TOUTCHANSON

Le jeudi 23 décembre 2004

Quand Garou passe sa route 

Interview : Carlos Sancho 

Garou a commencé par le piano-bar, et ce n'est que depuis Notre Dame de Paris qu'il a découvert cette vie de tournée si excitante, qu'il nous commente 

Les tournées restent toujours les moments les plus forts pour un artiste. Tous vous le diront, c'est exceptionnel. Vraiment. Certains vous confieront même qu’ils ne font des disques que pour partir en tournée. En résumé, c'est un vrai métier de bohème. Toutefois, derrière une vie de saltimbanque aussi jouissive, les choses ne sont pas aussi faciles et simples qu’elles n’y paraissent. Le travail pour nous distraire est considérable. La rigueur n'est pas uniquement de mise sur scène. Loin s'en faut. Le parallèle entre les sportifs et les chanteurs est bien réel, même si ces deux professions sont pour autant si distinctes. Eh oui, car chanteur c'est aussi une profession, ce n'est surtout pas qu'une passion, même si beaucoup le pensent. Et la rigueur et la volonté se révèlent indispensables dans ces deux univers. Toutefois, celui de l'entertainment, comme l'appellent les anglo-saxons, comporte un avantage non dissimulé : une vie de plaisir pour un métier de rêve, malgré les quelques petits inconforts. Mais le mieux n'est-il pas que Garou nous l'explique ? Si, bien sûr, la parole est désormais donnée à la défense. 

C'est quoi la vie de Garou en tournée ? 

Vivre ma vie comme un gitan. C'est toujours difficile de se trouver loin de sa maison. Pire, enchaîner les nuits dans les chambres d'hôtel n'est pas une sinécure ni des vacances. Cependant, cette vie constitue tout ce que j'aime. Cette fois, je suis ravi d'avoir pu me rendre dans des pays où je n'étais jamais allé auparavant. Les mœurs et les cultures se révèlent différentes et le public ne réagit pas de la même manière d'un pays à l'autre. Cela me permet de ne pas sombrer dans la routine. 

En changeant d'environnement et de pays, changes-tu aussi ton répertoire en l'adaptant au pays ou la région ? 

Non, j'essaie de le changer le moins possible. Il se révèle tellement représentatif de ce que je suis à l'heure où nous nous parlons que je ne tiens absolument pas à le modifier. Aujourd'hui, pour mon spectacle, comme en tournée, tout ce que je fais ou je chante me représente tel que je suis réellement,. Je tiens donc à la transparence la plus absolue partout où je chante. En revanche, des chansons comme Gitan, que je chante en troisième dans les concerts français, en Pologne par exemple, se trouve dans le rappel. Comme ce fut le plus gros succès que j'ai eu dans les Balkans, il paraît normal que je l'interprète à la fin de mon concert. Mis à part ce type de changement, je n'en tolère aucun autre. 

Ton public est-il francophone dans ces pays-là ? 

Non pas nécessairement, c'est étonnant. Ce fut fascinant de constater à quel point les gens connaissent les paroles par cœur. 

Tu ne chantes qu'en anglais ? 

J'ai inclus quelques reprises supplémentaires dans le répertoire hors pays francophones. Toutefois, je reste un ambassadeur de la chanson française. J'y tiens. 

Fais-tu lors d'une tournée, une distinction particulière en fonction du lieu ou des gens ? 

Non. Pour moi, lors d'un concert, je ne m'adresse qu'à une personne de mon public. Alors qu'il soit lyonnais, libanais, tunisien, ou québécois, je ne veux pas faire de différence. Cependant, il s'en effectue une naturelle lorsque je me produis à Paris. J'ai fait bien plus de spectacles en France que n'importe où ailleurs dans le monde, y compris au Québec. Ma carrière a vraiment débuté ici en France avec la comédie musicale Notre Dame de Paris. Ce furent six mois magiques au Palais des Congrès de Paris. Comment pourrais-je l'oublier ? 

La vie en tournée, c'est aussi les changements d'hôtels. Quels en sont les avantages et les inconvénients ? 

L'inconvénient reste avant tout d'être éloigné de ma fille et le manque de mémoire qui m'empêche de me souvenir de toutes les informations liées à cette vie de bohème que j'adore. L'avantage, c'est la découverte et le changement que je trouve très excitants. J'aime cette instabilité. Elle constitue le principal défaut de la superbe qualité de notre merveilleuse existence. Toutefois, les premières minutes que tu passes dans chaque chambre d'hôtel se révèlent toujours une angoisse. Tu n'as pas le temps de t'habituer à un tel changement quotidien. Ensuite, cela va toujours mieux dès que je pense aux gens que je vais retrouver le soir lors de mon spectacle. 

Une tournée, cela constitue néanmoins aussi une fête permanente. Par ailleurs, ta réputation de bon vivant te précède toujours autant, alors comment vis-tu maintenant les after shows ? 

Je suis bien plus tranquille et bien plus sage qu'avant (rires). Si avant j'allais de boîte de nuit en night-club, désormais ce sont davantage les petits dîners entre amis dans de très bons restaurants que j'affectionne. Avant, je ne cessais de demander les adresses de tous les lieux où je pouvais trouver un maximum d'action dans chaque ville ! Les trucs les plus fous ! Il fallait impérativement que je les trouve…. 

Si tu te produis plusieurs soirs dans la même salle, changes-tu des choses afin d'éviter la routine ? 

Il en existe toujours qui bougent dans un spectacle, mais bien moins qu'avant. Pendant ma période de piano bars, j'étais redoutable pour mes musiciens. Je ne faisais jamais deux fois de suite la même chose et je partais toujours dans tous les sens. J'ai joué dans le même endroit pendant cinq ans, oui là, l'habitude peut très vite s'installer. Quatre soirs d'affilée au Zénith, non. C'est impossible. C'est trop peu pour m'ennuyer et de toute façon je me refuse de faire passer mes humeurs ou mes émotions dans un concert. 

Finalement, pour jouer dans les piano bars, il faut aimer le goût du risque et depuis Notre Dame de Paris, tu sembles t'être drôlement assagi, N'as-tu pas perdu ce fameux goût, depuis que tu es devenu populaire ? 

Excellente question… (il réfléchit longuement). En fait, aujourd'hui ce métier se révèle bien plus risqué que jamais. Il est devenu très difficile. Il y a une heure de cela, j'avais Isabelle Boulay au téléphone et nous nous disions que nous ressentions maintenant bien plus de tension dans le métier qu'auparavant. Rien n'est jamais gagné d'avance. Tout va si vite. Je peux très bien me retrouver face à un public qui s'est acheté avec plaisir, six mois avant le spectacle, des billets pour venir me voir et se rendre à ce dit concert avec une réelle démotivation car je serais devenu totalement démodé. C'est la dure réalité. Donc, si je continue à exercer ma profession, c'est que j'aime toujours autant le risque, et le challenge existe toujours chaque soir, mais de manière différente, il est vrai. 

As-tu l'impression que tu es pris au piège de ta propre starification ? 

Peut-être que nous nous formatons un peu en exerçant ce métier. C'est inévitable, mais pourquoi ? Certainement inconsciemment par peur, mais surtout par respect du public. Il a payé sa place de concert et il vient réclamer un chose que nous nous devons de lui donner. Je trouve injuste de partir dans tous les sens sens penser à ses desiderata. Mon objectif est de le surprendre et de le respecter, mais pas de le dérouter. 

Laisses-tu alors une place à l'improvisation pour étonner l'audience afin de mieux la conquérir ? 

Je rêve de la spontanéité répétée. Le spectacle se trouve déjà tellement bien monté désormais en spontanéité que je n'ai besoin d'en rajouter d'avantage. Alors, si je modifiais une partie de mon spectacle, j'aurais l'impression de calculer et cela je ne le veux pas. Pour rigoler, lors des répétitions, j'ai repris au piano quelques mesures de Hey Jude et nous avons tellement ri que nous avons décidé de les garder telles quelles pour la tournée. Depuis, seuls les solos diffèrent parfois ainsi que mes interventions entre les chansons que je ne calcule jamais. En revanche, lors des balances de son, je m'éclate en partant dans tous les sens. Là, nous en profitons. Nous parcourons tous les univers musicaux car c'est avant tout ma culture musicale. Cela ne m'est pas vital non plus, pour faire la même chose le soir en concert. Lorsque je voudrai le faire, je n'hésiterai pas une seule seconde. J'ai ma liberté absolue. Dans ce métier tout est permis. En prime, je reste mon seul patron, alors je fais ce que je veux. 

As-tu besoin d'avoir des points de repère précis pour qu'une tournée te semble plus rassurante ? 

Je suis vraiment content que tu me poses la question. Tu as raison, rien n'a changé dans cette partie de mon spectacle et je suis ravi que quelqu'un s'en soit rendu compte. Nous avons tenté de le changer plein de fois. Nous n'y sommes jamais parvenus. Mon public est habitué à celles qu'il a entendues en 2001 avec Sex Machine, Shout et Everybody Needs somebody. Il se révèle difficile de l'en priver. Dans ce domaine, je fonctionne un peu comme Bruce Springsteen qui refait toujours le même medley rock à la fin de ses concerts. Nous avions monté une sélection différente mais les réactions n'ont pas suivi, j'attends ce moment avec impatience. Le public a associé ces titres à Garou et non plus aux interprètes originaux. 

As-tu en tournée un rituel auquel tu ne déroges pas ? 

Oui. Si la loge se trouve trop loin de mes musiciens et que je ne peux leur serrer la main avant de monter sur scène, cela m'énerve. Dans ce cas, je leur souhaite, une fois sur les planches, un bon show à tous pour me rattraper. J'ai aussi un ange gardien (féminin) auquel je dédie tous les soirs mon tour de chant. Chaque soir, je pense à elle et j'espère qu'elle écoute. (A ce moment-là, mon téléphone sonne et Garou me dit en riant que c'est justement elle qui cherche à me joindre…). 

Changes-tu ton hygiène alimentaire en tournée pour entretenir ta voix rauque ? 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous pouvons développer en tournée une certaine routine, à la différence de la période promo où je ne sais jamais dans quel pays je me trouve, et ce que je vais devoir faire le lendemain. Alors, pour les concerts, avec une bande de copains, nous tentons de nous retrouver pour nous motiver ensemble pour faire du sport ou bien manger. 

Et que manges-tu alors pour garder la forme ? 

Nous essayons, ce qui n'est pas facile, de ne pas trop manger de pain et de pâtes (rires) !!! Nous suivons le mode Atkins. Un régime à base de protéines uniquement, qui est très populaire au Canada. Alors, lorsque nous jouons dans certains endroits, nous allons toujours visiter un des meilleurs restaurants de la ville pour nous taper une vraie bouffe après le spectacle. Une orgie gargantuesque. Une bonne choucroute à Strasbourg, voilà la pire des choses que tu ne dois pas faire et que nous faisons avec plaisir… (rires) Imagine : moi qui me définis comme un bon vivant et gros consommateur, lorsque je tombe dans le pays du foie gras (éclats de rires) !!!! 

Comment procèdes-tu quant au choix de tes chansons ? 

Lorsque je fais un album, je le pense pour la scène. A partir de là, ma set list se dessine d'elle-même. Ceci explique pourquoi mes deux albums se tiennent et qu'ils se révèlent cohérents… 

Comment deux disques !!! Tu en as fait trois, l'aurais-tu oublié ? 

(L'air sûr de lui) J'ai fait deux albums. (Il réfléchit) Mais oui, tu as raison. Nous aurions pu déjà même sortir celui en anglais il y a un an et demi ! Si tu savais comme j'ai hâte de te faire écouter les titres ! Maintenant, avec toutes les nouvelles chansons que j'ai reçues, je pourrais presque en faire un double album. En le réécoutant la semaine dernière, j'étais tellement excité que je l'ai fait écouter à quelques amis. Ils sont tombés par terre. Rassure-toi, même si le métier se transforme et que cela complique tout, il verra très bientôt le jour. Ma seule crainte est que le public français risque de croire que je les abandonne avec ce disque en anglais. En tous les cas, je travaille en ce moment sur mon troisième disque en français, mais je t'en dirai davantage la prochaine fois. 

En peu de mots, et pour finir, comment qualifierais-tu la vie de tournée ? 

Communion à domicile.