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Garou « Les chanteurs trop pointilleux, ça m’énerve »
A force de trop tirer
sur les deux bouts, le Québécois a failli déchirer ses cordes vocales. Il a
évité l’intervention chirurgicale de très peu et, en même temps que la voix, a
retrouvé un équilibre à sa vie.
Dans la
majorité des interviews qui lui sont consacrées, Garou est décrit comme
un artiste « sympa » et « ouvert ». Toujours dispos pour répondre
aux questions, il n’oublie jamais de remercier sur les pochettes de ses albums
ses fans, ses amis et les responsables de sa firme de disques. Il dit « tu »
quand il s’adresse aux journalistes. Se souvient de votre nom et évoque le plus
naturellement du monde une anecdote remontant à votre dernière rencontre pour
montrer qu’il vous situe très bien.
Ce
jour-là, le Québécois effectuait « un marathon promo » comme on dit dans
le métier. Arrivé de Paris en début de matinée, Garou a enchaîné interview sur
interview, jusqu’à l’heure du dernier Thalys. « Télés, radios, rencontres
avec les fans… Il a accepté toutes les sollicitations sans sourciller.
D’habitude, un artiste qui fait un aller-retour sur Bruxelles prévoit un break
pour déjeuner ou se reposer. Ce n’est pas le cas de Garou. Il a avalé un
sandwich dans la voiture qui le ramenait d’un studio télé. C’est un vrai
professionnel qui ne considère pas le service après-vente comme une corvée »,
résume une attachée de presse de la firme de disques.
Sorti
le 1er mars, « Routes » caracole déjà en tête de classements des
meilleures ventes de DVD musicaux. « Pour être honnête avec vous, je ne
voulais pas sortir de DVD après ma tournée 2004. J’avais en tête un autre projet
plus fou encore, axé davantage sur le film que sur la captation d’un concert.
Mon entourage m’a convaincu en insistant sur le fait que ce serait un beau
souvenir pour les fans », explique Garou en allumant une cigarette de marque
canadienne.
Nous
pensions que vous aviez arrêté de fumer depuis vos problèmes aux cordes vocales
survenues l’été dernier ?
Garou. – Je ne
parviens malheureusement pas à éviter tous les excès, mais je les contrôle. Je
n’ai pas encore arrêté de fumer. Je freine la consommation. C’est la première
étape.
Que
s’est-il passé, au juste ?
Garou. – Ma voix
a été victime de ce que les médecins ont appelé « un coup de fouet ».
Cela a pu être causé par le froid, une note que j’ai mal poussée ou tout
simplement la fatigue. Plutôt que de faire face à la réalité, j’ai pris des
médicaments et j’ai continué à cogner dessus. La situation a empiré au point de
me contraindre à annuler des concerts.
Avez-vous songé que c’était peut-être la fin du rêve pour vous ?
Garou. – Comme la
situation ne s’améliorait pas, j’ai vu la plus grande spécialiste des cordes
vocales à New York. C’est elle qui soigne les chanteurs d’opéra, les voix de
Céline Dion, Mick Jagger ou Elton John. Elle m’a dit que je
devrais être opéré et m’arrêter de chanter pendant au moins un an. J’ai pris une
baffe dans la gueule car je savais que je ne pouvais accepter un tel diagnostic.
Je suis rentré chez moi à Montréal et je me suis reposé en m’astreignant à un
régime strict : plus de tabac, plus d’alcool, plus de nuits blanches. J’étais
avec ma fille Émilie (3 ans, qu’il a eue avec le mannequin suédois
Ulrika – NDLR). Le plus dur, c’était que je ne pouvais pas lui parler.
Au bout d’un mois, le mal était réparé. Maintenant, je fais gaffe.
Ça
vous a servi de leçon ?
Garou. – C’était
mon premier break depuis la comédie musicale Notre-Dame de Paris, il y a
cinq ans. Au début, j’ai vraiment flippé et puis je me suis mis à positiver. Je
me suis dit que, même avec ce problème aux cordes vocales, je pourrais continuer
à exercer mon métier. Je connais comme vous beaucoup de chanteurs sans voix qui
ont du succès. Je me suis rendu compte également que j’avais beaucoup de
caractère. J’ai expliqué au médecin que je ne voulais pas de cette opération,
que j’allais m’en sortir. Et j’y suis arrivé.
Dans
votre nouveau DVD, on découvre votre garde du corps personnel, Hugo. Il vous
protège de qui ?
Garou. – Je
connais Hugo depuis mon enfance. Il habitait dans ma rue, à Sherbrooke (sa
ville natale, entre Montréal et Québec – NDLR). Hugo gère les débordements
de foule et la sécurité aux concerts, mais c’est bien plus qu’un garde du corps.
Il me protège surtout de moi-même, du syndrome de la star. Quand je décolle un
peu trop, il n’hésite pas à me ramener sur la terre ferme : « Garou, là tu
fais le con, ressaisis-toi ! » Comme il ne prend pas des pincettes avec moi,
je l’écoute.
Il y
a un dicton qui dit que l’entourage d’un artiste tue l’artiste.
Garou. – C’est
vrai, il faut bien choisir. Quand vous atteignez un certain degré de notoriété,
rien n’est plus facile que de s’entourer d’une cour qui approuve tout ce que
vous faites et crie au génie dès que vous poussez une note. Cette garde
rapprochée peut annihiler toute remise en question et toute autocritique. Je
préfère rester avec les proches qui me suivent depuis mes premiers pas. La
relation est plus saine. Outre Hugo, qui est un pote d’enfance et me connaît
mieux que quiconque, mon directeur musical était aussi là à mes débuts. Idem
pour mon directeur de tournée qui est l’ancien propriétaire du bar de Sherbrooke
dans lequel j’ai commencé à me produire. Tous les jours, ils me rappellent d’où
je viens. Je n’accepte pas facilement les critiques, mais je serai déçu s’ils
n’osaient plus me contredire.
A
qui faites-vous écouter en premier lieu les maquettes de vos chansons ?
Garou. – A René
Angélil et Céline Dion. Ils sont un peu retirés du monde depuis qu’ils vivent à
Las Vegas. René a toujours un avis détaché, très pertinent. Je viens de faire un
truc un peu spécial en studio. Je le lui ai envoyé par Internet. J’ai hâte
d’avoir de ses nouvelles. Avec Céline, c’est plus un rapport frère-sœur. Elle
suit de très près ce que je fais mais ne se permet pas de donner un avis
tranché. On est du même côté de la barrière. René porte plutôt un regard
extérieur.
Vous
avez fait vos classes dans les cafés de Sherbrooke. La meilleure école ?
Garou. – Et aussi
la plus dure. Dans les bars, vous devez capter l’attention. C’est tout le
contraire de la Star Academy, où de millions de gens vous regardent chanter,
mais aussi vous brosser les dents ou prendre votre douche. Dans un cabaret, vous
savez que les clients ne viennent pas pour vous. Ils veulent boire un verre,
draguer une nana, passer du bon temps. Et puis, au fond de la salle, il y a un
type avec une guitare. On ne doit pas voter pour lui. Si le public n’aime pas,
vous terminez dans la rue sans avoir été payé. Si c’est bon, vous avez le droit
de continuer. J’avais un avantage par rapport aux autres chanteurs. Ma voix me
permettait d’attaquer plusieurs registres. Je faisais le Bob Dylan folk
avec ma guitare acoustique, mais j’avais aussi un groupe de jazz et un autre de
rock avec lequel je reprenais les Beatles, les Stones ou James
Brown.
Que
retenez-vous de cette expérience ?
Garou. – Je me
suis rendu compte que je ne ressentais pas le moindre trac. C’est ma grande
force et c’est très déroutant pour les musiciens qui m’accompagnent. Je peux
faire le con cinq minutes avant de monter sur scène, bavarder avec un pote en
prenant un whisky au bar et chanter ensuite devant 5.000 personnes sans avoir
besoin de me concentrer ou de prendre mes repères. C’est peut-être dû au fait
que je n’éprouve aucune crainte à faire des erreurs. Les chanteurs trop
pointilleux, ça m’énerve.
Les
poils qui se dressent, la boule dans le ventre, l’envie de vous cacher derrière
le rideau, vous avez dû connaître, pourtant ?
Garou. – Peu de
temps avant sa disparition (le 30 novembre 2001 – NDLR), j’ai eu l’énorme
chance de chanter avec George Harrison. Je chantais lors d’une soirée
privée à Montréal. L’organisateur m’a demandé si je pouvais accueillir un
artiste qui se trouvait dans la salle et qui voulait m’accompagner à la guitare.
Harrison est monté sur scène et on a fait ensemble Here Come The Sun. Là,
j’avoue que j’ai beaucoup transpiré. Après cinq minutes, je croyais que c’était
fini, mais il a continué. Nous avons joué ensemble pendant deux heures. Le
sommet artistique de ma vie !
Et
le pire moment ?
Garou. – L’année
dernière, j’étais assez frustré quand mon disque en anglais n’est pas sorti,
prétendument pour des raisons stratégiques. J’avais vraiment envie de le
défendre. Maintenant, j’ai compris. Je sais qu’il existe, que le disque est bon
et qu’il faudra le commercialise au bon moment, j’espère cette année.
Propos recueillis par Luc Lorfèvre.
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