Le mercredi 16 mars 2005


Garou « Les chanteurs trop pointilleux, ça m’énerve »

A force de trop tirer sur les deux bouts, le Québécois a failli déchirer ses cordes vocales. Il a évité l’intervention chirurgicale de très peu et, en même temps que la voix, a retrouvé un équilibre à sa vie. 

Dans la majorité des interviews qui lui sont consacrées, Garou est décrit comme un artiste « sympa » et « ouvert ». Toujours dispos pour répondre aux questions, il n’oublie jamais de remercier sur les pochettes de ses albums ses fans, ses amis et les responsables de sa firme de disques. Il dit « tu » quand il s’adresse aux journalistes. Se souvient de votre nom et évoque le plus naturellement du monde une anecdote remontant à votre dernière rencontre pour montrer qu’il vous situe très bien. 

Ce jour-là, le Québécois effectuait « un marathon promo » comme on dit dans le métier. Arrivé de Paris en début de matinée, Garou a enchaîné interview sur interview, jusqu’à l’heure du dernier Thalys. « Télés, radios, rencontres avec les fans… Il a accepté toutes les sollicitations sans sourciller. D’habitude, un artiste qui fait un aller-retour sur Bruxelles prévoit un break pour déjeuner ou se reposer. Ce n’est pas le cas de Garou. Il a avalé un sandwich dans la voiture qui le ramenait d’un studio télé. C’est un vrai professionnel qui ne considère pas le service après-vente comme une corvée », résume une attachée de presse de la firme de disques. 

Sorti le 1er mars, « Routes » caracole déjà en tête de classements des meilleures ventes de DVD musicaux. « Pour être honnête avec vous, je ne voulais pas sortir de DVD après ma tournée 2004. J’avais en tête un autre projet plus fou encore, axé davantage sur le film que sur la captation d’un concert. Mon entourage m’a convaincu en insistant sur le fait que ce serait un beau souvenir pour les fans », explique Garou en allumant une cigarette de marque canadienne. 

Nous pensions que vous aviez arrêté de fumer depuis vos problèmes aux cordes vocales survenues l’été dernier ?

Garou. – Je ne parviens malheureusement pas à éviter tous les excès, mais je les contrôle. Je n’ai pas encore arrêté de fumer. Je freine la consommation. C’est la première étape. 

Que s’est-il passé, au juste ?

Garou. – Ma voix a été victime de ce que les médecins ont appelé « un coup de fouet ». Cela a pu être causé par le froid, une note que j’ai mal poussée ou tout simplement la fatigue. Plutôt que de faire face à la réalité, j’ai pris des médicaments et j’ai continué à cogner dessus. La situation a empiré au point de me contraindre à annuler des concerts. 

Avez-vous songé que c’était peut-être la fin du rêve pour vous ?

Garou. – Comme la situation ne s’améliorait pas, j’ai vu la plus grande spécialiste des cordes vocales à New York. C’est elle qui soigne les chanteurs d’opéra, les voix de Céline Dion, Mick Jagger ou Elton John. Elle m’a dit que je devrais être opéré et m’arrêter de chanter pendant au moins un an. J’ai pris une baffe dans la gueule car je savais que je ne pouvais accepter un tel diagnostic. Je suis rentré chez moi à Montréal et je me suis reposé en m’astreignant à un régime strict : plus de tabac, plus d’alcool, plus de nuits blanches. J’étais avec ma fille Émilie (3 ans, qu’il a eue avec le mannequin suédois Ulrika – NDLR). Le plus dur, c’était que je ne pouvais pas lui parler. Au bout d’un mois, le mal était réparé. Maintenant, je fais gaffe. 

Ça vous a servi de leçon ?

Garou. – C’était mon premier break depuis la comédie musicale Notre-Dame de Paris, il y a cinq ans. Au début, j’ai vraiment flippé et puis je me suis mis à positiver. Je me suis dit que, même avec ce problème aux cordes vocales, je pourrais continuer à exercer mon métier. Je connais comme vous beaucoup de chanteurs sans voix qui ont du succès. Je me suis rendu compte également que j’avais beaucoup de caractère. J’ai expliqué au médecin que je ne voulais pas de cette opération, que j’allais m’en sortir. Et j’y suis arrivé. 

Dans votre nouveau DVD, on découvre votre garde du corps personnel, Hugo. Il vous protège de qui ?

Garou. – Je connais Hugo depuis mon enfance. Il habitait dans ma rue, à Sherbrooke (sa ville natale, entre Montréal et Québec – NDLR). Hugo gère les débordements de foule et la sécurité aux concerts, mais c’est bien plus qu’un garde du corps. Il me protège surtout de moi-même, du syndrome de la star. Quand je décolle un peu trop, il n’hésite pas à me ramener sur la terre ferme : « Garou, là tu fais le con, ressaisis-toi ! » Comme il ne prend pas des pincettes avec moi, je l’écoute. 

Il y a un dicton qui dit que l’entourage d’un artiste tue l’artiste.

Garou. – C’est vrai, il faut bien choisir. Quand vous atteignez un certain degré de notoriété, rien n’est plus facile que de s’entourer d’une cour qui approuve tout ce que vous faites et crie au génie dès que vous poussez une note. Cette garde rapprochée peut annihiler toute remise en question et toute autocritique. Je préfère rester avec les proches qui me suivent depuis mes premiers pas. La relation est plus saine. Outre Hugo, qui est un pote d’enfance et me connaît mieux que quiconque, mon directeur musical était aussi là à mes débuts. Idem pour mon directeur de tournée qui est l’ancien propriétaire du bar de Sherbrooke dans lequel j’ai commencé à me produire. Tous les jours, ils me rappellent d’où je viens. Je n’accepte pas facilement les critiques, mais je serai déçu s’ils n’osaient plus me contredire. 

A qui faites-vous écouter en premier lieu les maquettes de vos chansons ?

Garou. – A René Angélil et Céline Dion. Ils sont un peu retirés du monde depuis qu’ils vivent à Las Vegas. René a toujours un avis détaché, très pertinent. Je viens de faire un truc un peu spécial en studio. Je le lui ai envoyé par Internet. J’ai hâte d’avoir de ses nouvelles. Avec Céline, c’est plus un rapport frère-sœur. Elle suit de très près ce que je fais mais ne se permet pas de donner un avis tranché. On est du même côté de la barrière. René porte plutôt un regard extérieur. 

Vous avez fait vos classes dans les cafés de Sherbrooke. La meilleure école ?

Garou. – Et aussi la plus dure. Dans les bars, vous devez capter l’attention. C’est tout le contraire de la Star Academy, où de millions de gens vous regardent chanter, mais aussi vous brosser les dents ou prendre votre douche. Dans un cabaret, vous savez que les clients ne viennent pas pour vous. Ils veulent boire un verre, draguer une nana, passer du bon temps. Et puis, au fond de la salle, il y a un type avec une guitare. On ne doit pas voter pour lui. Si le public n’aime pas, vous terminez dans la rue sans avoir été payé. Si c’est bon, vous avez le droit de continuer. J’avais un avantage par rapport aux autres chanteurs. Ma voix me permettait d’attaquer plusieurs registres. Je faisais le Bob Dylan folk avec ma guitare acoustique, mais j’avais aussi un groupe de jazz et un autre de rock avec lequel je reprenais les Beatles, les Stones ou James Brown

Que retenez-vous de cette expérience ?

Garou. – Je me suis rendu compte que je ne ressentais pas le moindre trac. C’est ma grande force et c’est très déroutant pour les musiciens qui m’accompagnent. Je peux faire le con cinq minutes avant de monter sur scène, bavarder avec un pote en prenant un whisky au bar et chanter ensuite devant 5.000 personnes sans avoir besoin de me concentrer ou de prendre mes repères. C’est peut-être dû au fait que je n’éprouve aucune crainte à faire des erreurs. Les chanteurs trop pointilleux, ça m’énerve. 

Les poils qui se dressent, la boule dans le ventre, l’envie de vous cacher derrière le rideau, vous avez dû connaître, pourtant ?

Garou. – Peu de temps avant sa disparition (le 30 novembre 2001 – NDLR), j’ai eu l’énorme chance de chanter avec George Harrison. Je chantais lors d’une soirée privée à Montréal. L’organisateur m’a demandé si je pouvais accueillir un artiste qui se trouvait dans la salle et qui voulait m’accompagner à la guitare. Harrison est monté sur scène et on a fait ensemble Here Come The Sun. Là, j’avoue que j’ai beaucoup transpiré. Après cinq minutes, je croyais que c’était fini, mais il a continué. Nous avons joué ensemble pendant deux heures. Le sommet artistique de ma vie ! 

Et le pire moment ?

Garou. – L’année dernière, j’étais assez frustré quand mon disque en anglais n’est pas sorti, prétendument pour des raisons stratégiques. J’avais vraiment envie de le défendre. Maintenant, j’ai compris. Je sais qu’il existe, que le disque est bon et qu’il faudra le commercialise au bon moment, j’espère cette année. 

Propos recueillis par Luc Lorfèvre.

 

SUR LA ROUTE DE FOREST NATIONAL 

Hésitant dans un premier temps, Garou s’est finalement beaucoup investi dans ce double DVD. « J’ai visionné une quarantaine d’heures d’images. Déjà que je déteste me voir à l’écran, mais là je devais aussi choisir les meilleures images. Le premier DVD mêle chansons live et séquences filmées au cours de la dernière tournée. Des cinq villes que nous avions choisies, on a retenu le concert de Forest National le 23 octobre 2004. Les conditions techniques y étaient parfaites et c’est franchement le meilleur public. C’est chez vous que j’ai donné mes meilleures shows. Je sais que ça peut paraître démago, mais ne croyez pas que je dis toujours ça en France, en Suisse ou au Québec. Il y a une chaleur et une proximité à Forest qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. »