Le samedi 3 mai 2008


«Le boss désormais, c’est moi et le public, dit Garou. Là, on reprend le contrôle. J’ai
 plein de projets. (...) Je suis heureux en amour, en carrière, en business… Et tout ça,
 sans aucune demi-mesure!»
Le Soleil, Patrice Laroche

 

Garou : éloge de la simplicité

Kathleen Lavoie
Le Soleil
Québec

Quand, au tournant du millénaire, Garou devenait le protégé de René Angélil, tous voyaient déjà le chanteur québécois régner sur les palmarès internationaux. Si, huit ans plus tard, le grand gaillard au sourire de gamin a remporté ce pari sur la planète francophone, il n’a pas, jusqu’à maintenant, réalisé le même exploit dans le monde anglophone. Mais voilà qu’arrive Piece of My Soul, un premier disque en langue anglaise qui pourrait peut-être changer les choses…

Garou, c’est cinq millions d’albums vendus dans le monde, 700 000 DVD et un public délirant dans toute la francophonie. Garou, c’est aussi un homme heureux qui partage son cœur entre le Québec de sa fille Émilie et la France de son amoureuse, la chanteuse Lorie. Mais Garou, c’est d’abord et avant tout l’histoire d’une réussite fulgurante, des bars de l’Estrie au Zénith de Paris, d’un gars qui, de son propre aveu, n’en demandait pas tant. Pourtant, le chanteur de 35 ans apprécie les privilèges de la vie de superstar. Mais il a aussi pris conscience, avec le temps, que la célébrité a ses revers.

«On peut facilement y perdre son âme», admet-il. «Ça prend des balises. Je suis chanceux d’avoir un vrai équilibre dans ma vie. Parce que le plus grand danger, c’est la perception que les gens ont de toi et qui est parfois fausse. Il peut arriver que tu commences à croire ce que les gens croient…» laisse entendre Garou, en entrevue au Soleil.

Fausse route

C’est pendant l’une de ces périodes où, il y a deux ans, plus occupé à écouter les conseils de son entourage que ses propres désirs, Garou a réalisé qu’il faisait faus­se route avec la création de son premier album anglophone, en magasin mardi.

«Ça partait dans plein de directions. J’écoutais trop de monde. Puis, un jour, je me suis retrouvé à discuter avec le réalisateur suédois Peer Astrom (Madonna, Céline Dion, Jennifer Lopez). Je me suis rendu compte que ce que j’avais envie de faire, et lui aussi, c’était quelque chose de plus authentique. Ç’a été une plaque tournante pour l’album. On a mis tout le monde dehors et on s’est retrouvés ensemble, lui et moi, en studio», continue-t-il au sujet de l’album enregistré au Canada, en Suède et aux États-Unis.

Partant de pièces qui lui ont été soumises, Garou et Astrom ont concocté un disque de pop diversifiée, qui devrait régaler les radios de format «adulte contemporain». Deux mots d’ordre ont guidé leurs choix : chaleur et simplicité.

Ainsi, on retrouvera une première pièce, Stand Up, composée par le chanteur de Matchbox 20, Rob Thomas. Et une autre, intitulée Take a Piece of My Soul, offerte par Aldo Nova. Sans parler de Heaven’s Table, que l’artiste a inséré dans son répertoire de scène il y a déjà un bon moment, et All the Way, une pièce dont Garou signe le texte. Une première.

«À la base, All the Way, c’était une commande. J’avais cette idée d’une analogie entre le poker et le sexe, mais rien de ce que je recevais ne correspondait. Je me suis donc écœuré et j’ai sorti le stylo!» indique-t-il.

C’est à se demander si Garou a pris la piqûre de l’écriture… Longtemps, la critique a espéré voir le Sherbrookois se commettre dans la composition, mais ce dernier — par manque d’ambition et de volonté, admet-il — ne s’y était jamais laissé aller auparavant. Ou plutôt, s’y était tellement adonné, à l’adolescence, qu’il est resté, à l’âge adulte, avec l’impression d’avoir tout dit.

«Je me balance tellement de ce que les gens peuvent penser… Je ne me forcerais pas à écrire parce que c’est ce qu’on attend de moi ou pour faire plus d’argent. (...) J’ai besoin d’avoir envie d’écrire pour écrire. C’est un besoin égoïste d’écrire. Présentement, je ressens le besoin plus généreux de chanter les chansons des autres», s’enflamme Garou.

Pour le chanteur, il y va du plaisir de partager la musique. Le même plaisir qu’il ressentait lorsque, plus jeune, il proposait ses interprétations de succès populaires dans les bars. «C’est le même trip qu’on se faisait aussi au bord du feu!»

Tout est une question de trouver l’équilibre entre ce qui doit être fait pour séduire le public et ce qui correspond aux aspirations artistiques de l’artiste. Trop longtemps, estime Garou, le premier a fait ombrage au second.

«Cela dit, je n’étais pas forcément malheureux. Je ne m’en cache pas du tout : tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour le public.»

Les petits clubs

Sa véritable stimulation sur scène, Garou la trouve dans la réaction de ses fans.

«Quand je chante, ce que je cherche à susciter, c’est l’émotion. Cela dit, il y a tout sur l’album pour que ça tourne au party. Il y a des artistes pour qui ça se passe sur disque. Pour moi, ça se passe en show. Et là, j’ai toutes les munitions pour monter un bon spectacle.»

N’allez pas croire pour autant que Garou se prépare une superproduction destinée à reconquérir le Centre Bell ou le Zénith de Paris! Que non! Notre homme a plutôt décidé de retourner à la source, soit aux petits clubs! D’abord en France, puis ensuite au Québec, à l’automne. Simplicité quand tu nous tiens!

«Avec le premier album, j’ai tout de suite fait l’Olympia, le Zénith, Bercy. Là, je veux faire la Cigale, je veux aller en Russie, en Ukraine. J’ai le sentiment qu’il y a un gap dans ma carrière. Et c’est ça que je veux vivre présentement. Si l’album en anglais marche sans avoir fait cette tournée, je vais encore passer à côté…»

Et le rêve américain dans tout ça? «Je ne sais même pas si l’album va sortir là-bas!» lance-t-il, sourire en coin, ajoutant qu’il n’est toujours pas question de parution au sud de la frontière.

«Le boss désormais, c’est moi et le public. Là, on reprend le con­trôle. J’ai plein de projets. Ça fait partie de mon équilibre. Je suis heureux en amour, en carrière, en business… Et tout ça, sans aucune demi-mesure!» avertit celui qui faisait récemment le pari de quitter René Angélil pour lancer sa propre compagnie de production, Wolfgang Entertainment International.