MIGROS MAGAZINE

Lundi 19 mai 2008


"J'adorerais jouer dans un film d'horreur"
 

Garou, le Bossu de Notre-Dame, sort un nouvel album –en anglais cette fois-ci- qu'il dédicacera le 26 mai à Migros Crissier. De passage à Zurich, il nous parle de sa carrière, de sa fille et de Lorie, sa "chérie". Le chanteur québécois de 36 ans est aujourd'hui un homme heureux. 

Que faites-vous à Zurich ? Personne ne vous connaît ici ! 

Mais ça fait partie du bonheur de ce métier ! Rencontrer de nouvelles personnes, découvrir de nouveaux endroits. Mon objectif n'est pas d'être une star. J'adore l'idée de débarquer à Zurich et de me présenter : "Hello, my name is Garou." C'est comme un redémarrage, ça me ramène à l'époque où je chantais dans les bars, avant que je ne sois connu. Vous savez, j'ai été lancé dans ce métier à mon insu. Au départ, je m'amusais, mais je pensais qu'un jour je trouverais un vrai boulot. (Rires) Puis il y a eu Notre-Dame de Paris et tout s'est enchaîné. 

En somme, vous faites maintenant ce que vous auriez fait s'il n'y avait pas eu Notre-Dame.

Tout à fait.

En ayant tout de même dix ans de carrière sur lesquels vous appuyer… 

C'est sûr, certaines personnes n'accepteraient certainement pas de bosser avec moi si je n'avais pas déjà vendu des millions d'albums, tout comme on ne viendrait pas m'interviewer si j'étais un illustre inconnu.

Votre nouvel album est en anglais : une autre manière de vous replonger dans le passé ? 

Oui, avant Notre-Dame, je chantais à 90 % en anglais. Au Canada, il y a une énorme excitation autour de l'album : cela fait des années qu'ils l'attendaient. Les autres pays francophones, en revanche, s'interrogent sur la raison de ce choix. En Pologne ou en Russie, on me demande même : "Mais pourquoi tu chantes en anglais, c'est banal, tout le monde chante en anglais." 

Alors, pourquoi ce choix ? 

C'était prévu de longue date : cela fait six ans qu'on y travaille. Quand j'ai signé avec Céline (Dion) et René (Angélil), mon deuxième album devait être en anglais. Mais à l'époque, c'était le bordel dans l'industrie du disque, tout s'est mis à dégringoler. L'album a été repoussé, il y en a finalement eu un deuxième en français, puis un troisième. L'année dernière, je suis venu à Zurich rencontrer les gens de Sony BMG, histoire de voir s'ils étaient intéressés à sortir cet album en anglais. On a fait un show-case (n.d.l.r. : concert privé). Ca a cliqué tout de suite. On s'est dit que plusieurs nouveaux territoires s'ouvraient. 

Et pour vous, qu'est-ce que ça change, de chanter en anglais ? 

Je peux me permettre d'être un peu plus rock. Stand up, le premier titre, est beaucoup plus pêchu que ce que je pourrais faire en français. Et beaucoup de mes amis proches me disent "Ta voix n'est pas pareille, elle ne sonne pas pareil." 

Dans votre nouvel album, il y a une reprise de Mel C. (n.d.l.r. : des Spice Girls) : "First day of my life". L'avez-vous rencontrée ? 

Vous avez repéré ça ? En fait, c'est une chanson de Guy Chambers, j'en voulais une sur mon disque, j'adore ce qu'il fait. Et comme ça fait six ans qu'on bosse sur cet album, c'est une chanson que j'avais enregistrée avant que Mel C. ne la reprenne sur le sien. On s'est demandé si on allait la laisser ou pas, mais une bonne chanson est une bonne chanson. C'est donc devenu une reprise de Mel C. Mais non, je ne l'ai jamais rencontrée. 

Dans l'un de vos autres titres, vous chantez "I'm burning because of you" (je brûle pour toi)… Because of Lorie, votre fiancée ? 

Ca aussi, c'était une reprise… pour changer de sujet ! (Rires) Il y a quinze ans, c'était un énorme tube en Suède. Or, la mère de ma fille est originaire de ce pays. J'ai donc déjà travaillé avec des Suédois. Pour eux, ça devient une reprise. Mais ce n'est pas la chanson préférée de ma chérie. Surtout quand elle entend les paroles "I'm a heart breaker, heart breaker" (Je suis un briseur de cœurs)…
 

On ne vous avait pas beaucoup vu dans la presse people ces dernières années… jusqu'à ce que vous sortiez avec Lorie en 2007 !

J'ai toujours pris garde à rester discret dans ma vie privée. Etre avec quelqu'un de célèbre quelque part, c'est moins dangereux. Avant, si la fille ne connaissait pas le milieu, je devais la protéger. Parfois, la presse people raconte des conneries et l'autre peut en souffrir. Tandis que Lorie, au moins, elle connaît le tarif. 

Les paparazzis sont-ils aussi entreprenants au Québec qu'en France ? 

Rien à voir ! On peut se balader tous les deux dans la rue. Les gens me reconnaissent, me disent bonjour. Là-bas, il n'y a pas cette notion de paparazzis, de magazines people. Les gens se renseignent sur les stars américaines, mais pas sur les stars locales. 

C'est un peu comme en Suisse… 

Tout à fait. D'ailleurs, quand j'arrive ici, je me sens à la maison. Les gens sont respectueux : ils te disent bonjour, mais ils ne vont pas te sauter dessus pour un autographe, ou pour te prendre en photo. En fait, même au Québec, je suis souvent entouré de Suisses. J'ai des restaurants à Montréal, et mon partenaire est chez vous. On reçoit constamment des délégations suisses. 

Vous allez bientôt ouvrir un restaurant chez nous, alors ? 

Je ne crois pas. A Montréal, j'ai mon petit monde, des gens qui me font confiance, c'est plus facile. 

Pourtant, un restaurant à Genève ou à Lausanne aurait sûrement beaucoup de succès ! 

(Moue) Ouais, mais même pour le resto à Montréal, je n'ai pas voulu m'afficher, ça a pris du temps avant que je dise que c'était chez moi… 

Justement. Peut-on dire que vous êtes Garou la nuit et que vous redevenez Pierre Garand la journée ? 

Oui. Mais maintenant la journée, je bosse davantage qu'avant. Je dois me lever plus tôt le matin. Du coup, ma vie nocturne s'est un peu calmée. Ca ne saurait durer… (Rires) 

Votre côté rebelle ne vous a donc pas quitté ? 

Il est toujours là ! Et même dans les affaires. Parfois, je fais les choses complètement à l'inverse de ce que je devrais faire. J'ai un esprit anarchique, mais dans le bon sens. J'aime brûler toutes les balises pour voir ce qui pousse vraiment. C'est ainsi qu'on se pose les vraies questions. 

Etes-vous plus sérieux quand il s'agit de votre fille aujourd'hui âgée de 7 ans ? La voyez-vous souvent ? 

Oui, elle habite Montréal, avec sa mère. On est très complice. Je passe beaucoup de temps avec elle, du temps de qualité. Quand je dois partir en tournée pour cinq semaines, c'est dur. Mais quand je suis avec elle, ça veut dire que je suis loin de ma chérie. Je suis tout le temps torturé comme ça. D'ailleurs, dans mon album, une chanson exprime bien cette douleur, la plus grande de ma vie : What's the time in NYC" (Quelle heure est-il à New York). Chaque fois que je regarde ma montre, je vois deux heures différentes : celle du Québec et celle de l'Europe. C'est ce que cette chanson raconte : "Qu'est-ce que tu fais, est-ce que tu penses à moi en ce moment, quelle heure est-il chez toi"… 

Pour votre fille aussi c'est difficile ? 

Elle a l'habitude. Heureusement ! Si à chaque fois que je l'avais au bout du fil elle pleurait "Papa, je m'ennuie, t'es pas là", ce serait encore plus dur. Mais elle n'est pas comme ça. Par contre, quand je reviens, elle est toute contente ! 

Se rend-elle compte que vous êtes une star ? 

Oui, mais pas depuis longtemps. J'ai fait très gaffe. Cela s'est passé progressivement. J'ai pris du temps avant de l'emmener à l'un de mes concerts. Et finalement, elle a regardé deux chansons, puis elle est retournée dans la loge avec ses jouets. 

Ce n'est pas encore une fan alors ! 

Non mais quand je suis loin, elle demande constamment à écouter mes albums. J'imagine que sa mère n'en peut plus ! Dans la voiture, elle veut entendre la voix de papa. 

Pour en revenir à votre carrière : vous n'êtes pas tenté par le cinéma ? Vous aviez bien investi votre rôle de Quasimodo… 

Ca fait dix ans que je reçois des scénarios. Cinq à dix propositions par année. Je n'ai encore jamais dit oui. Mais je vais peut-être me laisser tenter maintenant, comme je suis dans une période de redémarrage de ma vie. Je vais peut-être goûter au septième art. D'ailleurs, je me souviens d'une scène avec mes parents. On parlait carrière : je leur ai dit, je sais que vous avez toujours pensé que je deviendrais avocat. Ils m'ont répondu, non, tu es fou, nous, on a toujours cru que tu deviendrais acteur. Et j'étais étonné, parce que mes parents ne m'ont jamais encouragé à entreprendre une carrière artistique. La musique, ça allait comme hobby, mais pas comme métier. 

Des réminiscences de Quasimodo ? 

(Rires) Oui, exactement ! 

C'est bientôt le Paléo. Vous aviez participé à l'édition 2003. Vous comptez y revenir un jour ? 

J'aimerais bien, parce que j'avais adoré ça. Même si en général je préfère les petites scènes. En 2004, nous étions allés jouer à Prague, dans un bar de 500 places. Depuis, je n'ai fait que des grandes salles, ce qui implique un grand déploiement et toute une série de règles à suivre. Avec mon nouvel album, j'avais envie de retrouver la liberté des petits espaces. Au Québec, j'ai booké (n.d.l.r. : réservé) des endroits où je ne suis encore jamais allé. A Lausanne, on va jouer aux Docks et à Paris à la Cigale. Des salles que je ne me serais jamais permis de faire avant. Avec tout ça, je vais me régaler. 

Propos recueillis par Mélanie Haab et Tania Araman