Lundi 4 mai 1998

Au Medley, Quasimodo redevient Garou

Jean-Christophe Laurence

« Si je ressemble à Quasimodo ? Nous sommes complètement différents. Au niveau du sentiment surtout, ils sont aux antipodes. Comme les deux extrémités d’une batterie. Un dans le négatif, l’autre dans le positif. Mais il y a peut-être un parallèle à faire. Dans Notre-Dame de Paris, Quasimodo sort de sa tour et devient le pape des fous. On l’acclame pour sa grosse grimace. Ben moi quand je redeviens Garou c’est un peu ça… je sors de Notre-Dame de Paris et je me fais un gros party… »

Beau party en effet, que celui d’hier au Medley où, après avoir remplacé Marjo au pied levé, samedi, Garou et ses Untouchables se produisaient pour un deuxième de suite au Festival Medley Black & Blues.

Avec six musiciens sur scène –section cuivres incluse– et un chanteur à la vraie voix de loup Garou, les Untouchables jouent la carte du Rythm’n’blues façon Commitments, reprennent les inévitables numéros gagnants, de Mustang Sally à Sex Machine, passant par I feel good ou Dancing in the street . Garou ? Loin d’être petit, affreux et bossu. Au contraire… Massif et radieux, l’interprète domine la scène avec une bonne présence et un maximum d’assurance.

Bonne recette pour faire lever le public (après trois chansons, on dansait déjà en bas de la scène) mais rien de très nouveau au pays des shows de clubs. Peu importe. On était d’abord là pour voir LA révélation Notre-Dame de Paris. Parce qu’à force d’en entendre parler, on commençait à être curieux.

« Je sais que les gens m’attendent, qu’ils vont m’analyser, confiait-il deux jours avant son spectacle. Mais moi je n’ai rien à prouver… Ce show-là, c’est surtout pour profiter de ma liberté avant de réintégrer mon rôle de Quasimodo… Un truc simple, pas d’emballage, pour montrer au monde d’où je viens et ce que je faisais avant… »

« Avant », ça commence il y a six ans, « accidentellement », dit-il. Un chum chansonnier le fait monter sur scène ; il ressort du bar avec un contrat de trois soirs par semaine ! « Jusque-là, je grattais ma guitare sur le bord du feu c’est tout… mais on peut dire que j’y ai repris goût assez rapidement. »

Pendant cinq ans, il anime les dimanches à Garou au Liquor Store de Sherbrooke. Chante du Rythm’n Blues, du flamenco, de la chanson français, de n’importe quoi pourvu que ça bouge. C’est là qu’un soir, Luc Plamondon découvre sa voix de fond de cour de gravelle.

On connaît la suite. Les auditions, le rôle de Quasimodo, le disque Notre-Dame de Paris. En moins de six mois, Pierre Garand alias Garou, 25 ans, est passé de l’anonymat à la célébrité.