Le jeudi 14 avril 2005

Il est intarissable sur le charme de sa province et ses femmes 
 

GAROU 

Ce que j'aime chez les québécoises c'est leur côté dragueur 

Interview Julien Negui 
 

Match du Monde : Quelle a été votre enfance à Sherbrooke, dans la province de Québec ?

Garou : J'habitais dans un petit chalet, à côté d'un lac. L'eau a toujours été un élément important pour moi. J'adorais pêcher, faire du kayak… Mon père m'a toujours dit qu'il y avait deux choses importantes dans la vie : la nature et la musique.

M.d.M. : Quel style de musique écoutiez-vous, adolescent ?

Garou : De tout. Des Sex Pistols aux Beatles, en passant par Nana Mouskouri. Puis j'ai découvert Offenbach, le plus grand groupe de rock québécois. Tous les rockeurs du Québec ont été influencés par son chanteur, Gerry Boulet. Je me souviendrai toujours du jour où j'ai appris sa mort. Je me suis effondré sur mon lit.

M.d.M. : A 20 ans, vous repreniez dans les bars de Sherbrooke les chansons d'artistes français. Aujourd'hui, vous êtes leur ami. Qu'est-ce que cela vous fait ?

Garou : J'hallucine. Moi, me retrouver avec ces stars… par exemple, Michel Sardou ! Ses chansons ont bercé ma jeunesse. Et me voilà à faire un duo avec lui ! La première fois que je me suis retrouvé face à Michel – je me surprends encore à l'appeler Michel – je me suis dit : "C'est pas possible, je rêve ?" Dans sa discographie, mon nom est désormais attaché au sien grâce à cette collaboration.

M.d.M. : Quelle image aviez-vous de la France à cette époque ?

Garou : Les vieilles cassettes audio de mes parents avec Joe Dassin, Nana Mouskouri ou Michel (Sardou), l'émission "Taratata" sur TV5 et surtout Paris Match.

M.d.M. : Pourquoi Paris-Match ?

Garou : Ma grand-mère l'achetait chaque semaine. Je l'ai toujours vu sur la table à la maison. D'ailleurs, les seules choses que je connaissais de Johnny Hallyday, c'était les couvertures de Paris Match. Et il n'était pas encore avec Laeticia… (Rires)

M.d.M. : Vous sentez-vous plus québécois que canadien ?

Garou : Oui à 100 %. Même si je ne viens pas d'une famille séparatiste.

M.d.M. : Quand avez-vous éprouvé ce sentiment ?

Garou : Très tôt. A Sherbrooke, il y avait une forte communauté anglophone. J'ai participé à des bagarres contre eux. On se battait pour des broutilles. Le problème est le même aujourd'hui entre Hull, au Québec, et Ottawa, en Ontario. Ces villes sont séparées par le pont Alexandra. Les bars ferment plut tôt à Hull et les anglophones traversent le pont pour finir de se "bourrer la gueule". Ce qui entraîne de nombreuses rixes aux abords des bars.

M.d.M. : Les français sont réputés pour être de grands "donneurs de leçons". Ne le ressent-on pas plus lorsqu'on est québécois ?

Garou : Non, mais je suis une exception. Ma carrière est née ici, c'est un peu différent. Quand Luc Plamondon m'appelle pour "Notre Dame de Paris", j'ai 25 ans, et je viens en France comme interprète d'une comédie musicale. Je ne savais pas que ce spectacle allait tout changer.

M.d.M. : Vous ne pensiez pas rester ?

Garou : Jamais de la vie. J'étais beaucoup plus branché États-Unis, et plus particulièrement Floride.

M.d.M. : Quand vous retournez au Canada, c'est donc pour aller au Québec…

Garou : Je connais mal le Canada. J'aime bien Toronto et suis fou de Montréal – un vrai petit New-York –, mais je ne suis, par exemple, jamais allé à Vancouver. Le Québécois n'a pas honte d'aller chercher une idée dans le monde musulman ou dans la culture américaine. J'aime cette ville parce qu'elle n'a aucune fierté particulière. Et puis, j'y ai mes "petits jouets" comme mes deux restaurants : L'auberge du vieux St Gabriel et le Cube.

M.d.M. : On vous imagine donc vivre ou avoir votre bureau en haut d'une tour…

Garou (il rit) : Non, pas du tout. Je suis propriétaire d'un appartement à Montréal mais je viens d'acheter une maison près de Sherbrooke… La nature me manque vite. Et puis elle a cette vertu : on n'a pas besoin d'elle longtemps pour se ressourcer. Quinze minutes assis autour de mon lac à pêcher, en silence, me suffisent.

M.d.M. : Vous êtes réputé pour être un oiseau de nuit. Où sortez-vous à Montréal ?

Garou : Le plus souvent au restaurant. Je suis plus calme qu'à l'époque où je passais mes nuits aux Foufounes électriques, un bar rue Sainte-Catherine. Les étudiantes faisaient des strip-teases pour payer leurs études. C'était assez trash, ambiance punk.

M.d.M. : Qui sont vos amis au Québec ?

Garou : Ca dépend. J'admire Guy Laliberté. Il faut voir ce qu'il a réussi à faire avec le Cirque du Soleil ! Puis il y a Jacques Villeneuve qui m'a fait découvrir la F1.

M.d.M. : Votre notoriété en France est-elle la même qu'au Québec ?

Garou : Pas du tout. Je ne suis pas considéré comme une star à Montréal. Les gens me reconnaissent mais il n'y a pas cette attitude de fans hystériques.

M.d.M. : Ces "fans hystériques" sont souvent des femmes. Les Québécoises, qu'ont-elles de plus que les Françaises ?

Garou : Elles draguent ! C'est leur côté "latin". A partir du mois de novembre, elles cherchent un homme pour les réchauffer pendant les longs mois d'hiver… Quand les beaux jours reviennent, elles ressortent les jupes courtes. Elles n'ont alors qu'une seule envie, être seules et avoir tous les regards des hommes posés sur elles.

M.d.M. : Et les scandinaves, qu'ont-elles de plus que les Québécoises (la mère de sa fille est suédoise) ?

Garou (il éclate de rire) : Bien joué, je ne l'ai pas vue arriver, celle-là ! Faut que je fasse attention à ce que je vais répondre… Elles sont encore plus entreprenantes mais beaucoup moins perverses. Quoi que… (Rires). Bon, là, je rame… Mais je suis sûr que vous voyez ce que je veux dire !