouillé pour faire des places où ça pouvait fonctionner. Un spectacle, c'est d'abord des chansons et des bons musiciens, mais aujourd'hui, on se doit d'offrir plus. »

Garou ne se cache pas pour dire que ce spectacle serait impensable à monter sans le volet européen de la tournée pour en amortir les coûts.

« Disons que je paie très cher pour jouer ici ! Mais c'est une préoccupation pour moi de pouvoir l'offrir au Québec aussi. J'espère juste entrer dans mon argent !

À cause du succès fulgurant connu par Garou à ses débuts en Europe, le chanteur a été plutôt « absent » de la Belle Province à cette époque. Il y en a eu pour conclure à une forme de snobisme. Il jure qu'il n'en était rien. Aujourd'hui, des attaches renforcées dans le milieu artistique québécois l'ont soulagé de ces jugements à l'emporte-pièce.

« De me rapprocher, ça m'a fait beaucoup de bien. Au début, tout s'est passé tellement vite ! Quand on a lancé le premier album, on est partis tout de suite en tournée. Je n'ai pas pu faire beaucoup de promo. Mes tournées se sont faites majoritairement de l'autre côté, un peu comme ça va être le cas cette année. Cette fois-ci, pour la sortie de l'album, on a essayé de donner le plus de jus possible au Québec. »

La prochaine mission de Garou sera de faire vivre, ou plutôt naître, son album sur scène.

« Mon défi, sur le show, c'est de faire plusieurs tounes qui n'ont pas été des hits et d'en faire des hits de scène. Comme la 16e chanson sur l'album qui est un blues, Une dernière fois encore. Ça ne sera jamais un single radio, mais je pense qu'on peut lui donner une autre dimension sur scène. »

Le rôle de popstar n'est pas le seul que campera Garou au cours de la prochaine année. Le chanteur pourrait également faire sa première apparition au grand écran. Plusieurs propositions sérieuses, autant québécoises que françaises, lui sont parvenues en ce sens, mais il n'a pas encore trouvé le temps de s'y pencher.

Présentement, toutes ses énergies sont consacrées à rééditer, avec Reviens, le succès de Seul et de Seul... avec vous, vendus respectivement à deux millions et quatre millions d'exemplaires.

Au Québec, les jeunes chanteuses Annie Major-Matte (La Baie, Québec, Montréal, Victoriaville), Andrée Watters (Rimouski, Ottawa) et Martine Bolduc (Sherbrooke) vont l'accompagner dans l'atteinte de cet objectif, se partageant les premières parties de la tournée. En Europe, le jeune auteur-compositeur Nicolas Ghetti devrait en faire de même.

Dans les prochains mois, Reviens devraient sortir dans une dizaine d'autres pays européens en prévision de la tournée de trois mois à l'automne. Cette série de spectacles trouvera son apothéose dans quatre concerts au Zénith de Paris ainsi que deux représentations au stade de Bercy.