Éric Lapointe
et ses amis au Palais des sports
Pour l'amour de la musique
Daniel Côté
Jonquière - Comment résumer un spectacle comme celui qu'a
présenté Éric Lapointe mercredi, au Palais des sports de Jonquière?
En rappelant
qui y participait? Trop long. En identifiant une chanson plus réussie que les
autres? Impossible, parce qu'il y a eu trop de moments forts, le reste étant
affaire de goût. En fin de compte, le trait dominant de ce happening aux airs de
Live Aid, ce que ses protagonistes ont communiqué aux 3500 personnes présentes,
c'est leur amour de la musique, autant que leur désir de célébrer la nouvelle
année.
C'est pour ça,
par exemple, que le groupe qui a accompagné les interprètes pendant le plus
clair de la soirée s'est démené pour livrer une version solide du succès de
Green Day, "American Idiot". Il aurait pu le faire sur le "pilote automatique"
parce que Patrick Huard, un humoriste, tenait le micro. Mais non. Le public a eu
droit à un brûlot, un assaut frontal toutes guitares déployées, lequel a été
dédié à George Bush.
La même
générosité a coloré l'une des interprétations de
Garou,
"Belle", un extrait de "Notre-Dame de Paris". Pendant que le beau brumeux (dont
chaque apparition a été saluée par des cris enthousiastes à forte dominance
féminine. On se demande bien pourquoi) entrait dans son personnage, la vedette
de la soirée, Éric Lapointe, se tenait modestement à ses côtés, faisant
l'Esméralda. Un choriste de luxe, en somme.
C'est devenu un
cliché que de parler de son intensité, ce dont témoignent les mésaventures qui
ont fait la manchette de certaines gazettes. Trop souvent, ça le relègue au rang
de "cartoon", alors que sur scène, Éric Lapointe respire l'authenticité. Ce
n'est pas la tasse de thé de tout le monde, mais qui pourrait, comme lui,
enfiler quatre balades de suite sans perdre quelques paires d'oreilles en cours
de route?
Difficulté
supplémentaire: la première du lot, "Mon ange", a suivi "Les boys", cet hymne à
la solidarité masculine entonné par les frères Lapointe, Éric et Hugo, avec la
complicité de Martin Deschamps. Portant un chandail des Saguenéens de
Chicoutimi, ils avaient tellement chauffé la salle qu'Éric Lapointe s'est
ensuite payé un shampooing à la bière. Néanmoins, quand il est passé aux choses
sérieuses, ses fans ont suivi.
Un public
doué
Parlant du
public, lui aussi avait du talent, mercredi. Hormis en début de soirée, alors
que la formation Meesh a reçu un accueil mitigé (son rock pour adolescents est
bien fignolé. Le problème, c'est que les moins de 20 ans étaient peu nombreux),
il a été allumé tout du long. Même quand l'excellente Anik Jean a présenté "Je
suis partie" et que sa voix s'est un peu perdue dans le mixage, les gens ont
reconnu l'effort.
Il faut dire
que la jeune femme, qui fut pourtant brillante lors de son passage au Côté-Cour
de Jonquière, l'automne dernier, n'a pas encore fait la transition que commande
une salle comme le Palais des sports. Pour le mesurer, il a suffi de voir
s'époumoner Lulu Hugues avec les Porn Flakes, quelques minutes plus tard, sur
l'air de "Gimme Shelter".
On était loin
de la finesse vocale de Merry Clayton (celle qui a créé la pièce avec les
Rolling Stones), mais même à l'autre bout de la bâtisse, on ne pouvait demeurer
insensible à ses cris, aux mouvements de tête qui faisaient onduler ses longs
cheveux blonds, de même qu'à ses brusques rotations qui lui donnaient l'allure
d'un derviche tourneur. Quand elle a conclu avec "Je suis hot", personne n'a
songé à la contredire.
À sa manière,
Garou
a produit le même effet quand il a repris "You Can Leave Your Hat On". Toucher à
cette perle de Joe Cocker était risqué, mais sa voix graveleuse, autant que le
magnétisme indéniable qu'il exerce sur le public, ont provoqué une sorte de
fièvre. Les musiciens ont été impeccables sur ce morceau de bravoure. S'ils
avaient été appuyés par une section de cuivres, on aurait frôlé la perfection.
Un autre qui a
vécu de beaux moments est Paul Piché. Quand il s'est amené avec "Un château de
sable", toutes guitares vrombissantes, la foule a applaudi comme si le Rocket
était ressuscité. Sa chaleur a même amené le chanteur à esquisser quelques pas
de danse, lui qui, d'ordinaire, se montre réservé. Ce fut encore plus délirant,
si possible, lorsqu'il a interprété "Y a pas grand chose dans le ciel à soir".
Un "Rauque
Fest"
"Saguenay-Lac-Saint-Jean, êtes-vous prêts pour le party? On vous a préparé un
osti de show parce qu'on sait qu'icitte, c'est le temps des Fêtes à l'année",
avait lancé Éric Lapointe à son arrivée sur scène. Il n'a pas menti, comme l'ont
démontré les reprises qui ont émaillé le spectacle. Parmi les plus réussies,
mentionnons "I Love Rock'n Roll", un succès de Joan Jett qu'ont propulsé Anik
Jean et Michelle Morrisson, de Meesh.
Après cette
tranche de rock, Stefie Shock a puisé dans le répertoire de Robert Charlebois
pour déterrer "Conception". Après un début prometteur, toutefois, on aurait dit
que la pièce s'étirait, ce que démentissaient les paroles, fidèles à l'original.
L'interprète forçait sa voix et manquait de naturel, un problème qui a été
résolu dès qu'il a entamé l'une de ses compositions, "Tout le monde est triste".
De son côté,
Martin Deschamps a été incandescent sur "You Shook Me All Night Long", de AC/DC.
Les braises étaient encore fumantes quand Hugo Lapointe a soulevé la foule en
reprenant "Passe-moi la puck", des Colocs. On approchait de la fin et pour
coller à l'esprit des Fêtes, Éric Lapointe a chanté "Minuit, chrétiens", puis le
"Happy Xmas" de John Lennon, "la plus belle chanson de Noël jamais écrite".
Ce fut le
prélude à une rencontre au sommet, celle des voix pleines de garnotte, pour
reprendre une expression qu'affectionnait Gerry Boulet. Éric Lapointe, Martin
Deschamps et Garou
ont évoqué sa mémoire en interprétant "Cette voix" avec conviction. À quelques
minutes de distance, cette fois en rappel, ils ont poursuivi le "Rauque Fest"
par le truchement de "L'hymne à l'amour".
Comme dans les
grandes messes rock, on sentait venir le moment où tous se regrouperaient pour
chanter un titre consensuel. La formule a été respectée puisque les artistes,
Paul Piché en tête, ont proposé "Quand les hommes vivront d'amour", de Raymond
Lévesque. "Bonne année", a ensuite lancé Éric Lapointe avant que le public,
fatigué mais heureux, ne s'engage vers la sortie en affichant son plus beau
sourire
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