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Semaine du 3 au 9
juin 2004 |
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Dans l’intimité d’un monstre sacré
A 32 ans,
le môme de Sherbrooke, au Québec, est devenu l’un des artistes francophones les
plus populaires au monde. Nous l’avons suivi dans sa tournée triomphale en
Russie. Instants privés avec un amoureux de la vie.
L’histoire,
entre larmes et rires, d’un garçon simple qui ne peut plus échapper à son
destin : conquérir le monde avec sa voix d’or |
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Quand ce
diable de Québécois a mis pour la première fois de sa vie les pieds en Russie,
la « garoumania » a aussitôt déferlé sur la place Rouge, qu’il arpente sourire
aux lèvres et sans lunettes noires. Recordman de ventes de disques avec « Seul »
et « Reviens » (trois millions d’albums vendus), audiences télé
pulvérisées, duos déjà quasi mythiques avec Céline Dion ou Michel Sardou,
l’ex-bossu de Notre-Dame de Paris triomphe au pays des Soviets où il est
devenu une véritable star, au même titre que Patricia Kaas ou Charles Aznavour.
Deux concerts pleins à craquer au cours desquels il déclenche l’hystérie :
Moscou, 5000 spectateurs en plein cœur du Kremlin, sous les fenêtres de Vladimir
Poutine ; Saint-Pétersbourg, 9000 fans dans une gigantesque aréna. Avant
d’entamer cette semaine des tournées en Pologne et en République Tchèque, puis
de parcourir toute la France jusqu’au 19 décembre.
Ses fans
russes apprennent par cœur ses tubes et les chantent phonétiquement
Garou, lui,
est euphorique : « Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un tel feeling. Je
ne savais pas très bien où j’allais en venant à Moscou. Ça fait drôle de voir
les Russes chanter mes chansons phonétiquement, s’amuse-t-il. Gitan, ils
la connaissent par cœur, mais je vois bien qu’ils ne disent pas les bons
mots ! » Un succès dû en grande partie à l’industrie du disque pirate, véritable
fléau en Russie. Mais Garou ne semble guère se formaliser de cet important
manque à gagner (on estime que neuf disques sur dix vendus dans ce pays sont des
copies) : « Les albums ne sont que des cartes de visite qui permettent ensuite
de faire des concerts. Et ma performance sur scène, personne ne peut les
pirater. J’adore me livrer au public », répète de manière paradoxale cet
agoraphobe. « Si je suis coincé dans la foule, je panique. J’ai toujours été
comme ça. C’est peut-être pour ça que je fais ce métier, j’arrive au moins à
avoir un espace vital sur scène. Quand j’allais dans les bars, il fallait
toujours que je sois dans un coin. » C’était pendant ses années de galère, de
cette vie d’avant, « mal balancée, avec des horaires de bric-à-brac », où l’on
« dort très peu, où l’on mange très mal ». Des bars où il ne va plus, ou de
moins en moins, même ici à Moscou : « Ça devient difficile », lâche-t-il.
Parano, Garou ? « Oui, là, un peu quand même… Les gens vont croire que je me la
joue parce que j’ai trois gardes du corps. Mais je n’ai pas envie de me la
jouer. » Les paparazzis ? « Pourquoi veut-on m’enlever la toute petite partie de
vie privée qu’il me reste ? » Le National Enquirer, un tabloïd américain,
lui a même prêté, il y a deux ans, une liaison avec Stéphanie de Monaco, à
l’issue d’un concert à Genève. « C’est une fille bien sympa, mais il n’y a rien
entre nous », rigole-t-il. Comme il dément, tout aussi amusé, la dernière
conquête en date que la presse people lui attribue, la chanteuse Natasha
St-Pier. « Mais je la connais depuis son enfance ! Ce serait presque de
l’inceste, si j’avais une histoire sentimentale avec elle. C’est ma petite sœur,
c’est mon pote, on se dit tout. Moi, j’ai trouvé très drôle de découvrir ces
photos volées, elle, un peu moins, car elle vit une très belle relation avec
quelqu’un. Je suis tellement discret dans mes aventures qu’on m’en invente,
c’est plus simple… »
D’ailleurs,
reconnaît-il sur le ton de la confidence, « en ce moment, je tombe facilement
amoureux. J’aime les femmes mystérieuses, celles que je n’arrive pas à capter.
Elles m’attirent irrésistiblement. Je suis un éternel romantique ». Est-il
aujourd’hui célibataire ? « Oui, tu peux l’écrire : Garou est à nouveau un cœur
à prendre », proclame-t-il derrière une vodka, ne dissimulant rien de sa rupture
consommée avec le top model suédois Ulrika, la mère de sa fille Emelie. « Nous
restons amis. Il y a trois semaines, je suis parti en vacances avec elle et
notre fille, à Los Angeles et à Las Vegas. Ça s’est merveilleusement bien passé.
Je veux être un père normal, même si je suis souvent absent. » Et les
admiratrices qui tournent autour de lui ? « J’ai un peu de difficulté avec ça.
J’essaie de calmer le jeu. J’ai surtout envie qu’on reconnaisse l’artiste qui
offre larmes, sourires et émotions. » |
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Une
incroyable énergie doublée d’un optimisme à toute épreuve
À elle
seule, l’histoire de Garou est une incroyable aventure de larmes, de sourires et
d’émotions. Celle d’un certain Pierre Garand, noctambule rebelle, écumant les
bars les plus reculés de la Belle Province avec son groupe, The Untouchables,
jusqu’à sa rencontre avec un client pas comme les autres, assis un soir dans un
coin de la salle enfumée : Luc Plamondon, le père de Starmania et de
Notre-Dame de Paris. Au Québec, les histoires ressemblent toujours un peu à
des contes de fées. On connaît déjà celui de la petite fille de la ville de
Charlemagne devenue Céline Dion, mythe planétaire, et de son prince charmant,
René Angélil. Il y a aujourd’hui l’extraordinaire destin, écrit ou programmé, du
petit gars de Sherbrooke, alias Garou, qui rêvait, enfant, d’être archéologue,
par curiosité des autres.
Emporté par
le succès, le bossu de Notre-Dame n’est jamais redescendu du sommet de
l’affiche. Aujourd’hui, en tête des hit-parades, l’ex-Quasimodo parcourt le
monde sourire aux lèvres. « Je n’ai jamais demandé ce qui m’arrive, je n’ai
jamais eu soif de popularité. », confie cet autodidacte qui, il y a quelques
années, chantait encore dans les couloirs du métro de Montréal. « J’ai toujours
tout fait spontanément, mais dans le désordre. J’ai appris les chansons sur
scène. Et je n’ai pas envie de changer de recette. Je crois que les gens aiment
cette fraîcheur-là. » Il parle en rafales. Ce qui frappe d’emblée, à chaque fois
qu’on le rencontre, c’est bien cette incroyable énergie, mais aussi ce regard
très bleu de séducteur. « Je n’aime pas beaucoup projeter cette image de
séducteur, j’ai surtout envie de vivre des relations normales », raconte Garou
en tirant sur une de ses cigarettes québécoises qui ne le quittent jamais, au
bar de l’hôtel National, en plein cœur de Moscou. On cherchera en vain des
blessures profondes chez cet irréductible optimiste. « Il doit bien y avoir
quelques chagrins amoureux, murmure-t-il. En fait, tout ce qui m’arrive de
négatif, je crois que je réussis à l’exorciser et à en faire du positif. Par
exemple, il y a une dizaine d’années au Québec, j’ai perdu une de mes grandes
amies dans des conditions épouvantables. Depuis, j’ai surmonté ce chagrin et
cette femme est devenue mon ange gardien. Il n’y a pas un spectacle sur scène où
je ne pense à elle… »
Sherbrooke,
la ville où Garou est né le 26 juin 1972, ressemble à ne grande banlieue de
quatre-vingt mille habitants, sans charme particulier, pas très loin de Montréal
et à proximité de la frontière américaine. Pour sortir de cette cité obscure, il
lui a fallu un sacré coup du sort. Son regard brille : « Mais ça fait des
années que je fais partie du décor ! Là-bas sont mes amis. Je m’y sens bien
quand j’y reviens, on ne m’y embête pas. Je m’émerveille encore de tout et je
garderais toujours ma fierté d’être sherbrookois. »
Que
reste-t-il de Pierre Garand ? « Un compte en banque vide à la Caisse Populaire
Desjardins, réplique-t-il, fier de sa repartie de grand gosse. Je n’ai jamais eu
le sens de l’argent. Quand j’ai commencé à gagner des sous, je jouais tout sur
les machines à poker. Je continue à être comme ça. Quand j’ai du fric, je le
dépense en restos, on fait des grandes tables où j’invite tout le monde. Le
compte en banque le plus intéressant s’appelle maintenant Garou Inc. »
La nouvelle
poule aux œufs d’or de Sony avale désormais les kilomètres d’une tournée
triomphale, de la Russie au Liban, et plante les refrains de sa voix éraillée
dans les sillons dorés que le providentiel René Angélil creuse pour lui. Sous la
houlette du mari de Céline Dion, voilà Garou au centre d’un enjeu marketing aux
dimensions universelles. « Au début, ça m’a fait peur de devenir un produit,
d’être un mensonge. René, c’est "renard" ! Nous avons beaucoup d’atomes crochus.
Mais je reste un rebelle et je sais que les choses ne seront pas ainsi. De toute
façon, c’était impossible de refuser une pareille proposition. » La poignée de
main providentielle a eu lieu après minuit le 1er janvier 2000 à
Montréal, à l’issue du mégaconcert du Millénaire donné par la reine Céline au
Centre Molson, le temple du hockey canadien. « René, au début, avec le premier
album, a cherché un peu à m’imposer des trucs. Finalement, il a compris que
Garou est une espèce d’animal qu’il faut laisser aller. » Lui-même a su imposer
à René ses potes de Sherbrooke, avec lesquels il a connu les années de galère :
Hugo est son garde du corps, Francis son directeur de tournée, Dany son
saxophoniste… « J’ai besoin d’eux pour mon équilibre, assure-t-il. Avec eux je
garde les pieds sur terre. » Et il y a bien sûr Mario Lefebvre, son manager, son
ombre, qui a l’œil et l’oreille à tout. Son colonel Parker.
Programmé
désormais, telle une fusée, pour une carrière planétaire, à l’égale de celle de
Céline, Garou n’échappera évidemment pas au disque en anglais, l’année
prochaine, pour prendre d’assaut le marché anglophone. « C’était prévu dès le
départ par René », reconnaît Garou. Certains titres sont déjà enregistrés, dont
un nouveau duo avec Céline Dion qui devrait faire un malheur, autant que Sous le
vent. Angélil rêve de voir son protégé devenir le nouveau Sinatra. Et beaucoup
prophétisent qu’il pourrait bien y parvenir. « Si tu penses que tu as travaillé,
tu n’as encore rien vu » lui a récemment glissé Céline. Parole de star. En
orbite autour de la Terre, Garou est un phénomène qui semble désormais échapper
à tout, mais certainement pas à son destin.
À Moscou, Arnaud Bédat |
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UN COEUR GROS COMME ÇA A PRENDRE.
"Pour l'amour d'une femme, je vendrais mon âme", chante ce célibataire à la
recherche de l'âme soeur. Son concert à Moscou, au Kremlin Palace, près de la
place Rouge (1), est un carton. La "Garoumania" est en marche et la moindre de
ses apparitions fait se pâmer une star de la chanson, l'Esmeralda russe (2) et
même les beautés locales, mannequins (3). |
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