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Garou : éloge de la
simplicité
Kathleen Lavoie
Le Soleil
Québec
Quand, au tournant du millénaire, Garou devenait le protégé de René
Angélil, tous voyaient déjà le chanteur québécois régner sur les
palmarès internationaux. Si, huit ans plus tard, le grand gaillard au
sourire de gamin a remporté ce pari sur la planète francophone, il n’a
pas, jusqu’à maintenant, réalisé le même exploit dans le monde
anglophone. Mais voilà qu’arrive Piece of My Soul, un premier disque en
langue anglaise qui pourrait peut-être changer les choses…
Garou, c’est cinq millions d’albums vendus dans le monde, 700 000 DVD et
un public délirant dans toute la francophonie. Garou, c’est aussi un
homme heureux qui partage son cœur entre le Québec de sa fille Émilie et
la France de son amoureuse, la chanteuse Lorie. Mais Garou, c’est
d’abord et avant tout l’histoire d’une réussite fulgurante, des bars de
l’Estrie au Zénith de Paris, d’un gars qui, de son propre aveu, n’en
demandait pas tant. Pourtant, le chanteur de 35 ans apprécie les
privilèges de la vie de superstar. Mais il a aussi pris conscience, avec
le temps, que la célébrité a ses revers.
«On peut facilement y perdre son âme», admet-il. «Ça prend des balises.
Je suis chanceux d’avoir un vrai équilibre dans ma vie. Parce que le
plus grand danger, c’est la perception que les gens ont de toi et qui
est parfois fausse. Il peut arriver que tu commences à croire ce que les
gens croient…» laisse entendre Garou, en entrevue au Soleil.
Fausse route
C’est pendant l’une de ces périodes où, il y a deux ans, plus occupé à
écouter les conseils de son entourage que ses propres désirs, Garou a
réalisé qu’il faisait fausse route avec la création de son premier
album anglophone, en magasin mardi.
«Ça partait dans plein de directions. J’écoutais trop de monde. Puis, un
jour, je me suis retrouvé à discuter avec le réalisateur suédois Peer
Astrom (Madonna, Céline Dion, Jennifer Lopez). Je me suis rendu compte
que ce que j’avais envie de faire, et lui aussi, c’était quelque chose
de plus authentique. Ç’a été une plaque tournante pour l’album. On a mis
tout le monde dehors et on s’est retrouvés ensemble, lui et moi, en
studio», continue-t-il au sujet de l’album enregistré au Canada, en
Suède et aux États-Unis.
Partant de pièces qui lui ont été soumises, Garou et Astrom ont concocté
un disque de pop diversifiée, qui devrait régaler les radios de format
«adulte contemporain». Deux mots d’ordre ont guidé leurs choix : chaleur
et simplicité.
Ainsi, on retrouvera une première pièce, Stand Up, composée par le
chanteur de Matchbox 20, Rob Thomas. Et une autre, intitulée Take a
Piece of My Soul, offerte par Aldo Nova. Sans parler de Heaven’s Table,
que l’artiste a inséré dans son répertoire de scène il y a déjà un bon
moment, et All the Way, une pièce dont Garou signe le texte. Une
première.
«À la base, All the Way, c’était une commande. J’avais cette idée d’une
analogie entre le poker et le sexe, mais rien de ce que je recevais ne
correspondait. Je me suis donc écœuré et j’ai sorti le stylo!»
indique-t-il.
C’est à se demander si Garou a pris la piqûre de l’écriture… Longtemps,
la critique a espéré voir le Sherbrookois se commettre dans la
composition, mais ce dernier — par manque d’ambition et de volonté,
admet-il — ne s’y était jamais laissé aller auparavant. Ou plutôt, s’y
était tellement adonné, à l’adolescence, qu’il est resté, à l’âge
adulte, avec l’impression d’avoir tout dit.
«Je me balance tellement de ce que les gens peuvent penser… Je ne me
forcerais pas à écrire parce que c’est ce qu’on attend de moi ou pour
faire plus d’argent. (...) J’ai besoin d’avoir envie d’écrire pour
écrire. C’est un besoin égoïste d’écrire. Présentement, je ressens le
besoin plus généreux de chanter les chansons des autres», s’enflamme
Garou.
Pour le chanteur, il y va du plaisir de partager la musique. Le même
plaisir qu’il ressentait lorsque, plus jeune, il proposait ses
interprétations de succès populaires dans les bars. «C’est le même trip
qu’on se faisait aussi au bord du feu!»
Tout est une question de trouver l’équilibre entre ce qui doit être fait
pour séduire le public et ce qui correspond aux aspirations artistiques
de l’artiste. Trop longtemps, estime Garou, le premier a fait ombrage au
second.
«Cela dit, je n’étais pas forcément malheureux. Je ne m’en cache pas du
tout : tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour le public.»
Les petits clubs
Sa véritable stimulation sur scène, Garou la trouve dans la réaction de
ses fans.
«Quand je chante, ce que je cherche à susciter, c’est l’émotion. Cela
dit, il y a tout sur l’album pour que ça tourne au party. Il y a des
artistes pour qui ça se passe sur disque. Pour moi, ça se passe en show.
Et là, j’ai toutes les munitions pour monter un bon spectacle.»
N’allez pas croire pour autant que Garou se prépare une superproduction
destinée à reconquérir le Centre Bell ou le Zénith de Paris! Que non!
Notre homme a plutôt décidé de retourner à la source, soit aux petits
clubs! D’abord en France, puis ensuite au Québec, à l’automne.
Simplicité quand tu nous tiens!
«Avec le premier album, j’ai tout de suite fait l’Olympia, le Zénith,
Bercy. Là, je veux faire la Cigale, je veux aller en Russie, en Ukraine.
J’ai le sentiment qu’il y a un gap dans ma carrière. Et c’est ça que je
veux vivre présentement. Si l’album en anglais marche sans avoir fait
cette tournée, je vais encore passer à côté…»
Et le rêve américain dans tout ça? «Je ne sais même pas si l’album va
sortir là-bas!» lance-t-il, sourire en coin, ajoutant qu’il n’est
toujours pas question de parution au sud de la frontière.
«Le boss désormais, c’est moi et le public. Là, on reprend le contrôle.
J’ai plein de projets. Ça fait partie de mon équilibre. Je suis heureux
en amour, en carrière, en business… Et tout ça, sans aucune
demi-mesure!» avertit celui qui faisait récemment le pari de quitter
René Angélil pour lancer sa propre compagnie de production, Wolfgang
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