Match du Monde :
Quelle a été votre enfance à Sherbrooke, dans
la province de Québec ?
Garou
:
J'habitais dans un petit chalet, à côté d'un lac. L'eau a toujours été un
élément important pour moi. J'adorais pêcher, faire du kayak… Mon père m'a
toujours dit qu'il y avait deux choses importantes dans la vie : la nature et la
musique.
M.d.M. :
Quel style de musique écoutiez-vous,
adolescent ?
Garou
:
De tout. Des Sex Pistols aux Beatles, en passant par Nana Mouskouri. Puis j'ai
découvert Offenbach, le plus grand groupe de rock québécois. Tous les rockeurs
du Québec ont été influencés par son chanteur, Gerry Boulet. Je me souviendrai
toujours du jour où j'ai appris sa mort. Je me suis effondré sur mon lit.
M.d.M. : A 20 ans, vous repreniez dans les bars de
Sherbrooke les chansons d'artistes français. Aujourd'hui, vous êtes leur ami.
Qu'est-ce que cela vous fait ?
Garou
:
J'hallucine. Moi, me retrouver avec ces stars… par exemple, Michel Sardou !
Ses chansons ont bercé ma jeunesse. Et me voilà à faire un duo avec lui ! La
première fois que je me suis retrouvé face à Michel – je me surprends encore à
l'appeler Michel –
je me suis dit : "C'est pas possible, je rêve ?" Dans sa discographie, mon nom
est désormais attaché au sien grâce à cette collaboration.
M.d.M. : Quelle image aviez-vous de la France à cette
époque ?
Garou :
Les vieilles cassettes audio de mes parents
avec Joe Dassin, Nana Mouskouri ou Michel (Sardou), l'émission "Taratata" sur
TV5 et surtout Paris Match.
M.d.M. :
Pourquoi Paris-Match ?
Garou :
Ma grand-mère l'achetait chaque semaine. Je
l'ai toujours vu sur la table à la maison. D'ailleurs, les seules choses que je
connaissais de Johnny Hallyday, c'était les couvertures de Paris Match. Et il
n'était pas encore avec Laeticia… (Rires)
M.d.M. :
Vous sentez-vous plus québécois que canadien ?
Garou :
Oui à 100 %. Même si je ne viens
pas d'une famille séparatiste.
M.d.M. :
Quand avez-vous éprouvé ce sentiment ?
Garou :
Très tôt. A Sherbrooke, il y
avait une forte communauté anglophone. J'ai participé à des bagarres contre eux.
On se battait pour des broutilles. Le problème est le même aujourd'hui entre
Hull, au Québec, et Ottawa, en Ontario. Ces villes sont séparées par le pont
Alexandra. Les bars ferment plut tôt à Hull et les anglophones traversent le
pont pour finir de se "bourrer la gueule". Ce qui entraîne de nombreuses rixes
aux abords des bars.
M.d.M. :
Les français sont réputés pour être de grands
"donneurs de leçons". Ne le ressent-on pas plus lorsqu'on est québécois ?
Garou
:
Non, mais je suis une exception. Ma carrière est née ici, c'est un peu
différent. Quand Luc Plamondon m'appelle pour "Notre Dame de Paris", j'ai 25
ans, et je viens en France comme interprète d'une comédie musicale. Je ne savais
pas que ce spectacle allait tout changer.
M.d.M. :
Vous ne pensiez pas rester ?
Garou :
Jamais de la vie. J'étais beaucoup plus
branché États-Unis, et plus particulièrement Floride.
M.d.M. :
Quand vous retournez au Canada, c'est donc
pour aller au Québec…
Garou :
Je connais mal le Canada. J'aime bien Toronto
et suis fou de Montréal – un vrai petit New-York –,
mais je ne suis, par exemple, jamais allé à Vancouver. Le Québécois n'a pas
honte d'aller chercher une idée dans le monde musulman ou dans la culture
américaine. J'aime cette ville parce qu'elle n'a aucune fierté particulière. Et
puis, j'y ai mes "petits jouets" comme mes deux restaurants : L'auberge du vieux
St Gabriel et le Cube.
M.d.M.
:
On vous imagine donc vivre ou avoir votre bureau en haut d'une tour…
Garou
(il rit) :
Non, pas du tout. Je suis propriétaire d'un appartement à Montréal
mais je viens d'acheter une maison près de Sherbrooke… La nature me manque vite.
Et puis elle a cette vertu : on n'a pas besoin d'elle longtemps pour se
ressourcer. Quinze minutes assis autour de mon lac à pêcher, en silence, me
suffisent.
M.d.M. :
Vous êtes réputé pour être un oiseau de nuit.
Où sortez-vous à Montréal ?
Garou
:
Le plus souvent au restaurant. Je suis plus calme qu'à l'époque où je passais
mes nuits aux Foufounes électriques, un bar rue Sainte-Catherine. Les étudiantes
faisaient des strip-teases pour payer leurs études. C'était assez trash,
ambiance punk.
M.d.M. :
Qui sont vos amis au Québec ?
Garou :
Ca dépend. J'admire Guy Laliberté. Il faut
voir ce qu'il a réussi à faire avec le Cirque du Soleil ! Puis il y a Jacques
Villeneuve qui m'a fait découvrir la F1.
M.d.M. :
Votre notoriété en France est-elle la même
qu'au Québec ?
Garou
:
Pas du tout. Je ne suis pas considéré comme une star à Montréal. Les gens me
reconnaissent mais il n'y a pas cette attitude de fans hystériques.
M.d.M. :
Ces "fans hystériques" sont souvent des
femmes. Les Québécoises, qu'ont-elles de plus que les Françaises ?
Garou
:
Elles draguent ! C'est leur côté "latin". A partir du mois de novembre, elles
cherchent un homme pour les réchauffer pendant les longs mois d'hiver… Quand les
beaux jours reviennent, elles ressortent les jupes courtes. Elles n'ont alors
qu'une seule envie, être seules et avoir tous les regards des hommes posés sur
elles.
M.d.M. :
Et les scandinaves, qu'ont-elles de plus que
les Québécoises (la mère de sa fille est suédoise) ?
Garou (il éclate de rire) :
Bien joué, je ne l'ai pas vue arriver, celle-là
! Faut que je fasse attention à ce que je vais répondre… Elles sont encore plus
entreprenantes mais beaucoup moins perverses. Quoi que… (Rires). Bon, là, je
rame… Mais je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire !