TOUTCHANSON

Le samedi 27 novembre 2004



Reportage : Carlos Sancho / Photos Agence Alamo – Baptiste Caraux – Sony  

Garou est revenu 

Trois ans après son premier Zénith de Paris, Garou a récidivé quatre soirs à guichets fermés avec un spectacle encore plus fort, au sein d’une longue tournée à travers toute la France. 

Depuis son dernier passage au Zénith, en automne 2001, Garou s’est taillé une solide réputation scénique. Nul doute que ses années de piano-bar lui ont servi pour s’imposer comme l’artiste de scène le plus doué de sa génération. A le voir communier avec son public, on n’en doute pas une seule seconde. Sa générosité n’est plus à démontrer. 

EN BLEU ET VERT 

La première partie assurée par Marilou le 10 novembre s’achève à 21 h 05 pour le début du concert du Québécois à la voix grave et bluesy. Garou en pleine forme, même si sa voix semble plus sur la corde que d’habitude. Prière indienne a la lourde tâche d’être en ouverture. La scène est splendide. Sous une lumière rouge, les musiciens démarrent en trombe en attendant l’apparition du chanteur. Des poursuites blanches le suivent courant vers le public, pressé de le retrouver, avec sa guitare acoustique en bandoulière. Une chanson rock pour une voix rauque et un public exalté. Une ovation l’accueille. La scène lui appartient. Il enchaîne alors en guitare-voix avec Reviens. Les spectateurs battent le tempo de tout leur cœur afin d’inviter les autres musiciens à s’engouffrer dans la brèche musicale. Le mélange de lumière bleue et verte donne un ton très intimiste tandis que les faisceaux blancs en mouvement balayent les gens pour mieux les découvrir. Garou lâche ensuite sa guitare, sous une teinte orangée, pour attaquer Gitan. Il s’installe sur le bord de la batterie et laisse ainsi observer les flammes qui apparaissent sur les multiples écrans du fond. Les deux guitares acoustiques bercent sa voix. Il récupère sa guitare et parle. Il explique à quel point Paris demeure un lieu important dans sa vie, son cœur et son job. Tout a commencé ici et il le sait. Passe ta route démontre ensuite l’étendue de la voix et la communion que Garou possède avec son audience féminine. Les lumières mauves accompagnent le premier solo de guitare. Première reprise : You Can Leave Your Hat On, popularisé par Joe Cocker. Il se met dans le rôle de Kim Basinger. Avec un déhanchement à la Elvis Presley qui excite le premier rang sur une lumière vive teintée de jaune… Les guitaristes se placent à l'avant de la scène pour faire monter encore un peu plus vite la pression. 

Le bassiste joue au médiator et apporte ainsi un son bien rond qui fait danser les spectateurs sur Pour l'amour. Toujours sous des lumières vives, les écrans montrent des cœurs et des visages de femmes. A la fin de la chanson, Garou s'asseoit, prend une fleur dans le public, puis sa guitare et prouve que les femmes ne sont pas si simples que cela, il les qualifie même de compliquées. Pour ce faire, il présente une étude comportementale à travers un superbe titre, dans le registre de Lynda Lemay, intitulé Les filles qui lui vaudra par moment les rares huées (sympathiques) féminines de la soirée. Un kaléidoscope de visages orne l'écran. Puis le québécois entame un bloc acoustique avec quatre titres. Il est 21 h 41. Il attaque Je n'attendais que vous. Ambiance piano-bar, quelques étoiles filantes nous accompagnent vers un autre voyage. Celui de l'émotion. 

Suit l'éternelle Belle. Un succès planétaire de Notre Dame de Paris, mais réorchestré : interprété au banjo, avec un piano, un accordéon, une cithare, un violon et une guitare acoustique. Tous les musiciens se trouvent sur le devant de la scène alors que l'ex-Quasimodo s'asseoit par terre juste devant le public. Il interprète après Rigodon, une ballade country qui vaudra à Garou de se faire siffler encore par les filles lorsqu'il dira en plaisantant : "Balayer la maison est une affaire de filles. Il ne faut pas changer un truc qui fonctionne. Chacun a ses tâches à la maison." 

DES BEATLES A MICHEL SARDOU

Heureusement, la transition est là pour le sauver. Il finit cette séquence acoustique par une version raccourcie de Hey Jude, des Beatles : un couplet et la fin. Enfin, le public est venu entendre Garou, pas les Beatles, non ? Sous une lumière rouge et l'ombre chinoise d'une femme lascive, il interprète Une dernière fois encore. Les guitares rock et une basse heavy donnent le ton. Un des deux guitaristes glisse quelques gammes de blues afin de renforcer la voix. Un nouveau solo, distillé par le second guitariste permet une vraie envolée musicale. Le final où les deux guitares se répondent donne le frisson. Celui de la musique qui nous bouleverse. Ensuite, assis sur la sono, à droite, avec une lumière bleutée, Garou entonne son duo avec Michel Sardou par écran interposé, La rivière de notre enfance

L'amour est violent arrive comme un ouragan dans le spectacle qui s'était légèrement assoupi. Le son de ce hit se révèle grandiose par l'énergie débordante de Garou et le public magnifié par tant d'émotions et de vitalité. Le guitariste se met debout sur le piano et offre un solo qui explose la salle entière sous un faisceau blanc immaculé. Tout cet amour-là prend la suite, sous une teinte vert bouteille. Garou filme la salle avant de filer tout en chantant dans le noir.  

Nous le retrouverons en plein milieu de son public pour interpréter le second duo. Sous le vent, encore via l'écran. Une lumière toujours aussi blanche éclaire la scène. 

Après un bain de foule stimulant et une petite fille de 8 ans qui s'est retrouvée à chanter aux côtés de son idole, les fans l'ovationnent durant deux minutes !!! Seul l'un des plus gros succès que reprend l'assistance à tue-tête, marque l'un des points culminants de la soirée, chanté a-capella avant de s'achever sur un solo de guitare endiablé. La salle s'envole, jubile et Garou clame ses remerciements à son public parisien qui ne cesse de hurler en retour son amour au Québécois. "Merci Paris, pour moi c'est magique", s'écrie-t-il, lui qui est plébiscité depuis bientôt six mois dans toute la France. 

ROCKER DANS L'ÂME

Une fois les politesses achevées, Garou exécute un medley rythm'n'blues endiablé de 15 minutes. Le même qu'en 2001. Successivement, Sex Machine de James Brown, Everybody façon Blues Brothers, Shout version Beatles, et I feel good, de nouveau de James Brown. Un moment intense où Garou provoque la salle afin de la faire réagir à la frénésie de la soirée. Garou joue avec le tempo, tente de surprendre ses musiciens. Il danse et se trémousse tant qu'il peut. Il pousse l'ambiance jusqu'à son paroxysme. Un pur bonheur. Ce moment demeure très attendu par l'artiste, instant dans lequel il se donne comme un enfant qui a réalisé un rêve. Un gamin qui adore la musique. 

Arrive ensuite le premier rappel avec L'aveu. Une Stratocaster blanche vient soutenir la musique et la voix de Garou sous une poursuite blanche. La salle exulte. Il enchaîne avec Hemingway. Du gros rock qui tache avec une basse-batterie solide qui joue en profondeur dans le tempo et des guitares saignantes, deux Gibson qui vont se répondre jusqu'au final époustouflant. Le tout saupoudré de cuivres cinglants et d'une voix rauque puissante. Quant au second et dernier rappel, les deux titres qui s'enchaînent sont effectués a capella. Tout d'abord, Pendant que mes cheveux poussent chanté avec un public qui bat le rythme. Et ensuite Garou interprète seul Adieu pour terminer à 22 h 56 son show à l'américaine. Ce final clôt un spectacle très bien rôdé, riche en émotions et d'un professionnalisme extraordinaire. 

Il existe quelque chose de fusionnel entre Garou et son public, un courant de sympathie immédiate qui confère au chanteur cette immense popularité. 

M
ARILOU

Marilou, qui assure la première partie de Garou n'est pas une Lolita. Elle n'est pas non plus l'une de ces poupées préfabriquées, formatées, lancées sur le marché le temps d'un tube. Elle a 14 ans mais possède déjà une voix exceptionnelle, un métier de la scène étonnant, un charisme qui n'a d'égal que son don artistique inné. Passionnée de chant et de spectacles, elle s'est fait remarquer en novembre 2001 dans un gala au club Soda, par l'animatrice canadienne Clodine Desrochers.

Elle a ensuite chanté en duo avec Natasha St Pier puis a participé à l'émission spéciale La Fureur de Céline Dion, à Montréal, devant 15 000 personnes, et diffusée le 14 avril de la même année devant 2,5 millions de téléspectateurs. Depuis, sa carrière est lancée : elle a chanté en duo avec le baryton canadien Gino Quilico, Je serai là pour toi, et a signé un contrat avec Sony Music !

Dans le spectacle de Garou, Marilou interprète 5 titres, dont une reprise de son idole, Céline Dion : S'il suffisait qu'on s'aime, et envoûte la salle, telle Vanessa Paradis en son temps. Les similitudes se révèlent d'ailleurs assez nombreuses. Elle danse comme la Frenchie et aime la chanson autant qu'elle. La fille qui chante, dans son album qui sortira au début de 2005, sera un gros succès, nous en sommes sûrs. Décidément, avec Marilou et le nouveau Don Juan Jean-Philippe Breau, le Canada nous envoie une fois encore de futurs grands. Grâce au Québec, la chanson francophone est au sommet. On s'en réjouit et on en redemande.