PERFORMANCES

Mai/Juin 2005

GAROU 

The Long and Winding Road 

Après son duo avec Michel Sardou "La rivière de notre enfance", Garou se recentre sur sa carrière avec "Routes", un double DVD live prouvant que le chanteur à la voix cassée n'a rien volé de son rapide succès en France. Une vidéo en forme de bilan avant de le laisser s'aventurer vers d'autres horizons… 

On a le sentiment que ce live a été un projet fondamental. Ce n'est qu'une impression ? 

Non, ces derniers mois ont été sensationnels. On a débuté cette tournée par le Québec puis les pays de l'Est, pas vraiment une première puisque nous nous étions déjà rendus en Pologne. Dès le premier album, Gitan avait été n° 1 des charts là-bas et j'avais même reçu le prix de l'artiste international de l'année. A ne rien y comprendre ! Puis, nous avons fait deux concerts en Russie. Celui du Kremlin était impressionnant puisqu'on nous avait prévenus que ce serait un peu protocolaire… En fait, c'était le délire complet, on était loin des nouveaux riches ! Nous étions bénis des dieux d'avoir pu nous rendre en Tunisie et au Liban, à Beyrouth. Nous avons même modifié les éclairages pour mettre en valeur le décor naturel dont nous disposions. C'était un moment grandiose qui n'a pas pu être gravé en vidéo, car on a eu un problème avec les caméras ce soir-là. Je me souviens bien aussi de La Réunion où nous sommes tombés en pleine irruption du piton de la Fournaise. 

Cette tournée a aussi été l'occasion de retrouver des sensations perdues… 

En Tchéquie, nous avons fait un show case car j'y suis complètement inconnu. J'ai retrouvé l'ambiance des bars de mes débuts. A Prague, on a fait le bœuf avec un de mes potes québécois Éric Lapointe avec qui j'avais vu le concert de McCartney la veille… 

Si vous aviez pu éviter la sortie de votre premier live à l'Olympia, l'auriez-vous fait ? 

Avec le recul, je n'aurais effectivement pas sorti ce live. C'est un disque qui a bien marché certes mais qui n'était pas indispensable. Je dois même avouer que je ne devais pas non plus tourner de vidéo de cette tournée "Reviens", puis ma maison de disques m'a convaincu et j'ai imposé de faire une vidéo originale avec plus de matière et d'humanité. Je ne voulais pas d'un produit marketing et je suis fier du travail franco-québécois de Serge Khalfon qui a réalisé la captation de Bruxelles et Daniel Laurin qui nous suivait en tournée. J'ai souvent fait des enregistrements télé où la collaboration entre Français et Québécois ne se passait pas si bien ! 

Comment vous est venue l'idée de ce double DVD au concept très particulier ? 

La radio existera toujours, mais l'image devient fondamentale. On vit dans un monde où les références sont cinématographiques. D'ailleurs, les grandes chansons de ces dernières années sont souvent issues de films comme le My Heart Will Go On de Céline avec Titanic. Avec l'album "Reviens" qui est plus folk et plus blues, on aurait pu brancher les guitares et partir en tournée avec cinq musiciens. On a préféré donner l'avantage à un vrai show avec des images projetées en live qui étaient différentes chaque soir puisqu'une équipe travaillait sur le scratch vidéo à Montréal. J'ai changé trois ou quatre fois d'idées en cours de route pour ce DVD. On s'est payé le luxe d'avoir six caméras à chaque concert et une régie vidéo. On a enregistré presque tous les concerts. Je voulais d'abord une vidéo avec des tranches de villes, puis j'ai décidé de construire un album souvenir, comme un album de photos que tu regardes avec tes parents et ta famille…. 

L'été dernier en Suisse, vous n'avez pas hésité à appeler votre père pour lui fêter son anniversaire durant votre concert… 

Ma famille est très importante pour moi, ma fille évidemment mais aussi mes parents ; c'est chez eux que je vais dès que je reviens au Québec. Ce qui les a plus étonnés lors de cette tournée, c'est en effet le Paléo Festival puisque devant 40 000 personnes, c'était l'anniversaire de mon père et l'ai appelé en live… Il a laissé couler quelques larmes quand il a vu les images. 

L'autre péripétie du Paléo Festival est le moment où vous avez escaladé une tour près de la scène… 

C'était de la folie ce soir-là ! J'ai besoin de ce contact avec les gens. Pour Tout cet amour-là, les lumières s'éteignent, je tiens une caméra et le public continue à regarder la caméra lumineuse alors que ce n'est plus moi qui la tiens. Je continue à chanter, je pars dans la foule… c'est toujours la panique, car je ne fais jamais le même chemin. C'est un moment fabuleux de voir la surprise des gens chaque soir unique. Le public du Nord est très chaud par exemple, alors que le public de Monaco est plus chiant… En plus lors de cette date monégasque, j'avais une pression de plus car Elton John était au premier rang. C'est le seul soir où mon piano a merdé… mais au bout de la quatrième chanson, il s'est tout de même levé et m'a amené une fleur.  

Cet attrait pour l'image qu'on découvre aujourd'hui augurerait-il de projets cinéma ? 

Cela fait très longtemps qu'on parle de cinéma et je ne m'y suis jamais vraiment consacré comme il aurait fallu. Depuis Notre-Dame de Paris, j'ai des contacts et l'année dernière, j'avais accepté de tourner dans certains films, mais les jours de tournage ont bougé et je n'ai jamais pu les faire…. De plus, on me proposait des premiers rôles et je reculais devant cette responsabilité. Je préfère commencer par des seconds rôles pour voir si je m'acclimate à l'ambiance d'un plateau. Je me suis rendu une seule fois sur un tournage avec Thierry Lhermitte et je pense que ça me plairait ! J'avais eu de nombreuses propositions de comédies musicales dans lesquelles je chantais, mais les personnages qui m'attirent sont de vrais rôles de cinéma. J'ai plusieurs projets dont un tournage cet automne – je croise les doigts pour que ce soit réalisable-, un nouvel album français un peu fou, et un album anglais… 

Où en êtes-vous exactement de la réalisation de ce disque déjà reporté trois fois ?

Nous n'avons toujours pas de date de sortie confirmée mais j'espère qu'il sera terminé à la fin de cette année. Nous avons déjà vingt-quatre chansons enregistrées, surtout à Los Angeles, toujours avec la participation de Vito Luprano. On continue à recevoir des chansons et toujours à en enregistrer. On avait un budget monstrueux qui a déjà explosé depuis longtemps… Le problème désormais, c'est de remettre tout cela en perspective puisque certains titres originaux ont été enregistrés il y a deux ans et demi. A cette époque, j'ai collaboré avec des Américains, des Canadiens et des Suédois, et nous avions fait des prises de voix dans mon studio au bord du lac et au milieu des bois. J'ai obligé un réalisateur anglais très connu à venir dans la forêt et à faire du Kayak… Il y a un cahier des charges précis pour les albums anglais, alors qu'on peut se permettre d'être plus intemporel sur le marché francophone. En même temps, qu'est-ce qui marche aujourd'hui ? C'est l'acoustique comme Norah Jones… On s'était dirigé vers un son très produit, mais je ne sais pas si  nous finirons par sortir l'album tel qu'il est aujourd'hui…. 

Céline Dion avait adapté Tomber de De Palmas pour un album anglophone. Avez-vous repris certains de vos titres adaptés en anglais ? 

Les albums anglais d'artistes français ont du mal à marcher ici. Seule Céline arrive à s'imposer… Nous avons traduit Seul, puisque la maison de disques a eu le réflexe de vouloir réitérer ce succès francophone dans le monde entier. Et ce n'est pas très évident…. 

Ce sera une façon de vivre les aléas de lancement d'un opus, chose que vous n'aviez pas vraiment connue en France après l'effet Notre Dame de Paris ? 

Complètement, je suis inconnu aux États-Unis et c'est un vrai challenge de me présenter là-bas. J'ai eu un parcours tellement explosif en France que je voudrais bien vivre les étapes que j'ai sautées, arriver dans une petite station de radio dans l'Ohio et devoir me présenter… 

Comment expliquez-vous le fait de cartonner avec des duos de variété et de moins plaire à votre public avec des titres qui vous ressemblent pourtant à priori plus comme Et si l'on dormait de Gérald De Palmas ? 

C'est toujours surprenant… Dès qu'il y a des duos ou des aventures comme Les Enfoirés, c'est un énorme plaisir que de partager la scène avec d'autres artistes…, mais c'est vrai que tu tombes facilement dans le piège de devoir te coltiner ton gros succès avec un écran et une bande sonore derrière ! Sinon, je ne suis pas frustré par les échecs de titres moins consensuels. En spectacle, je m'éclate tellement. Peu importe… Je trouvais que c'était un peu tôt pour sortir Si l'on dormait en single parce que l'album "Reviens" a juste commencé à casser mon image et à installer un visage de Garou qui est vraiment le mien… D'ailleurs, le DVD devait s'appeler "Roots" au lieu de "Routes" tant mes dernières réalisations sont plus conformes à mon tempérament. Je suis conscient que c'est un travail de progression assez lent qu'il me faut faire, prendre le temps de faire comprendre à mon public quelle musique j'ai envie de défendre. Je crois que, pour le moment, j'ai accepté de respecter plus le public que mes propres goûts musicaux. Parfois, ils se rejoignent comme sur Les Filles. La réaction par rapport à cette chanson a été tellement formidable dès le début de la tournée que j'ai comme l'impression que c'est le public qui a choisi de la mettre en avant. 

Vous jouez toujours votre medley avec You Can leave Your Hat On et quelques titres r'n'b, mais vous y avez ajouté Hey Jude 

C'était un non-sens de ne jamais avoir joué les Beatles sur scène. Une des plus belles soirées de ma vie a été celle où j'ai chanté avec Georges Harrison quelques mois avant sa disparition. Un de mes musiciens était là et nous savions qu'il ne désirait pas chanter. Dès que nous avons commencé à jouer, j'ai vu dans ses yeux l'envie de nous rejoindre. On a terminé notre tour de chant ensemble puis, nous nous sommes retrouvés sur scène pendant une heure pour jouer des classiques des Beatles et d'autres titres rock. Je ne suis pas encore arrivé au stade de faire une reprise de Georges Brassens mais, côté français, Maxime Le Forestier a été le meilleur professeur qui soit ! 

On parle souvent des "Untouchables", mais il y a eu d'autres groupes avant tel "Windows & Doors"… 

Avec eux, je reprenais presque uniquement le répertoire des Beatles puis des hommages aux Doors. Ensuite je me suis mis au swing à Montréal. C'est ce que j'aime le plus au monde… et j'en ferai certainement un album un jour !