Samedi 18 mai 2002

Cahier Arts et Spectacles
Montréal

Garou plus sexy et plus rock…en anglais

Alexandre Vigneault

Après 18 mois sur la route, Garou s’apprête à défaire ses valises. Plus que quelques concerts dans l’Outaouais, un au Colisée de Québec, un autre au théâtre du Centre Molson la semaine prochaine et sa tournée Seul…avec vous sera du passé. L’aventure aura été fructueuse : trois millions d’albums vendus de Seul  et de sa version live, plusieurs trophées et environ 400 000 spectateurs ravis. 

Retourner au Centre Molson revêt une importance particulière pour l’interprète de 29 ans puisque c’est là que, le 31 décembre 1999, René Angélil et lui ont scellé leur alliance par une franche poignée de main qui fut ensuite largement commentée. Des invités pour son party de clôture ? Des surprises, oui. Mais pas de Céline. Pour le reste, c’est motus et bouche cousue.

Peu porté sur les rétrospectives et les bilans, Garou savoure déjà le plaisir d’enregistrer un nouveau disque. En anglais, cette fois. Le processus est déjà amorcé et on devrait entendre le résultat à l’hiver 2003. « Je suis plus fier que jamais », confie-t-il, le visage éclairé par le sourire radieux qu’on lui connaît.

Contrairement à sa « patronne », Céline, chanter en anglais n’est pas un défi en soi pour Garou. Disons plutôt un retour aux sources. Des premiers concerts consacrés au répertoire des Beatles, à ses débuts de chansonnier où il interprétait plus volontiers Leonard Cohen que Beau Dommage, aux soirées rock’n’roll dans les bars, il a toujours privilégié la langue de nos voisins. 

« Je suis content de faire un disque en anglais, je vais avoir plus de facilité à faire groover les tounes, dit-il. Je ne te cache pas qu’avec l’album en français, au début, je n’étais pas sur de tout. Je ne savais pas où aller. Mais on l’a bien défendu. » Ses ventes astronomiques l’ont aussi conforté dans ses choix. 

Peut-on s’attendre à ce que l’album en anglais soit moins sage ? « Je ne sais pas si on doit appeler ça de la sagesse ou du polissage. C’était bien poli, convient-il, dans le sens de « politesse » et de « polissage ». Et au Québec, on a vite tendance à dire que les disques sont surproduits. On trouve que les coins sont trop arrondis. » 

Garou ne fait pas de cachotterie, des ballades et des chansons « polies », il y en aura encore sur son prochain disque. Mais il semble que ses fans de la première heure, ceux qui trippaient comme des fous quand il reprenait de façon brûlante de vieux succès soul ou rock’n’roll dans les bars, seront servis eux aussi. Garou a envie de faire ressortir son coté rock et son coté dragueur de foule, son coté d’entertainer libidineux. 

«  On est allé cruiser l’Amérique du Sud dans quelques chansons, on est remonté par Seattle et après on est allé dans le pur R&B de New York, annonce-t-il. Ça bouge et ça me stimule. Donc, oui, il y aura des ballades R&B sexy à la Barry White, mais aussi autre chose. Je veux arriver à être un vrai entertainer dans toutes les branches. » 

Des collaborations intéressantes sur l’album à venir ? « Oui ». Des noms ? « Non », fait-il en riant de la discrétion à laquelle il est tenu. La plupart des artistes choisissent les chansons qui paraîtront sur le disque avant d’aller en studio. Garou (et Céline, d’ailleurs) fait l’inverse ; il enregistre tout ce qui lui semble intéressant et le choix des titres qui se retrouveront sur l’album ne se fait qu’à la toute fin du processus. « Il y en a qui peuvent sauter, ce qui fait que je ne peux pas donner de noms » ; explique-t-il. 

Garou, qui dit ne jamais avoir voulu devenir une star, rêve de toute évidence d’une carrière planétaire. « Les États-Unis, c’est un monstre, mais ça me tente d’aller voir », dit-il. Prêt à dompter le monstre ? «  Je ne veux pas être numéro un, je m’en fous répond-il, je veux aller voir. » 

Curieux, soit. Ambitieux, ça ne fait aucun doute. Et pourtant, Garou a encore les pieds sur terre-« avoir une petite fille, ça aide à rester groundé », dit-il.  Recommencer au bas de l’échelle ne semble pas lui faire peur. « Je pense que j’ai sauté quelques marches, analyse-t-il. Tout m’est tombé dessus. J’ai travaillé fort, mais au niveau de la popularité, je l’ai eu facile. » 

Quand viendra pour garou le temps de faire son entrée aux États-Unis, Céline Dion et rené Angélil ne seront sans doute pas très loin derrière. « Je sens qu’ils veulent être là pour me donner un coup de main », admet le chanteur. Céline le présentera-t-elle dans une émission spéciale ou lors d’un concert ? « Tout est possible », confie son imprésario, Mario Lefebvre, qui est le bras droit de René Angélil au sein des productions Feeling. Il précise toutefois que, dans un premier temps, il n’est pas question d’un duo puisque la diva est trop prise par la préparation du spectacle de Las Vegas. 

Garou a la confiance de Sony. Pour son premier disque anglais, il reconnaît disposer d’un budget qu’il reconnaît être bien supérieur à celui octroyé à Céline il y a dix ans. Responsabilité lourde à porter ? « >C’est leur problème ! Lance-t-il, le plus simplement du monde. Ils me donnent une grosse avance et je vais faire mon possible. Je donne toujours mon maximum, je n’ai rien sur la conscience. »