TOUT 1NFO

Semaine du 14 au 20 juin 2006


GAROU
« sans concessions »


Après un an d’absence, Garou revient sur le devant de la scène avec un troisième album pop-rock qui porte son nom. Dans la foulée, le crooner québécois s’apprête à entamer une grande tournée française qui passera par le Galaxie d’Amnéville le 29 novembre.


Rencontre avec un artiste simple et chaleureux qui a le triomphe modeste.

 


REPÈRES :

- 1972 : naissance de Pierre Garand le 26 juin à Sherbrooke, une ville de la région de l’Estrie au Québec. Il a une sœur de huit ans son aînée, Maryse.
- 1975 : son père lui offre sa première guitare. Garou n’a que 3 ans !
- 1977 : découvre le piano et, peu de temps après, s’initie à l’orgue
- 1987 : devient guitariste d’un groupe formé à l’école, The Windows and Doors.
- 1991 : s’engage dans l’armée canadienne en tant que…trompettiste de la fanfare.
- 1993 : après l’armée, Garou enchaîne les petits boulots (déménageur, cueilleur de vignes, vendeur de vêtements). Il se fait remarquer dans un bar où il est engagé pour jouer son premier spectacle solo, la guitare en bandoulière.
- 1995 : fonde le groupe The Untouchables composé entre autres d’un trompettiste, d’un saxophoniste et d’un tromboniste.
- 1997 : décroche le rôle de Quasimodo dans la comédie musicale Notre Dame de Paris écrite et composée par Luc Plamondon et Richard Cocciante.
- 1999 : remporte le trophée Félix Révélation au Québec, un prix aux World Music Awards pour la chanson Belle de même qu’une Victoire de la Musique en France pour cette même chanson. Cette même année, il fait la connaissance de René Angelil, le mari de Céline Dion qui devient son agent.
- 2001 : sortie de son premier album intitulé Seul écoulé au total à 2,5 millions d’exemplaires. Il enchaîne sur son premier Olympia.
- 2002 : reçoit une Victoire de la Musique pour la chanson Sous le vent en duo avec Céline Dion. Aux NRJ Music Awards, il est sacré Artiste masculin francophone de l’année.
- 2003 : parution de son deuxième album Reviens, vendu à un million d’exemplaires.
- 2006 : sortie de son troisième album studio sobrement baptisé Garou. Entame une nouvelle tournée.

 


LES PASSIONS DE GAROU :

- La cuisine : « Je possède trois restaurants à Montréal, j’ai vraiment envie de pousser ces choses là, mais je ne cuisine pas ! J’adore la bouffe et merci à la France d’ailleurs parce que ce sont mes tournées ici qui m’ont fait aimer la gastronomie et les bons vins. Mon plat fétiche ? Je travaille avec un cuisiner français qui fait un pavé de thon cru avec un foie gras poêlé dessus, c’est une montagne de bonheur ! »
- Le cinéma : « Pour moi, c’est l’évasion. Donnez-moi du pop-corn et un bon film en DVD à regarder à la maison et je suis le plus heureux des hommes. Mon film préféré c’est « L’itinéraire d’un enfant gâté » de Claude Lelouch avec Belmondo, il y a dans ce film magique une attente passionnée qui est extraordinaire. Sinon, depuis Notre Dame on m’a proposé des rôles, mais je n’arrive pas à bloquer une période pour faire ça. Et puis il n’y a pas d’urgence, le cinéma on peut en faire à 45 ans. »
- Les femmes : « Les femmes c’est aussi une de mes grandes passions ! Je suis charmé par les femmes, elles sont fabuleuses. J’ai un respect fou pour elles, je les mets vraiment sur un piédestal. Et pour me séduire, il faut qu’elles soient vraies, sincères. Mais en définitive chacune d’elles a ses charmes. »

 


INTERVIEW :

- Ce nouvel album marque-t-il une évolution ?
Oui, c’est l’album de la maturité. Surtout, avec mon équipe, nous avons pris le temps de le faire car, pour une fois, il y avait zéro urgence, zéro deadline. C’est peut-être aussi pour ça que j’ai voulu l’appeler Garou, point. C’est le disque que j’aurais voulu faire dès le début, il s’écoute du début jusqu’à la fin car il est plus cohérent.

- C’est-à-dire ?
Dans mes précédents albums, il y avait des styles de chansons qui n’allaient pas forcément les uns à côté des autre, où les sujets abordés n’avaient pas la même intensité. Là, mon disque est plus homogène, mais pas linéaire. Comme dans tous mes spectacles, j’aime qu’on parte un petit peu dans tous les sens parce que j’adore l’éclectisme.

- L’atmosphère de ce disque est plus rock…
Exact. Il y a quand même pas mal de ballades. On a aussi travaillé sur les cordes car, ce qu’on entend avec le rock très souvent, ce sont des pads de claviers avec un son de strings (cordes) mais tu sens qu’il n’y a pas de véritable arrangements. Dans la musique classique aussi, il y a eu des arrangements d’une beauté extraordinaire réalisés avec les instruments les plus vieux du monde. Pourquoi on n’arriverait pas à adapter ça au rock ? Et c’est vraiment le plus gros travail qui s’est fait ici en studio, à Paris et à Los Angeles, avec des musiciens qui travaillent sur des musiques de films.

- Avez-vous fait des concessions pour cet album ?
Zéro. La seule concession, c’est moi qui me l’a suis imposée : je voulais avoir 12 titres. Pour ce disque, j’ai quand même reçu 158 propositions de chansons ! On s’amusait à les compter. Mais j’étais convaincu que ça n’allait pas marcher parce que c’est difficile de faire un choix et, finalement, ça s’est fait naturellement.

- Dans ce disque, vous parlez d’amour mais pas seulement…
Je parle de ma fille sur la chanson Quand je manque de toi parce que ça me fait mal quand elle n’est pas à mes côtés. J’évoque aussi des sujet comme l’injustice, la trahison. Dans le titre Plus fort que moi, je dis que l’excès c’est plus fort que moi, que je suis debout et que je tiens la route quand même quand il y a des déceptions. Donc je m’inspire de ces moments difficiles parce que dans la vie j’aime jouer avec ces émotions qui font souvent très mal. Mais je n’en ressors pas malheureux, au contraire je pense que ça exorcise.

- Vous déclarez être quelqu’un d’ « excessif dans le travail, excessif dans la vie ».
La passion c’est un mot que j’adore et je suis excessif dans tout. J’essaie toujours de pousser les choses plus loin. Je suis excessif dans le nuit aussi, quand je fais la fête j’ai du mal à m’arrêter, j’ai une soif de la vie… Je suis excessif aussi dans l’amour que j’ai pour ma fille.

- Comment s’est passée votre première collaboration avec Pascal Obispo ?
Je n’ai pas l’impression que c’est notre première collaboration parce qu’on se connaît depuis super longtemps, on est très proches. Pour l’anecdote, je pensais que Pascal allait être vraiment dur en studio, il est tellement perfectionniste. Et en fait, on s’est amusés comme des fous ! Et c’est pareil quand on se croise sur les plateaux télés.

- A propos, pourquoi n’écrivez-vous pas vos propres textes ?
Parce que je n’ai pas envie de me forcer à le faire. Pour l’instant je suis plus stimulé par les collaborations. Mais c’est bizarre parce que, quand j’avais 14 ans, jamais je n’aurais dit que je deviendrai chanteur, j’étais beaucoup trop timide pour ça, par contre je gagnais des prix de poésie. Et là, je ne sais pas pourquoi j’ai arrêté complètement, je n’ai pas envie. Je vis tellement intensément que je ne prends pas le temps de m’arrêter pour écrire.

- Enregistrer un album de blues, ça vous tenterait ?
Oui, un jour j’aimerais faire un album de vieux blues. Mais je trouve que mon parcours musical est très cohérent parce que mon disque est encore très rock. Mais c’est sûr que, entre faire une vieux rock en anglais de Led Zeppelin et faire le même truc en français aujourd’hui, c’est moins évident. Il y a une émotion avant tout, c’est un truc qui « fait mal ». C’est un petit peu triste de reprendre ça aujourd’hui avec les trois accords et le même forme que le blues originel, il faut avoir un prétexte pour de bon, et justement j’ai des spectacles pour faire ça.

- L’album en anglais est-il toujours d‘actualité ?
Mon deuxième album devait être en anglais mais à cause de la déstructuration des compagnies de disques et de la fusion SONY-BMG, ça n’a pas pu se faire. René Angelil, mon agent, et Mario Lefebvre, mon manager, me poussent à faire une carrière mondiale, mais j’hésite parce que je ne sais pas si j’ai vraiment envie d’être connu dans le monde entier ! (rires) Mais quand j’ai signé avec René Angelil, c’était un peu pour ça, c’est Céline [Dion] qui m’a dit : « tu es déjà connu en francophonie et nous on voudrait que tu fasses une carrière mondiale ». Et puis si ça n’arrive pas, je sortirai quand même un album en anglais parce que ça a toujours été naturel pour moi de chanter dans cette langue.

- Que faites-vous pour rester au top ?
Ça, c’est le public qui choisit. Mon but, c’est que les gens soient heureux. Je dirais même que les chiffres de ventes d’albums ne sont pas représentatives pour moi, je considère que le véritable succès, c’est le nombre de fois que les gens vont écouter un album ou à quel point une chanson va les toucher. Je fais ce métier là pour le public. Et aujourd’hui je nage en pleine confiance avec ce nouvel album, déjà parce que tout le monde me dit que c’est de loi mon meilleur, c’est bon d’entendre ça.

- Aimez-vous votre voix ?
Je l’aime d’abord parce qu’elle a du vécu !(rires.) Aussi parce que je l’ai forgée comme ça et puis elle me représente mais je n’aime pas m’écouter. Par contre j’aime ce que j’en fais parce que je vis cette résonance-là, je pense que la voix est une représentation de la personne. Je me souviens, petit, quand j’allais à l’église, on disait : « chanter c’est prier deux fois », ça m’est toujours resté, je trouve ça très beau comme image.

- Avez-vous été victime d’injustice au cours de votre carrière ?
Dans le show-business, il y a des requins partout qui se croient tout permis. C’est drôle, c’est un métier qui devrait être basé sur les bonnes valeurs parce que ça fait rêver tout le monde. Il y a de la jalousie même de la part d’autres artistes. Mais c’est vrai que les médias aujourd’hui jouent tellement du coude que, des coups dans le ventre, des coups dans le dos, on en reçoit constamment.

- Comment réagissez-vous aux critiques ?
J’aime les lire, des fois on ne me les montre pas parce que ça me blesserait mais j’aimerais tout savoir. Et je fais parfaitement la différence entre une critique de « mauvaise langue » et une critique constructive. Moi, j’ai déjà entendu dire : « Pourquoi il ne fait pas un album plus blues ». Faire un album de blues, ça me coûterai 2000 euros, je le ferais en une semaine chez moi avec des potes et ce serait super facile à réaliser, tandis que là, on a des gros moyens, on est généreux, on est avec des musiciens tops pour donner le maximum. Et puis à côté de ça, t’entends parfois une petite chanson avec une guitare acoustique interprétée par quelqu’un qui ne sait même pas chanter, et les critiques crient au génie, ça m’impressionne un peu.

- Quelle critique vous blesserait le plus ?
Si on disait que je ne suis pas généreux et que je ne me donne pas en spectacle, ça me toucherait, mais ça ne me ferait pas de mal car je sais que ce n’est pas vrai.

Interview réalisée par Ingrid POHU
 


FORT COMME UN ROCK :

Le nouvel album de Garou est un bon cru. Logique quand on découvre la liste des auteurs compositeurs qui ont signé les douze morceaux : Jean-Jacques Goldman, Tino Izzo, Pascal Obispo, Luc Plamondon, Jacques Vénéruso… Bref, des faiseurs de tubes en pagaille ! Et dès le titre d’ouverture, Le temps nous aime, Garou nous entraîne sur les sentiers d’une pop-rock énergique adoucie par une pluie de cordes distillées tout au long du disque. Côté ballades, le crooner québécois ne fait pas dans la demi-mesure. Surtout quand il adresse à sa fille de 5 ans, Emely, une touchante déclaration d’amour sur Quand je manque de toi. Avec une voix rauque et puissante qui sait aussi se faire caressante, Garou défendra ces chansons inédites sur scène dans un spectacle tout neuf qui sera selon lui à la fois « intime, grandiose et hallucinant ».