Mercredi 14 février 2001

Montréal

Garou : deux spectacles pour le prix d’un

Jean Christophe Laurence

Garou était loin d’être Seul hier au Théâtre Saint-Denis. Tout le gratin médiatique et un balcon rempli de fans (féminines en majorité) s’étaient déplacés pour la première montréalaise du nouveau protégé de René Angélil… 

Un drôle de spectacle, comme divisé en deux. D’un côté les chansons de l’album Seul, de l’autre, celles de l’ancien Garou, chanteur de bars et de rythme n’ blues. Inutile de vous dire que les deux styles sont plus ou moins compatibles. 

En ce qui me concerne, le style rock adulte ne va pas trop bien à Garou. Ce type a trop « la pêche », comme disent les Français (c’est-à-dire, de l’énergie) pour se cantonner à des ballades mièvres et formatées pour les radios qui rockent et détendent. J’espérais néanmoins que les morceaux de l’album prendraient un peu plus de vie sur scène. A quelques exceptions près, je m’étais trompé. 

D’entrée de jeu, la jeune vedette enfile quatre titres de son disque : Je n’attendais que vous, Au plaisir de ton corps, Seul et La moitié du ciel. Peu de réactions dans la foule, qui s’excite à peine sur Seul, son premier tube radio. Garou lui-même n’a pas l’air convaincu, l’air pogné dans son rôle de Mario Pelchat à la voix rauque. Ses coups de reins suggestifs sont à peine plus convaincants que le jeu de scène farci de clichés mille fois digérés. Derrière lui, son groupe The Untouchables, fidèles accompagnateurs depuis l’époque des bars, attend patiemment qu’on passe aux choses sérieuses, c’est-à-dire au gros fun noir. 

Il faudra l’arrivée des chansons plus rythmées pour que Garou retrouve ce sourire que les femmes aiment tant…et l’aura d’insouciance qui fait cruellement défaut à son disque.Quand il entame ses relectures (assez originales, en passant) jazz-swing et salsa de Un enfant de Jacques Brel et La Bohème d’Aznavour, le stress cède sa place au plaisir la pâte (molle) se met à lever. Comme si d’un coup, Garou se retrouvait lui-même, après s’être beaucoup manqué. 

Suivront Gambler (avec vidéo de casino poker en arrière) un medley hommage au Québec (La Louve, Les Bombes, Naziland) et une version assez réussie de Brown Eyed Girl de Van Morrisson, qui nous plonge illico au cabaret-nostalgie de la British Invasion. Avec Salut les amoureux, reprise de Joe Dassin, Garou seul à la guitare finit par se mettre le public dans la poche… mais c’est pour mieux le reperdre aussitôt avec Demande au soleil, une autre chanson de son disque. Retombe la pâte et ferme le rideau. 

Seconde partie un peu plus enlevée, force est d’admettre. Que le chanteur entame avec Que l’amour est violent et Sous le vent, cette dernière en duo virtuel avec Céline Dion. La foule souligne l’évènement en lui offrant la première ovation de la soirée. La réaction est si forte qu’on se demande si elle applaudit Garou, Céline …ou René-Charles ! Puis Garou calme le jeu avec sa version « déploguée » de Gitan, livrée sur un mode feu de camp. Plus Franck Sinatra qu’Yves Montand, il livre ensuite une version bilingue des Feuilles mortes, avant de déballer New York State of Mind et Georgia, classiques qui lui vont comme un gant. 

La foule retrouvera son Quasimodo le temps de Belle, puis Garou retrouvera de nouveau ses premières amours pour un pot-pourri rythm’n’blues un peu longuet, qui inclus Midnight Hour, Sex machine, I Feel Good, et autres Mustang Sally. La foule est évidemment debout sur son siège, mais comment faire autrement avec une formule aussi éprouvée. 

N'enlevons pas à César ce qui lui revient : Garou est un vibrant chanteur, doublé d’un être sympathique et charismatique. Mais il faut bien reconnaître que la plupart des pièces de son album n’accotent pas en énergie et en qualité d’écriture toutes les autres qu’il a interprété hier. C’est ce qui fait vendre, me répondra-t-on, en exhibant fièrement le chiffre des 700 000 disques vendus ici et en Europe francophone. N’en reste pas moins que l’habit de crooner adulte semble beaucoup trop étroit pour celui qui est en définitive une version plus fréquentable d’Eric Lapointe. Garou a tout ce qu’il faut pour faire une carrière internationale qu’on attend de lui. Lui manque seulement des chansons qui conviennent à son talent, à sa voix et à sa personnalité.